Pierre Jacques, c'est la patte stratégique et commerciale de la marque. L'homme qui, en quelques mois, a repensé le réseau de vente, rencontré les clubs de collectionneurs, relancé quelques modèles emblématiques, comme la DB10 et son mouvement manufacture. Avec Denis Flageollet aux commandes de la technique et David Zanetta en créateur et président passionné, ils forment le triumvirat à la tête de De Bethune.

Une magnifique aventure qu'il n'a rejointe qu'au début de cette année dans le rôle du CEO, mais qui a démarré en 2002 déjà. Moins de dix ans qui auront suffi pour développer 11 calibres maison – le douzième est attendu pour 2012 – et déposer neuf brevets. La marque n'aime pas les compromis: “Avant même la rentabilité, c'est la qualité que nous recherchons, la haute horlogerie à l'état pur”, insiste Pierre Jacques.
“Nous faisons nos mouvements, nos aiguilles, nos cadrans, pratiquement 98% de nos composants.” Et de détailler les caractéristiques de son quantième perpétuel, la DB25 QP, en lice pour le Grand prix d'Horlogerie de Genève. Ou celles de la DB28 et de son tourbillon, le plus léger et le plus rapide au monde: 36 000 alternances et 0,18 gramme à peine pour 54 pièces! Il en parle avec un mélange de respect et de complicité, en patron atypique et décontracté qu'il est.
Vingt ans et une première entreprise
Cadet d'une famille de six enfants, Pierre Jacques est né en France, a grandi en Belgique, et se sent chez lui dans cette Suisse qu'il n'a découverte, pour la première fois, qu'à l'âge de quatorze ans. Il a abordé le pays par les franges de ses terres horlogères, premier clin d'œil du destin, passant une année dans le Val-de-Ruz. il y reviendra quelques années plus tard, à Genève cette fois, pour décrocher son titre universitaire à l'institut des Hautes Études Internationales. Il est sûrement bon étudiant, mais c'est surtout un immense talent d'entrepreneur qu'il se découvre dès cette période. Fourmillant d'idées, enthousiaste, souriant, se moquant volontiers de lui-même sans pour autant perdre son cap, il est de ces personnes avec lesquelles on se sent immédiatement à l'aise, mêlant sans heurts l'amitié, les affaires, et les projets les plus surprenants.
Pierre Jacques n'a pas vingt ans lorsqu'il se lance dans sa première entreprise, un agenda de l'étudiant calé sur le calendrier académique, distribué gratuitement à tous les étudiants de Suisse et regorgeant d'une publicité qu'il vend avec acharnement. Pour ces mêmes étudiants, il invente le “Welcome Student Pack”, une mallette bourrée de produits censés couvrir tous les besoins de la vie quotidienne d'un jeune.
Et les projets s'enchaînent, avec une exubérance créative et parfois un rien brouillonne, mais toujours profitable! Il n'a pas encore fini ses études qu'il est déjà directeur commercial de Promoéditions. Il invente un réseau d'affichage dans les toilettes des bars branchés de Suisse romande, vend des espaces sur les remontées mécaniques, se retrouve promoteur de la cow parade genevoise, cette exposition de vaches grandeur nature, peintes par différents artistes. C'est d'ailleurs l'une de ses fiertés: en avoir vendu trente aux enchères pour remettre plusieurs centaines de milliers de francs à des associations caritatives œuvrant pour l'enfance.
Puis vient GMT, le magazine horloger qu'il créé en janvier 2000 avec son complice Brice Lechevalier. il sent immédiatement que dans ce monde de la haute horlogerie qui le fascine, il faut avant tout parler au client, et qu'il faut le faire dans sa langue. Dès le début, son magazine est donc trilingue, français, allemand, anglais, pour couvrir le marché national, capter l'attention des touristes et “séduire la clientèle hautement internationale de villes telles que Genève ou Zurich”. Pendant dix ans, il accompagne le titre après sa reprise par Edipresse, en lance plusieurs éditions internationales, aux États-Unis, en Asie, en Espagne, et bien sûr dans cette Belgique où il a ses racines.
L'horlogerie et une attention de tous les instants aux besoins des clients: ce sont les deux ingrédients du succès de GMT, ce seront également ceux de la suite de sa carrière. Au Grand Prix d'Horlogerie de Genève qu'il préside pendant deux ans, aux Ambassadeurs, dont il dirige en 2010 la boutique genevoise. “Une expérience passionnante qui m'a permis de comprendre le marché, de savoir ce que le client final veut porter au poignet.” Autant d'étapes d'un parcours presque initiatique, dont son arrivée chez De Bethune semble la conclusion logique.
En 3 dates…
août 1981: mon arrivée dans le Val-de-Ruz
1988: la première rencontre avec mon père
2000: la création de GMT avec Brice Lechevalier
