Après un repas vite expédié, le but était de s'enivrer jusqu'à perdre la tête, tout en se livrant à des jeux érotiques orchestrés comme un véritable spectacle.

Hétaïre (le joli mot antique pour désigner une prostituée) allongée sur un divan lors d'un banquet, une coupe de vin à la main. Vase d'Euphronios.
L'Antiquité ne se borne pas à un défilé d'empereurs, de batailles et de conquêtes. Elle a aussi connu les fêtes dont l'expression suprême était les banquets. Si en Grèce, à l'inverse de Rome, dès la fin de la République, les femmes ne participaient pas, elles étaient allégrement remplacées par des prostituées pudiquement baptisées hétaïres.C'étaient des geishas avant l'heure car elles étaient formées à danser harmonieusement, plus ou moins vêtues, et à jouer des instruments de musique devant des convives qui, eux, se prélassaient déjà sur des lits. Des scènes qui sont reproduites à satiété sur les vases et les coupes.
Les coupes justement étaient le moyen le plus sûr de conduire à l'orgie. Car, dans ce climat d'euphorie qui se créait ainsi peu à peu et était destiné à développer les facultés amoureuses, le vin, pas toujours très affiné, devenait le roi de la fête. On pouvait en boire des quantités impressionnantes. Le très digne Platon rapporte justement dans son Banquet que personne ne s'étonnait de voir Alcibiade, un jeune homme de bonne famille – qui fut général athénien avant d'être assassiné en exil – vider d'un trait une coupe de vin de deux litres. Et ce n'est pas tout. On apprend que dans ces banquets préorgiaques, on prévoyait pas moins de cinq litres de vin par convive. Nous sommes loin d'une bouteille pour quatre qui, dans les menus préétablis, caractérise les repas de fin d'année actuels! Ce qui démontre qu'il faut aussi être fortuné pour se livrer à des orgies, Hétaïre (le joli mot antique pour désigner une prostituée) allongée sur un divan lors d'un banquet, une coupe de vin à la main. Vase d'Euphronios. les petits bourgeois ne pouvant s'offrir parfois que des vieilles déjà édentées. L'Antiquité ne connaissait pas le fluor!
Même les esclaves
On comprend que, dans un tel état d'ébriété, après un repas rapidement expédié (a contrario des Romains où il était beaucoup plus raffiné) et la beuverie savamment graduée afin de ne pas rompre l'équilibre du banquet, plus personne n'y voyait clair. Même pas les esclaves! Démosthène nous raconte l'histoire de Nééra, petite amie de Phrynion qui, au cours d'un festin destiné à célébrer une victoire aux courses des Jeux pythiques, était tellement ivre «que la plupart des convives couchèrent avec elle et même les esclaves de Chabrias qui servaient à table. Pendant ce temps-là, Phrynion cuvait son vin!» En revanche, ne croyez surtout pas que les banquets trouvaient leur point d'orgue dans une copulation rapidement expédiée et dont les partenaires ne se souvenaient plus le lendemain. Ils étaient gradués par toutes sortes de divertissements, mis sur pied par de vrais organisateurs de spectacles, mais aux fortes implications érotiques. A ce jeu-là, c'est le cottabe qui remportait le plus de succès. Et ce, pendant des siècles. Originaire de Sicile, pratiqué par les Grecs, il consistait à lancer les dernières gouttes de vin d'une coupe en direction d'un plat, tout en prononçant le nom de la personne désirée. Si le but était atteint, la victoire était assurée!
M. B./J.-C. P.
Tribune des Arts - Décembre 2008 - No 367