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La Suisse peut-elle encore éviter la récession?

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Dans le sillage de la crise financière qui a frappé la planète, c‘est désormais une crise de l‘économie réelle qui se profile. La récession menace desa Etats Unis et plusieurs pays européens. L‘économie helvétique a bien résisté jusqu‘ici. La consommation n‘a pas encore fléchi. Mais les nuages s‘amoncellent tout de même sur certains secteurs.


Si la situation semble se détendre quelque peu sur le front de la crise financière, ce n‘est que pour mieux laisser apparaître le spectre de la crise économique. Rares sont désormais les pays industrialisés à encore espérer sauver quelques points de croissance en 2009.

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Economie suisse. Les dernières prévisions du Secrétariat d‘Etat à l‘économie(seco) évoquent quand même une croissance de 1,3% l‘année prochaine

Dans une étude publiée cette semaine, les experts d‘UBS osent même parler d‘une récession mondiale en soulignant particulièrement le cas des Etats-Unis et de l‘Europe.

D‘ailleurs, la menace est déjà devenue réalité pour certains. L‘Allemagne, ayant connu un ­second trimestre de croissance négative, est désormais officiellement en récession. L‘Irlande, qui fut ces dernières années le petit dragon de l‘Europe, n‘attend, elle non plus, aucune croissance pour l‘année 2009.

Suisse épargnée

Et la Suisse dans tout cela? En récession elle aussi? Ce serait en partie logique puisque son économie repose en grande partie sur les exportations et que ses principaux partenaires commerciaux se trouvent en Europe. Pourtant, il semble qu‘elle saura éviter les chiffres négatifs en 2009. Les dernières prévisions du Secrétariat d‘Etat à l‘économie (seco) évoquent en effet une croissance de 1,3% pour 2009. Ses économistes ne voient pas un ralentissement brutal et ajoutent que la «consommation privée devrait soutenir notablement la conjoncture puisque la situation reste bonne sur le ­marché du travail.»

A moins que, comme le rappelle le seco, la crise financière, plutôt que de se stabiliser, s‘aggrave. Les risques pour l‘économie réelle augmenteraient alors d‘autant et la croissance pourrait tomber «nettement en dessous de 1%».

Mais ce ralentissement annoncé pour 2009 est-il déjà perceptible par l‘économie helvétique? Tournée des ­différents secteurs.

L‘économie suisse.Les dernières prévisions du Secrétariat d‘Etat à l‘économie (seco) évoquent quand même une croissance de 1,3% l‘année prochaine.

 

Comment les branches bravent la tempête

 

Horlogerie:  la croissance

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Industrie d‘exportation par excellence, l‘industrie horlogère a véritablement vécu ces quatre dernières années sur un nuage. Profitant notamment du boom économique dans plusieurs pays émergents, Asie en tête, ce secteur a battu tous les records. Et continue de le faire. «Nous avions noté un léger fléchissement pendant l‘été. Mais le mois de septembre marque un rebond», détaille Jean-Daniel ­Pasche, président de la ­Fédération horlogère (FH).

En valeur, les exportations ont atteint 1,5 milliard de francs, ce qui représente une croissance de 15,1% par rapport au même mois de l‘année précédente. Selon le dernier rapport de la FH, ce sont avant tout les montres-bracelets en métaux précieux et plaqués qui ont particulièrement soutenu les exportations, mais toutes les autres ont connu des croissances positives. Quant aux produits eux-mêmes, ce sont surtout le bas de gamme (jusqu‘à 200 francs) et le haut de gamme (dès 3000 francs) qui se sont montrés les plus dynamiques.

Est-ce donc que la crise économique n‘aurait pas de prise sur le secteur horloger? Rien n‘est aussi simple, comme l‘explique Jean-Daniel Pasche. «Ces ­chiffres correspondent à des commandes dont certaines ont parfois été passées il y a plusieurs mois. Nous ne sommes pas en contact direct avec la vente au détail qui est en première ligne pour s‘apercevoir des évolutions dans la consommation. Pour connaître les effets éventuels de la crise, il nous faut encore attendre quelques mois.»

Certains pays émergents, comme la Russie ou la Chine, connaissent aussi aujourd‘hui les affres de la crise économique. Leur classe moyenne supérieure pourrait donc être tentée de différer ou de renoncer à certains achats. Malgré cela, Daniel Pasche reste confiant: «2008 fera mieux que 2007 et à moins que les choses ne se dégradent vraiment, je ne serais pas étonné que 2009 réussisse à battre 2008.» (pyf)

 

Commerce de détail: la constance

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Si l‘on en croit les derniers chiffres de l‘Office fédéral de la statistique (OFS), en octobre, le commerce de détail surfe sur une vague positive. La hausse en termes réels pour les huit premiers mois de l‘année s‘établit à 2,7%. Néanmoins, les sorts sont différents selon les catégories. Ainsi, quand le groupe «alimentation, boissons, tabac» a vu croître son chiffre d‘affaires nominal de 5,9% en septembre par rapport au moins d‘août, celui des vêtements et chaussures a connu un recul de 0,4%.

Ces chiffres auraient donc tendance à confirmer que les Suisses n‘ont pas encore changé leurs habitudes de consommation. Plutôt que de céder à la menace du ralentissement économique, les Helvètes constateraient avant tout que la situation reste bonne sur le marché du travail.

En 2008, le taux de chômage devrait se stabiliser autour de 2,5%, selon le Secrétariat d‘Etat à l‘économie (Seco). Et il ne devrait pas dépasser 2,7% en 2009.

«Nous n‘avons pour l‘instant noté aucun changement de la part de nos clients, confirme Karl Weisskopf, porte-parole pour la Coop. Nous avons connu des chiffres positifs tout au long de l‘année et continuons à gagner des parts de marché. Même nos lignes Fine Food et Bio, plus chères en moyenne que nos autres produits, ne connaissent aucune érosion.» Cette bonne tenue de la consommation vaudrait aussi pour les magasins Interdiscount qui poursuivent leur croissance. Néanmoins, Karl Weisskopf admet être prudent pour l‘année à venir: «Il est évidemment difficile de savoir si le ralentissement aura un effet sur nos ventes. L‘un des tests pourrait être constitué par les achats de Noël.»

Du côté de chez Manor Suisse, le refrain est identique. «Nous n‘observons pour l‘instant aucune érosion, que ce soit dans l‘alimentation ou les vêtements, confie Elle Steinbrecher, porte-parole. Nous restons optimistes pour Noël, même s‘il existe des incertitudes pour 2009.»


Construction et immobilier: la stabilité

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C‘est un grand classique. L‘immobilier est souvent l‘un des indicateurs les plus fiables de la situation économique. En cas de ralentissement, les investisseurs privés ou non ont tendance à retenir leurs dépenses. A la Société suisse des entrepreneurs, on avoue n‘avoir pas encore à disposition tous les chiffres définitifs concernant le gros oeuvre dans l‘immobilier comme dans le génie civil au troisième ­trimestre.

Malgré cela, des signes ­précurseurs permettent de ­dégager quelques tendances.

«Dans le cadre des entrées de commandes, nos membres ont remarqué une stabilité pendant les mois de juillet, août et septembre», explique Martin Fehle, de la Société suisse des entrepreneurs (SSE). Pourtant, ces chiffres méritent d‘être analysés de plus près. On note alors que, pendant ce troisième trimestre, les commandes de logements augmentaient, tandis que celles liées aux travaux de génie civil diminuaient. C‘est d‘ailleurs ce dernier point qui explique une baisse nette pendant la même période des activités dans le domaine du gros oeuvre.

En revanche, les réserves de travail, autrement dit les contrats établis mais non encore réalisés, gagnent des points, soutenus par le logement. «Ce sont évidemment les grandes agglomérations qui expliquent cette tendance, reprend Martin Fehle. Le besoin d‘habitations reste important dans plusieurs d‘entre elles. Avec Genève dans le peloton de tête.» A la SSE, on s‘attend donc à une bonne année 2008. Quant à 2009, elle pourrait, du fait du ralentissement, contraindre les entrepreneurs à diminuer leurs tarifs.

Pour ce qui est de l‘immobilier, le secteur ne semble pas encore touché, selon la dernière étude Immo-Monitoring de Wuest & Partners. Mais cette dernière souligne tout de même que le haut de gamme en Suisse romande pourrait connaître prochainement un fléchissement des prix.

Automobile: en difficulté

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Le secteur automobile se porte mal. Au pire de la tempête financière, constatant les efforts du gouvernement américain pour sauver banques et assurances, les grands constructeurs d‘outre-Atlantique ont demandé une aide de 40 milliards de dollars aux autorités. Il n‘a suffi que de quelques jours pour entendre les constructeurs européens appeler à l‘aide à leur tour.

Les difficultés de ce secteur sont logiquement liées à une baisse des ventes de véhicules. Et comme si le ralentissement économique ne suffisait pas, les constructeurs ont dû faire face à la hausse vertigineuse en début d‘année du prix du pétrole. Ce dernier est maintenant retombé, ce qui pourrait à terme limiter l‘impact de la crise.

Reste les statistiques. Le mois de septembre a vu une chute des ventes en Europe de 8,2% par rapport au même mois l‘année d‘avant. Selon l‘Association des constructeurs automobiles européens, une baisse continue de la confiance des consommateurs et la crainte d‘une remontée du prix du carburant expliqueraient ce recul.

On se dit alors que la Suisse devrait suivre le même chemin. Or, notre pays semble vouloir se distinguer. Les ventes de véhicules restent positives en septembre, avec une croissance de 3,5% des immatriculations. Sur les neuf premiers mois, la hausse s‘établit à 3,1%.

«Il n‘est pas impossible que la situation évolue, confie Rudolf Blessing, chez Auto Suisse. On pourrait voir par exemple un recul des voitures de luxe. Comme ce sont des modèles que l‘on commande et qui se livrent plusieurs mois plus tard, nous ne voyons peut-être pas encore les effets de la crise économique.»

Une chose est sûre, le profil des modèles achetés par les Suisses change. Les 4x4 et les véhicules à énergie alternative reculent, tandis que les voitures au diesel continuent leur progression.


Tourisme: la régularité

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Même en temps de difficultés économiques, il n‘est pas facile de renoncer à ses vacances. En revanche, on peut tout de même les redimensionner, d‘un point de vue financier s‘entend.

Mais pour l‘instant, ce n‘est pas ce qu‘observe la Fédération suisse des agents de voyages, comme l‘explique son directeur, Walter Kunz: «Nous ne constatons pour l‘instant aucun ralentissement. Les crises économiques nous font généralement nettement moins de tort que des événements comme le 11 septembre 2001. Je prévois pourtant que l‘on pourrait bientôt connaître une petite baisse des voyages d‘affaires. Mais dans le domaine du loisir, nous restons très confiants. J‘ai même entendu dire par l‘un de nos membres qu‘il était désormais très difficile de trouver des places à Noël pour les Maldives, une destination chère.»

Chez Kuoni, on est moins catégorique. Peter Brun, porte-parole, confirme que les commandes pour l‘hiver se portent bien et que les clients ne donnent pas l‘impression de vouloir réduire leur budget en prenant un hôtel moins luxueux. Cela dit, il observe tout de même que les futurs voyageurs retardent quelque peu leurs réservations. «Ils attendent de voir comment évolue la situation.»

Dans le canton du Valais, et pour ce qui est des stations de montagne, l‘optimisme reste de mise. «Les perspectives sont bonnes, comme l‘a confirmé récemment l‘institut bâlois BAK, explique Vincent Bornet, de Valais Tourisme. Les réservations se passent très bien pour l‘instant.»

Néanmoins, le Valaisan souligne un fléchissement du côté de la clientèle britannique. Celle-ci, d‘ordinaire friande de ski, serait devenue plus timide car durement touchée par la crise financière et économique.

Certaines compagnies britanniques de charters atterrissant à Sion connaîtraient même de graves difficultés économiques.


Pharma: les performances

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Depuis Bâle, capitale de l‘industrie pharmaceutique, on doit regarder le monde et la crise qui le touche sans trop d‘inquiétude.
Les derniers résultats des deux grands géants du secteur, sur les neuf premiers mois de l‘année, laissent peu de doutes à ce propos.

C‘est ainsi qu‘aux deux tiers de l‘année, Novartis a dégagé un bénéfice de 6,6 milliards de francs. Comme si ce chiffre astronomique ne suffisait pas, il faut encore indiquer ce qu‘il représente en termes de croissance: 19% de plus que la même période en 2007. Le chiffre d‘affaires, lui, a bondi de 12% pour s‘établir à 35,65 milliards de francs.
Ces performances, Novartis les doit à la bonne tenue des marchés émergents, comme le Brésil, la Chine, l‘Inde, le Mexique ou encore la Russie. Seulement

plusieurs de ces pays voient à l‘heure actuelle leur croissance se tasser. Quelle en sera la conséquence sur la consommation de médicaments? Cela dépend évidemment beaucoup de leur système d‘assurance maladie.

Du côté de Roche, les résultats pour les neuf premiers mois de l‘année sont moins bons. De là à y voir les conséquences de la crise économique, il y a un pas à ne pas franchir. Si le chiffre d‘affaires de Roche se replie de 2%, à 33,3 milliards de francs, c‘est essentiellement la faute d‘un franc fort, mais aussi de l‘arrêt par différents Etats de la constitution de stocks d‘antigrippal Tamiflu en prévision d‘une pandémie.

La crise économique n‘est donc pas pour grand-chose dans la mauvaise passe de Roche qui, en dehors de cela, se porte comme un charme. La meilleure preuve de sa santé vient de son intention renouvelée de se rendre acquéreuse de l‘intégralité de l‘entreprise américaine de biotechnologie Genentech dont elle détient déjà 56%. Une opération à plusieurs dizaines de milliards de francs.


Industrie: le ralentissement

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Sur ce terrain-là, le tableau est un peu brouillé, ne serait-ce que parce qu‘il présente un profil très diversifié. Ce qui n‘empêche pas de dégager certaines tendances. «C‘est peut-être paradoxal, mais la marche des affaires est plutôt bonne en ce moment, tous secteurs confondus, confie Blaise Matthey, directeur général de la Fédération des entreprises romandes. Cependant, nous ne nous leurrons pas. On devrait bien sentir le ralentissement. Toute la question est de savoir quand et où. L‘industrie est un domaine très varié qui peut connaître des fortunes différentes. Mais comme plusieurs pays, dont notre principal partenaire, l‘Allemagne, revoient en ce moment à la baisse leurs prévisions de croissance, il est probable que les choses ne s‘arrangent pas pour nous.»

Déjà, dans le canton de Neuchâtel, plusieurs entreprises ont demandé aux autorités d‘avoir accès au statut du chômage partiel. Une tendance qui vaudrait aussi pour le canton du Jura. «Tornos a décidé de vacances obligatoires pour le mois d‘octobre, évoque Vincent Gigandet, de la Fédération des entreprises romandes dans le Jura.

Dans sa dernière enquête sur la conjoncture des PME, UBS souligne que la marche des affaires a généralement ralenti dans ce secteur. Une tendance qui devrait se confirmer et même se renforcer au quatrième trimestre. Les PME de l‘industrie seraient plus touchées que leurs consoeurs du tertiaire. Les carnets de commandes des premières n‘ont que rarement augmenté et les hausses de production sont timides. La grande industrie s‘en tirerait mieux au troisième trimestre. Reste que 21% des PME industrielles ont engagé du personnel supplémentaire pendant les trois derniers mois. Mais comme elles s‘attendent à une aggravation de la situation au quatrième trimestre, l‘emploi pourrait en souffrir.


Banque et finance: l‘incertitude

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Ce secteur est en quelque sorte celui par lequel la crise est arrivée. Et celui qui l‘a subie de plein fouet. En Suisse, c‘est bien évidemment UBS qui reste le symbole de cette déconfiture. Elle a annoncé la suppression de plusieurs milliers d‘emplois. Mais ces derniers concernent principalement sa branche américaine. En Suisse, on parle de quelques centaines d‘emplois et Genève ne serait pas touchée. Pour autant, tout n‘est pas rose. «Hormis les grands établissements dont on a parlé, les banques de gestion en mains helvétiques semblent avoir tiré leur épingle du jeu de cette période troublée. Mais la baisse significative des Bourses risque quand même d‘influencer leurs résultats, leurs bénéfices ainsi que les rémunérations et peut-être aussi en partie les engagements», commente Steve Bernard, responsable de Genève Place Financière.

Du côté de l‘Association suisse des employés de banque (ASEB), on reste également dans l‘incertitude et l‘expectative. «Ce sont principalement les banques étrangères fortement touchées par la crise et présentes en Suisse qui nous inquiètent, confesse Mary-France Goy, secrétaire centrale. C‘est pour cette raison que nous allons rencontrer très ­prochainement les responsables de plusieurs d‘entre elles.» La responsable de l‘ASEB n‘a eu que peu d‘information jusqu‘ici. La banque Merrill Lynch, qui compte 350 employés à Genève, et qui a été rachetée?par Bank of America,?n‘aurait pas encore d‘informations précises sur son avenir.

«Ces deux banques sont très complémentaires, ajoute Steve Bernard. Je serais vraiment très étonné qu‘elle soit drastiquement redimensionnée.» Le cas d‘ABN Amro qui avait été rachetée par

Fortis, laquelle a été récemment «nationalisée», serait plus problématique. «Elle compte environ 800 personnes en Suisse, reprend Mary-France Goy. Et leur sort est très ­incertain.»

 

 Source: La Tribune de Genève - 24 octobre 2008