Il était une fois un artiste et un artisan qui, en ces temps lointains où la langue latine n'avait qu'un mot pour désigner l'art et le savoir-faire - ars, travaillaient de concert. Ils s'inspiraient l'un l'autre. Se nourrissaient de leurs talents respectifs. L'histoire, cruelle à bien des égards, a voulu les séparer, faisant de l'artisan la Cendrillon des temps modernes. Elle a octroyé à l'artiste une aura que l'artisan perdait au fil du temps; lui a offert le privilège de la créativité comme une vertu; l'a ancré dans la modernité et la lumière, alors que l'artisan s'installait dans la poussière. Rares sont les Maisons de Haute Couture, par exemple, qui mettent à un pied d'égalité leur directeur artistique et les petites mains sans lesquelles ses dessins ne prendraient pas vie… Progressivement, l'idée s'est dissociée de la technique; l'art du métier. Et la bonne fée dans tout cela ?
Il est une marque horlogère qui a toujours reconnu à l'artisan ses lettres de noblesse: Vacheron Constantin. La Maison a institué les « Métiers d'Art » - ceux du guillocheur, du graveur, de l'émailleur parmi tant d'autres – comme autant de talents qui mêlent la discipline à l'intuition et ne peuvent s'épanouir qu'avec la liberté de créer. D'ailleurs, le terme même « Métier d'Art », devenu un trademark pour la manufacture, rétablit le lien intrinsèque entre le concept et l'expertise, que la méchante Histoire a souhaité rompre.

Julien Marchenoir, Directeur Marketing, se plaît à dire que depuis 1755, année de fondation de Vacheron Constantin, l'artiste et l'artisan sont au même niveau. Là où d'autres maisons ne revendiquent l'artisanat comme un art à part entière que depuis peu, la manufacture de Plan-les-Ouates reste fidèle à sa philosophie. En témoigne récemment l'exposition « Arts & Crafts & Design – Le temps vu par Alessandro Mendini et ses artisans », révélée en avant-première au SIHH 2013 et présentée à l'ECAL jusqu'au 16 mars. L'idée, élémentaire: demander à un designer, en l'occurrence Alessandro Mendini, d'imaginer 13 œuvres sur le thème du temps et de confier leur réalisation à autant d'artisans. Chacune est co-signée. Comme si l'un sans l'autre ne saurait être. Comme si l'artiste voyait en l'artisan un reflet de sa créativité, et l'artisan en l'artiste une expression de son savoir. Miroir, mon beau miroir… De quoi vivre heureux et donner naissance à beaucoup de chefs d'œuvre.