1er juillet 2009
Fabrice Eschmann – BIPH

On connaissait la montre qui voyage par bateau plutôt que par avion pour réduire les émissions de CO2; celle qui se fabrique avec des produits écologiques; celle enfin qui fonctionne à l'énergie solaire. Il existe désormais le bracelet caoutchouc recyclable! Actif dans la création de bracelets pour l'horlogerie haut de gamme, Schweizer & Schoepf, à la Chaux-de-Fonds, vient en effet d'inventer le premier bracelet réutilisable après emploi. Refondu, ce dernier va servir de matière première pour de nouvelles attaches. Une petite révolution dans un secteur – celui du luxe – qui peine à trouver sa voie dans la jungle du développement durable.
Seiko, Casio et autres marques de mode comme Quiksilver se sont lancées dans la montre écolo depuis plusieurs années déjà. Un créneau qui est resté pendant longtemps le terrain de jeu des marques fashion, soulignant la difficulté des horlogers haut de gamme de s'inscrire dans un mouvement – l'éco-responsabilité – qui ne laisse aujourd'hui plus aucun secteur d'activité indifférent. Une horlogerie de luxe qui, pour ne pas laisser passer le train du développement durable sans réagir, a élaboré un discours basé, la plupart du temps, sur le soutien de causes écologiques ou le respect des normes environnementales en matière de construction de bâtiments. Mais concernant les produits eux-mêmes, rien.

Sérieuse lacune comblée
L'innovation de Schweizer & Schoepf vient ainsi combler une sérieuse lacune dans le domaine de la haute horlogerie. Créée en 1869, réputée pour ses bracelets alligator qu'elle produit pour Rolex, Breguet ou encore Chopard, la société compte aujourd'hui 300 employés en Suisse, en France et en Chine et réalise un chiffre d'affaires annuel de quelque 25 millions de francs pour une moyenne de 300'000 pièces vendues.
Depuis peu cependant, Schweizer & Schoepf, ce n'est plus seulement le travail de la peau: «Nous préparons aussi demain, glisse son président Philippe Lebet. Après une petite analyse de marché, nous nous sommes aperçus que le caoutchouc n'était plus tout à fait une mode, mais quelque chose de plus profond. De plus, les acteurs dans ce domaine ne sont pas très nombreux.»
Mais l'entreprise chaux-de-fonnière ne maîtrise pas le caoutchouc. Le savoir-faire, elle va alors le chercher là où il est. C'est avec la société André Gueissaz, à L'Auberson, spécialisée dans la technologie des plastiques, que Schweizer & Schoepf développe donc un nouveau bracelet en polymères. «Il y a deux manières de créer des objets en caoutchouc synthétique, poursuit Philippe Lebet: la vulcanisation ou l'injection. Dans les deux cas, il y a des avantages et des inconvénients. Mais avec l'injection, les propriétés chimiques de la matière utilisée, le thermo plastique élastomère (TPE), ne sont pas altérées.»

Recycleur français
Naît alors une idée: récupérer les bracelets une fois usés pour les refondre et les réutiliser! «Nous comptons beaucoup sur les détaillants pour nous retourner les bracelets usagers, explique Philippe Lebet. Nous allons bien sûr les informer, soit à travers notre réseau de vente direct, soit par l'intermédiaire de nos marques clientes. Mais nous ne pouvons pas les forcer à participer à cette collecte.» Une fois recueilli, le caoutchouc partira chez un recycleur en France, pour revenir sous forme de pains de matière première réutilisable.
Actuellement en cours de livraison, les premiers modèles de ces bracelets équiperont les montres d'une seule marque, que Philippe Lebet préfère garder secrète. Impossible donc de savoir si l'argument écologique entrera dans sa stratégie de vente. Trop tôt également pour déterminer si l'activité de recyclage sera rentable pour Schweizer & Schoepf. «Nous n'avons pas assez de recul pour cela, précise le patron, qui conclut: si l'année prochaine, nous avons 10% des bracelets qui reviennent, ce sera déjà un succès magnifique! A terme, j'aimerais vraiment dépasser les 50%.»
