Tribune des Arts - Novembre 2009
Sylvie Guerreiro

Bague Vendanges, collection Incroyables et Merveilleuses, en or jaune, diamants, améthyste, citrines, émeraudes, grenats tsavorites, saphirs jaunes et oranges, et opales de feu. DIOR/ DR
Blouson de cuir, franc-parler et grand sourire. Laurence Nicolas, présidente de Dior Montres et directrice de la Division pour la joaillerie, n'a rien d'une bureaucrate tirée à quatre épingles. On est comme ça chez Dior. On cultive son âme d'enfant survitaminée sans se soucier des qu'en dira-t-on mais toujours avec classe. Et pour les montres et la joaillerie, c'est pareil. Pas de démarche marketing au moment de la conception. Ce qui compte, c'est la créativité, l'audace, cette capacité qu'a la maison parisienne de sortir du cadre, de devancer les tendances, d'être toujours là où on ne l'attend pas. Tout en s'octroyant le savoir-faire des meilleurs artisans dans le domaine concerné, suisse pour les montres, parisien pour les bijoux.
C'est ainsi qu'à une époque où les joailliers ne juraient que par les pierres précieuses, Dior offrait ses lettres de noblesse aux pierres fines en leur donnant le rôle principal dans des bijoux aux dimensions invraisemblables. C'est ainsi, également, que la maison a détourné de son utilité purement technique la glace saphir pour en faire un élément de décoration de ses montres, l'intégrant sur les bracelets à la manière d'une pierre taillée ou en disques étonnamment colorés jouant à cache-cache avec les rouages. “Du moment que cela sert le propos artistique, tous les matériaux sont bons à utiliser, précise Laurence Nicolas. Même chose pour les complications horlogères. Le tourbillon par exemple: il n'est là que s'il apporte une dimension esthétique. Nous n'avons pas 200 ans d'histoire horlogère derrière nous et nous ne revendiquons pas de légitimité technique en la matière. Nous appartenons au monde de la mode et ce qui nous amuse, c'est nous libérer des codes classiques de l'horlogerie et de la joaillerie.

Dior, uniquement une fashion brand alors? “ Ceux qui le pensent ont dix ans de retard, rétorque la directrice. S'il est vrai qu'à nos débuts dans le domaine, nous produisions des accessoires de mode assortis aux collections couture, ce n'est plus le cas. Et nous sommes très exigeants avec la qualité. Regardez les chronographes Chiff re Rouge et leur calibre automatique certifi é COSC ou les nouvelles Dior Christal et leur mouvement à tourbillon, ou encore celles munies d'un mouvement électro-mécanique Quinting qui, grâce à un jeu de disques transparents, donnent l'impression que les aiguilles tournent toutes seules, comme par magie. Regardez aussi la D de Dior 42 mm et son calibre à remontage manuel Elite de Zenith, que l'on s'est donné la peine d'habiller d'un cadran serti neige si diffi cile à réaliser… ”
Quant à la joaillerie, fruit de l'esprit délirant et surproductif de Victoire de Castellane, elle est tout sauf soumise à des quotas de rentabilité. “ Victoire est un électron libre qui n'écoute que son coeur, confie Laurence Nicolas. Ce concentré de fille mène la vie dure à nos artisans qui doivent parfois inventer de nouveaux outils pour arriver à réaliser exactement ce qu'elle a en tête! D'autant que tout est fait à la main et que de la première esquisse faite sur Post-It au travail en atelier, le bijou peut avoir changé du tout au tout. ” Son jeu favori? Partir d'une pierre insolite pour en faire une pièce unique, quitte à ce que s'écoulent trois ans entre l'idée et la création du bijou en question. Quitte aussi à ce que la pierre convoitée n'affi che pas un certifi cat de compétition et cumule les inclusions. La beauté avant tout! Ainsi en va-t-il du célèbre Coffret de Victoire ou de la nouvelle ligne Reines et Rois. Et le résultat est là. Beaucoup de pièces sont vendues sur dessin. “ De manière générale d'ailleurs, qu'il s'agisse des montres ou des bijoux, nous sommes un peu dépassés par les événements. Nous ne nous att endions pas à un tel succès. ” Comme quoi, dans la vie, il faut toujours écouter son coeur…
10 questions à Victoire de Castellane, créatrice des bijoux Dior.
Quel genre de petite fille étiez-vous?
Petite, j'étais une enfant très solitaire et je m'inventais des histoires remplies de fées et de personnages mystérieux; c'est cet univers que j'ai voulu recréer lorsque je suis arrivée chez Dior pour créer le département Joaillerie.
En quel type de femme vous rêviez-vous?
En Wonderwoman, ou en Aggie Mack, deux femmes très différentes qui m'amusent autant l'une que l'autre!
Qu'est-ce qui vous a amené à dessiner des bijoux?
Dès l'âge de 5 ans, j'ai commencé à créer mes propres bijoux, en faisant fondre mes médailles de baptême pour créer une paire de boucles d'oreilles. Et depuis ce temps, je n'ai jamais cessé de créer, que ce soit chez Chanel pour la bijouterie fantaisie, chez Dior pour la joaillerie ou pour moi personnellement.
Pourquoi des bijoux et pas autre chose?
Les bijoux me fascinent depuis que je suis toute petite. Mais si je n'avais pas été créatrice, je me serais bien imaginée psychanalyste ou chirurgien!
Quelles sont vos sources d'inspiration?Tout… tout m'inspire: les fi lles et tout l'univers féminin en général, l'Art, les films, les photos dans les magazines, la nature, les contes de fées… tout! Je mélange tout cela dans mon «shaker mental» et c'est comme cela que naît une nouvelle collection!
Quelles sont vos pierres favorites?
J'aime toutes les pierres colorées: améthyste, aigue-marine, saphir rose, spinelle, tourmaline Paraíba… mais ma préférée reste l'opale! Je la trouve intrigante, magique. J'aime la réputation mystérieuse et sulfureuse qui l'entoure et le fait qu'elle contienne à elle seule toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
Etes-vous à l'image de vos bijoux?Ce sont plutôt mes bijoux qui sont à mon image: colorés et très féminins!
Vos débuts chez Dior?Dior m'a donné carte blanche en 1998 pour créer le Département Joaillerie. Cet univers est le mien. Je voulais apporter une touche de fantaisie dans une Place Vendôme guindée et bousculer les codes alors en place grâce à des volumes exagérés ou encore à l'utilisation de pierres fines ou du laquage fluo sur l'or. Cependant, si j'aime le changement, je ne sacrifie pas pour autant la qualité et continue de confier la fabrication de mes créations uniquement à des ateliers parisiens.
En quoi Dior représente-t-il un écrin idéal à vos créations?Je suis fière d'appartenir à cette maison, connue pour son «New Look» qui a fait l'effet d'une bombe à sa sortie, qui m'a fait confiance et donné carte blanche pour mes créations.
Des projets?
Des projets oui, dans différents domaines…
