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Les ventes s'apparentent à des shows et la touche glamour est souvent présente.
Comme ici chez Sotheby's Genève, en 1995, lorsque, dans une grande effervescence
palpable dans la salle, le «Star of the Season», fut vendu par David Bennett, 19,8 millions de francs.
Un montant de 4,4 millions de francs. C'est ce qu'avait rapporté, en 1969, la première vente aux enchères, organisée par Christie's, des bijoux de Nina Dyer, célèbre mannequin. Un seul lot avait dépassé le million. Quarante ans plus tard, ce même Christie's, et Sotheby's également, dépasseront chacun, la semaine prochaine, les 50 millions de francs, lors des ventes bisannuelles de joyaux.
De grandes ventes de bijoux sont organisées dans le monde entier, à New York et Hong Kong notamment. Elles atteignent des résultats mirobolants. Mais l'ambiance y est froide, marchande uniquement, selon des experts. «A Genève, il y a comme une excitation générale, une fébrilité palpable qui se mêle bien souvent à une touche glamour, note David Bennett, la référence suprême chez Sotheby's en matière de bijoux. Un Britannique bon chic bon genre, qui sait attirer les collections célèbres. Princesses, duches-ses, membres de familles royales,elles ont toutes frappé à sa porte pour des ventes qui s'apparentent à des shows. Ceux qui l'ont vécue n'oublieront jamais la dispersion, au milieu de l'excitation générale largement répercutée par les médias, des joyaux de la duchesse de Wind-sor qui, il y a vingt et un ans, avait atteint 75 millions de francs.
Qu'est-ce qui les rend si précieux?
Sous les cieux genevois, ce sont les diamants qui ont toujours eu la cote. «Cinq des quinze diamants les plus chers au monde ont été vendus à Genève, dont quatre par nous», note David Bennett. Dont le «Star of the Season», en 1995, vendu 19,8 millions. Centaines de milliers de francs, millions, les chiffres s'envolent vite sous les marteaux. Qu'est-ce donc au fait qui rend ces bijoux si précieux? «Que ce soient les bijoux ou les montres vendus à Genève, ainsi que les tableaux à Zurich, tous ces objets sont précieux car ils sont rares et uniques. Ils sont donc convoités par un nombre croissant de collectionneurs. Les diamants de Golconde, les saphirs du Cachemire, les perles d'Orient, les magnifiques exemples de la période Art Déco se raréfient de plus en plus.La demande est plus grande que l'offre, ce qui fait que les prix montent», observe François Curiel, président de Christie's Europe.
S'y ajoute, poursuit le président de Christie's Europe, qui a fait toute sa carrière dans les joyaux à New York, Genève et Paris, ce que l'on appelle en termes techniques, une diversification de portefeuille. «Dans la période légèrement incertaine que nous traversons, il semble que de nombreux acheteurs choisissent de diversifier leur portefeuille en acquérant des montres, des bijoux et des oeuvres d'art. Ils n'ont pas tout à fait tort.»
Et François Curiel de citer l'exemple d'un diamant poire acheté en octobre 2001, chez Christie's à New York, pour 940 000 dollars, et revendu cinq ans plus tard, en décembre 2006, par le même collectionneur pour 1,8 million de dollars. «Mais, il faut faire attention. La fluctuation des monnaies peut sérieusement ébranler la performance de tels investissements.»
Pourquoi Genève?
Au fait, pourquoi Genève joue-t-elle ainsi toujours un rôle de premier plan dans la vente des bijoux et aussi des montres, alors que Paris, Londres, New York et Hong Kong se développent à toute allure? Un problème de taxes tout simplement. «Lorsque Peter Chance, président de Christie's, réussit à convaincre les exécuteurs testamentaires de confier leurs bijoux à Christie's plutôt qu'aux commissaires-priseurs français, un problème se posa. Les taxes d'importation pour expédier les objets de France en Angleterre étaient extrêmement élevées. Les seuls pays n'imposant pas de droits de douane étaient Hong Kong et la Suisse.»
Genève fut donc choisie pour sa situation centrale en Europe, sa sécurité légendaire, sa tradition hôtelière et l'absence de toute restriction pour l'importation et l'exportation de capitaux et d'objets. La machine était lancée. Et tout de suite, face au succès de la première, une deuxième vacation a été mise sur pied en novembre. «L'effet boule de neige a fait que le rythme de deux ventes par an s'est ainsi mis en place.» Les montres ne sont venues que par la suite, au milieu des années 1970. C'était alors surtout des montres de poche émaillées. Et les montresbracelets n'ont fait leur apparition qu'au début des années 1980. Ce fut tout de suite un succès qui est allé en s'amplifiant. Depuis, Genève est devenue aussi la capitale des montres, devant New York. Et dans quelques jours, les prochaines ventes de garde-temps seront un grand événement, pour Christie's, pour Sotheby's, avec son nouvel et imaginatif expert, Geoffroy Ader, et pour Antiquorum, qui proposent près de 1350 lots pour une estimation globale oscillant de 33,5 à 47,3 millions!
Quelque huit milliards en quarante ans
Combien d'argent a ainsi transité en quarante ans par Genève? Quelque huit milliards de francs, estime François Curiel, dont 3,6 milliards pour Christie's. «Je l'ai calculé en estimant le total de toutes les maisons opérant à Genève, comme Sotheby's, Antiquorum, Koller, Phillips, Bergé et l'Hôtel des ventes.» Et Genève est gagnante à ce jeu-là. Les acheteurs sont très internationaux mais certains conservent leur argent en Suisse. On estime qu'un bon millier de personnes viennent de l'étranger à Genève pour les grandes ventes. Ce qui représente des retombées importantes pour l'hôtellerie, la restauration et les transports pendant une dizaine de jours, deux fois par an.
Les collectionneurs viennent plus particulièrement du Moyen-Orient, de la Russie, de l'Ukraine et du Kazakhstan. Et leurs yeux ont beau être rivés sur ces capitales des ventes que sont Dubaï, Hong Kong, Moscou, Munbai ou Shanghai, Genève continue à briller comme «la» capitale mondiale du XXIe siècle pour la joaillerie et l'horlogerie, foi de François Curiel. Ah, la douceur des rives du Léman!
Michel Bonel
Dix records de ces 25 dernières années
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(1) CHF 133 670 – Bernard Piguet 15 mars 2007, Hôtel des Ventes de Genève. Bol en vermeil émaillé vert, de Carl Fabergé. «Rareté, authenticité et le fait qu'il ne soit pas apparu sur le marché depuis trente ans, ont suscité la convoitise des collectionneurs russes.»
(2) CHF 250 000 – Koller Novembre 2006, Genève Le retour du marché (détail), 1808, de Pierre-Louis de La Rive (1735-1817). Une qualité muséale pour un tableau loin des regards, pendant des générations.
(3) CHF 566 700 – Christie's 15 mai 2007, Genève Une seule bouteille de Romanée Conti de 1945. Un vin mythique, extrêmement rare, et une provenance parfaite.
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(4)CHF 400 800 francs – Phillips de Pury & Cie Novembre 2006, Genève Un très beau collier de diamants exceptionnels, ronds et baguette, montés sur platine et certifiés par le Gemmological Institute of America.
(5) CHF 2 204 000 – Sotheby's 14 novembre 2006, Genève Une montre-bracelet Patek Philippe, chronographe, calendrier perpétuel et phases de Lune, 1952. L'excellence Patek Philippe s'est imposée une fois de plus.
(6) CHF 2 736 000 – Christie's 14 mai 2007, Genève Une montre-bracelet Patek Philippe, avec calendrier perpétuel, de 1957. Une rareté; l'un des six exemplaires en or rose de cette deuxième série.
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(7) CHF 10 912 000 – Sotheby's 5 juin 2007, Zurich Le lac Léman depuis Saint-Prex (détail), vers 1901, de Ferdinand Hodler (1853-1918). Une qualité unique pour une vue du lac tout aussi unique.
(8) CHF 6 600 000 – Antiquorum Avril 2002, Genève Une Patek Philippe Heures du monde en platine, de 1939. Un modèle d'autant plus recherché qu'il est probablement unique
(9) CHF 11 millions – Christie's 14 novembre 1984, Genève Le diamant bleu «Tereschenko», du nom d'une famille russe d'industriels fortunés, de taille poire, de 42,92 carats. C'est le 4e plus gros diamant fancy blue.
(10) CHF 19 858 500 – Sotheby's 17 mai 1995, Genève Le diamant «Star of the season», de 100,10 carats, de couleur D, Internally Flawless. Une pierre qui a tout pour elle. Une taille exceptionnelle et une couleur très rare.
Quarante ans de ventes glamour à Genève
C'était le 7 juin 1968. Ce jour-là, Christie's, installé rue du Marché, tenait sa première vente. En dispersant des porcelaines de Meissen pour plus de 2 millions de francs. Elles provenaient d'une famille royale européenne. Suivait en 1969, la vente, pour 4,4 millions de francs, des bijoux de Nina Dyer. Un mannequin anglo-indien qui fut successivement mariée au baron Thyssen-Bornemiza, puis au prince Sadruddin Aga Khan. Déjà cette touche glamour, une caractéristique constante des ventes genevoises. Antiquorum suivit en 1974 et Sotheby's présent en Suisse depuis 1969, ouvrait son bureau genevois en 1976, six ans avant Koller. La grande aventure des ventes démarrait sous l'éclat des sunlights.
Internet va-t-il supprimer l'ambiance des salles de ventes?
Simon de Pury, président de Phillips, de Pury & Cie «Internet constitue une excellente plate-forme pour la promotion de nos objets mis en vente. En ce sens, c'est un outil formidable de promotion à l'échelle mondiale qui profitera à toutes les maisons. Mais les ventes traditionnelles en salles perdureront et, personnellement, j'éprouve un grand plaisir à les conduire.» François Curiel, président de Christie's Europe «Absolument pas! Internet est un outil supplémentaire. Nous avons deux sortes d'acheteurs. Ceux qui viennent examiner les objets pendant l'exposition ou avant, puis participent à la vente via le net. Et ceux qui préfèrent tout effectuer en ligne avec nous. Je ne nous imagine pas sans Christie's Live aujourd'hui, service que nous sommes les seuls au monde à offrir.» Geoffroy Ader, responsable du Département montres de Sotheby's Genève «Internet est un bon moyen de communiquer avant la vente. Mais, à mon avis, vous n'achèterez jamais un bien culturel sur internet. Les ventes sont un spectacle et aussi une communion, à base de rencontres personnelles qu'il ne faut surtout pas supprimer.» Bernard Piguet , directeur de l'Hôtel des ventes «Internet touche beaucoup de monde et fournit toutes les informations pratiques. Mais il ne remplacera jamais le contact direct avec les objets que l'on peut examiner sous toutes les coutures. D'ailleurs, les clients se déplacent pour l'ambiance. Je peux vous dire que nos ventes sont de plus en plus fréquentées.» Karl Green, directeur de Koller Genève «Les ventes doivent être faites par des professionnels. On ne peut pas ouvrir un site n'importe comment. Cependant, internet est un autre outil qui contribuera à démocratiser les ventes. Par certains côtés, c'est comme un téléphone mais sans la voix.»
Tribune des Arts - No361 - Mai 2008










