Le Matin - 25 novembre 2012
Camille Krafft
On y a mis, pêle-mêle, la Fondation Sandoz et «l'industrie horlogère». En réalité, la première n'a «jamais vu» le projet de complexe géant Swiss Watch Arena (SWA) présenté cette semaine à Neuchâtel et ne «compte pas le soutenir». Quant à la seconde, elle semble assez prudente. Si Jean-Marc Jacot, de la Manufacture Parmigiani, et Vincent Perriard, de HYT Watches, se disent enthousiasmés par l'idée d'une montre géante sur les rives du lac, ils ne s'avancent pas financièrement. «Nous ne sommes qu'une start-up, déclare le deuxième, qui est un «ami de longe date» des créateurs du SWA-Concept. Mais nous croyons en ce projet.» Et les autres? Contacté, le groupe Swatch, dont les montres semblent pourtant avoir inspiré le mégacomplexe neuchâtelois à 350 millions, répond qu'il «ne souhaite pas s'exprimer à ce sujet». Pour les concepteurs du SWA, dont le rêve est de «fédérer les horlogers» autour de leur bébé, il y a encore du travail.

Pierre-Yves Sandoz, directeur du Swiss Watch Arena-Concept, paraît surpris par l'ampleur de la polémique créée par la présentation du complexe cette semaine. Il évoque une «grande aventure», un «travail d'équipe» autour d'une «belle amitié». Cet enseignant qui a «toujours adoré l'architecture» et se dit «passionné d'horlogerie» a eu une vision après le démontage de l'arteplage d'Expo.02, celle d'un «bâtiment qui génère les passions». Avec trois amis, il a alors «travaillé sur le concept, sans demander un sou à la ville ou à l'Etat. Je n'ose même pas compter les heures qu'on y a consacrées». Une belle aventure, certes. Mais «l'amitié» et «la passion» suffisent-elles pour prétendre lancer un projet d'une telle ampleur? Pierre-Yves Sandoz en reste persuadé. Il rappelle qu'il bénéficie du soutien, assez surprenant au demeurant, du conseiller d'Etat Thierry Grosjean.
Mais pourquoi diable avoir organisé cette présentation en grande pompe, alors même que la Ville avait signifié son opposition au SWA? «On a présenté le projet aux autorités en janvier, et on a attendu six mois pour avoir une réponse, négative. On s'est dit alors: «On continue, adviendra ce qu'il adviendra», répond Pierre-Yves Sandoz. Quant au choix des Jeunes-Rives, où un projet officiel est sur le point d'aboutir, le concepteur déclare aujourd'hui qu'il «fallait bien placer le SWA quelque part pour la présentation. Le mieux serait qu'il voie le jour au bord du lac, mais le canton de Neuchâtel est grand». Concernant la forme, Pierre-Yves Sandoz, par ailleurs candidat PLR malheureux au législatif de la Ville cette année, admet qu'il s'agit d'un «avant-projet. Nous n'avons aucune prétention architecturale. L'idéal serait qu'un grand bureau d'architectes s'y intéresse». Pas gagné, car le SWA semble plutôt faire grincer des dents les professionnels de la branche. Ola Söderström, professeur en géographie sociale et culturelle à l'Université de Neuchâtel et membre du jury pour le projet officiel des Jeunes-Rives, qualifiait jeudi le SWA de «balourd» sur les ondes de la RTS. «Si l'on veut travailler sur la notion du temps, il faut réfléchir un peu plus que quelques minutes, développe-t-il. Une montre géante, c'est très faible comme concept.» A quand un Centre de Congrès en forme de morceau de fromage, avec un «toit croûte», surplombant la Gruyère?
Pierre-Yves Sandoz, lui, compare volontiers son rêve à ces «grands monuments» de par le monde qui ont suscité tant de critiques avant d'être acceptés par le public. Pas sûr que le temps lui donne raison.
