WORLDTEMPUS – 25 mars 2011
Catherine de Vincenti
Au détour d'un stand et sous une lumière choisie, un tableau trônant à la place d'honneur attire l'attention. Prêté par le Musée des Beaux-Arts de la Chaux-de-Fonds, ce Léopold Robert (peintre romantique neuchâtelois à succès de la première moitié du XIXème siècle), la "Femme de brigand veillant sur le repos de son mari" est le prétexte à une montre dont le cadran est une miniature en émail grand feu de l'œuvre exposée. Les émailleurs de la jeune marque née en 2006, Robert & Fils 1630, pratiquent tous dans le Jura ou au pied du Jura. Ce sont des hommes dans cette profession presque entièrement féminine. Gilles Robert, descendant d'une illustre lignée d'horlogers a voulu pérenniser le savoir-faire de ses ancêtres en restaurant leurs anciens calibres et en les emboîtant dans des œuvres précieuses lui permettant, à son tour, de vivre «son» expérience de l'horlogerie. Il exporte l'intégralité des quelques dizaines de pièces produites annuellement vers l'Asie. Une clientèle élitiste et beaucoup plus cultivée qu'on veut bien le dire achète «le paysan-horloger», l'art suisse, les nombreux passages au four de l'émail pour rendre la perfection de la miniature cadrannière.
Montée à l'alpage

C'est un peu le même style de démarche que l'on retrouve chez Sarcar Genève, «créateur de rêve» comme le souligne sa devise. Spécialiste des cadrans en nacre finement travaillés, peints et parfois émaillés, Sarcar a créé pour cette édition de Baselworld une montre avec mouvement Frédéric Piguet dont le cadran représente une Poya – la traditionnelle montée des vaches à l'alpage au printemps - surmontée de sommets mythiques sur lesquels trois brillants règnent comme trois soleils. L'aspect du découpage de la Poya est rendu par une résine noire apposée sur la nacre. La marque continuant un travail d'émaillage entrepris, il y a déjà quelques années, avec les animaux du monde et les continents a décidé, cette année, de donner l'heure avec Venise, la tour Eiffel et Londres, un travail minutieux qui allie le découpage de l'or, la nacre et l'émaillage sous forme de miniature. Mais, comme disait Goethe: «J'aime celui qui rêve d'impossible!».
Pléthore de couleurs

On peut prendre Patek Philippe par le petit bout de la lorgnette, c'est-à-dire celui par lequel la grande marque se fait plaisir sur quelques pièces de poche uniques, traitées comme des miniatures précieuses. Des cheveux sauvages, des Matriochkas, le «Big Smatcho» à la trompette. Une magnifique collection de pendules-dômes, toutes pièces uniques, sur des thèmes extrêmement variés: la musique et le Jazz (18 couleurs d'émail), les champs de riz en Asie (32 couleurs d'émail opaque et opalescent), les Samouraïs, les animaux de la savane africaine, les fleurs des montagnes (suisses), une exposition qui, à elle seule, vaut de pousser la porte de verre du stand.
Fabergé de retour

Chez Fabergé, qui a retrouvé tous les droits éparpillés de sa marque, on recommence à zéro avec les fondamentaux d'une histoire tellement belle qu'il n'y a (presque) plus qu'à en suivre le fil. Une collection de bijoux exceptionnels avec pratiquement que des pièces uniques et une première collection horlogère en collaboration avec la marque allemande Victor Mayer qui a entretenu la flamme de l'émail de qualité pendant la longue absence de Fabergé l'horloger. La qualité des cadrans et des guillochages faits main est magnifique et mérite que l'on s'y attarde. Les prix restent somme toute raisonnables puisqu'ils oscillent entre 20'000 et 40'000 euros pour de belles boîtes massives en or.