SWISS SEASONS - No 3, 21 septembre 2012
Marco Cattaneo
Il est adepte de la mobilité douce et se déplace sur un curieux vélo électrique, véritable sommet technologique selon lui, qui semble pourtant tenir de la caisse à savon. A Genève, dans son atelier des Eaux-Vives, Kees Engelbarts grave des cadrans pour quelques-unes des plus belles marques de montres suisses. « Je grave autant que possible pour des gens que j'apprécie, on ne travaille pas que pour l'argent, n'est-ce pas ? » Alors, dans des locaux un peu trop grands qu'il occupe seul, il dessine ses dragons. « Il m'arrive de faire des chevaux, un travail pour lequel il faut être précis, très fidèle au modèle. Avec le dragon, on a plus de liberté. C'est un animal mythique, on peut lui donner la forme et l'attitude que l'on souhaite, le faire voler ! »

Cet Hollandais d'origine - il a quitté les Pays-Bas en 1989, à l'âge de 22 ans -, a trouvé au Japon les principaux ingrédients de ses recettes personnelles. Les dragons, mais aussi une technique, le Mokume Gane, un millefeuille de métaux non-ferreux qui donne au métal l'apparence du bois et rappelle le Damas, cet acier travaillé par couches pour le rendre à la fois plus flexible et plus résistant.
Il est artiste depuis toujours, aime la musique, joue de l'accordéon et du piano, apparait même discrètement sur un disque pour enfants. Sur le conseil de son père, il a choisi un métier d'art pour préserver sa liberté et assurer ses arrières. Pourquoi la gravure ? « Un hasard », explique-t-il amusé. Il est encore adolescent quand il gagne un concours un peu idiot - un lancer de bombes à eau - et part chercher sa médaille chez un graveur « qui gravait des cupidons sur une plaque de cuivre ». C'est la révélation, lui aussi sera graveur ! Il quitte sa petite ville de Schoonhoven, suit une première formation qu'il complète pendant quatre ans en Allemagne. La langue ne l'arrête pas, aux Pays-Bas, Derrick ne passe à la télévision qu'en version originale.

Il découvre aussi Genève dès la fin des années quatre-vingt, y travaille occasionnellement dans un petit atelier de gravure pour financer ses études, et y rencontre sa femme. C'est pour elle qu'il créera sa première montre, une pièce squelettée qu'un collectionneur asiatique tentera sans succès de lui acheter. Kees Engelbarts en tire une certitude : la chose la plus importante dans une montre, c'est son aspect esthétique, son cadran, la décoration de son mouvement. « Pourquoi, demande-t-il un peu provoquant, devrait-elle porter le nom de l'horloger ? » Fort de cette idée, c'est donc son nom qu'il donne aux montres qu'il crée, sans toutefois interrompre ses autres collaborations.

KEES ENGELBARTS
11 rue des Eaux-Vives, 1207 Genève
Tél. 022 735 18 76
www.kees.ch
