Le joaillier Fawaz Gruosi, patron de la société genevoise de Grisogono. La marque lance une collection de sacs à main ultra-chics et extravagants. (PIERRE ABENSUR/30 NOVEMBRE 2007
L'homme est célèbre pour le diamant noir, le galuchat et ses créations horlogères habillées du «browny brown gold», un or couleur caramel exclusivement développé dans ses ateliers. Mais on parle désormais de Fawaz Gruosi pour sa collection de sacs à main extravagants.
Oui, vous avez bien lu: le Genevois de Grisogono se lance sur le terrain de la haute maroquinerie. Avec audace toujours, mais sans aucun a priori. «Ce n'est pas un calcul. J'ai eu cette idée un jour, en marchant dans la rue. C'est un service très exclusif pour ma clientèle. Mais il est vrai que nous allons tester le marché».
La stratégie devrait se révéler plus que payante. Car à en croire les experts et autres médias à la pointe des tendances, le succès de cette collection est en effet inévitable. Témoin d'un phénomène bien connu des observateurs du monde économique: la globalisation.
Explications. A l'heure où le luxe touche toujours plus de consommateurs, les entreprises actives dans cette industrie réfléchissent à diversifier leurs activités. La faute à une concurrence toujours plus forte, mais également à un marché de niche qui, même puissant, n'est pas extensible.
Mal gérée, cette situation transforme parfois la force d'une entreprise en sa plus grande faiblesse: dominant son secteur, la société ne peut plus y grandir. Elle étouffe.
Booster la croissance
Ce cauchemar économique, la célèbre société Montblanc l'a traversé dans les années 90.
Reine du stylo en résine noire luxueuse, la marque souffre d'une trop forte identification à son produit à une époque où le courriel et le SMS prennent le pas sur l'écriture manuscrite. Rapidement, les ventes et les perspectives de développement s'effondrent. La filiale du groupe Richemont cherche alors des relais de croissance.
Elle les trouvera dans la maroquinerie, l'horlogerie et plus récemment dans la joaillerie. Contrôlée, la globalisation de Montblanc s'est révélée une réussite: représentant à peine 5%, les ventes des gammes hors écriture enregistreraient aujourd'hui d'après les experts une croissance de l'ordre de 40%.
Fort potentiel
Dans le secteur de la haute horlogerie, on est encore loin de l'extrême Montblanc. Reste que la globalisation devient une opportunité de croissance des plus intéressantes pour toucher de nouveaux marchés clients, tel celui des jeunes amateurs de griffes connues et disposant d'un pouvoir d'achat conséquent.
Créateur d'avant-garde, Fawaz Gruosi a visiblement déjà anticipé le potentiel d'une telle opération. Il n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai. Sporadiquement, de Grisogono s'est essayé à la lunetterie, aux boutons de manchette, aux bougies ou encore à la téléphonie mobile: le joaillier genevois peut en effet se targuer d'avoir été le premier à griffer un téléphone portable de pierres précieuses. Autant d'hameçons lancés dans la mer de la diversification et qui, à chaque fois, ont happé le poisson. «Un jour, j'ai même fait réaliser une robe du soir sur mesure pour une cliente qui souhaitait accorder sa parure de bijoux», sourit-il.
Il n'en fallait dès lors pas plus au chef d'entreprise pour oser franchir un pas supplémentaire. A l'image de certains grands maroquiniers qui lancent leurs propres garde-temps haut-de-gamme, de Grisogono débarque donc sur le terrain du cuir cousu main. Téméraire, Fawaz Gruosi se veut toutefois posé: la société est et restera avant tout ancrée sur son core business. «La joaillerie est mon métier», souligne-t-il. Son implantation sur le marché des accessoires est donc encore limitée.
Joaillier avant tout
Objectif: explorer d'autres horizons de créativité, tout en satisfaisant les exigences propres à l'industrie du luxe. La maroquinerie étant un vrai métier, de Grisogono est ainsi allé chercher le meilleur savoirfaire en la matière, dans les tanneries de Florence.
Là, les artisans italiens ont sélectionné les meilleurs cuirs de poulain et développé en exclusivité pour l'entreprise genevoise une technique d'impression laser qui donne au sac un fini particulièrement lumineux. Au total, une dizaine de collections de besaces aux faux airs de Pac-Man, cabas ultraélégants, sacs à main entrelacés d'un foulard et autres pochettes du soir ont ainsi été créées à la main. Déclinées sur des couleurs flashys, les pièces jouent la carte de l'originalité en réinterprétant le célèbre motif «volute» de la marque: mariée aux anses asymétriques, la base ovale des sacs et le motif en surimpression leur donnent un volume des plus surprenants.
Glamour et exclusif
Prix de ces bijoux de cuir: entre 4500 et 10 000 francs. En clair, glamour et exclusif. La recette du succès international de la griffe genevoise. Editée en série limitée pour Noël, la collection de maroquinerie a déjà commencé à affoler top models, célébrités et autres fashionistas. On attend avec impatience la sortie prochaine d'un jeu de société de Grisogono, prévue début 2008. Et oui: en économie, la globalisation n'a pas de limite.
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Tribune de Genève / Florence Noël / www.tdg.ch