REVOLUTION #4 - Juin 2009
Hervé Genoud
Concepteur et fournisseur de mouvements ultracompliqués pour les plus grandes marques, Christophe Claret fête les vingt ans de sa manufacture en présentant un spectaculaire “ chronographe monopoussoir planétaire à sonnerie et tourbillon ” portant – pour une fois – sa propre signature. L'aube d'une ère nouvelle?

Demandez à quelques passants s'ils connaissent le nom de Christophe Claret, la réponse sera le plus souvent négative. Posez la même question à un professionnel de l'horlogerie ou à un amateur tant soit peu éclairé, vous aurez droit à un sonore “bien sûr!” Car l'homme et son entreprise partagent avec quelques autres le paradoxe d'être l'un des plus grands concepteurs et fabricants de mouvements compliqués sans jamais voir son nom apparaître sur un cadran. Originaire de la région lyonnaise, Christophe Claret se passionne très tôt pour les toquantes. Après des études à l'Ecole d'horlogerie de Genève, il se consacre à la restauration de montres anciennes. En 1987, il reçoit une commande d'une grande société horlogère pour un mouvement à répétition minutes et jaquemarts. Deux ans plus tard, il décide de voler de ses propres ailes en fondant la manufacture Christophe Claret SA.
Installée sur les hauteurs du Locle, dans le bâtiment historique du “ Manoir du Soleil d'Or”, complété par deux extensions ultramodernes, la firme occupe aujourd'hui près de 110 personnes. En vingt ans, elle s'est imposée comme l'un des principaux “fournisseurs de l'ombre” sans lesquels la haute horlogerie ne serait pas ce qu'elle est. Sous la devise “En horlogerie, tout a été fait, tout reste à inventer”, elle s'attache à proposer des mouvements exclusifs et novateurs, dont Christophe Claret se plaît à dire que le plus simple est le tourbillon…
Parmi les spécialités de la maison, les répétitions minutes, les montres à sonnerie, les tourbillons, les quantièmes perpétuels, et bien sûr les calibres alliant plusieurs complications. Ces mouvements ultrasophistiqués sont entièrement développés, fabriqués et terminés dans les ateliers de la manufacture, qui bénéficie d'un personnel très compétent et d'un équipement de conception et de production dernier cri, dont 18 machines CNC.
Un célèbre inconnu
Outre l'excellence et l'innovation, Christophe Claret a su séduire le sérail horloger en pratiquant une autre vertu cardinale: la discrétion – peu de marques étant prêtes à “avouer” qu'elles se tournent vers des prestataires externes pour développer certains de leurs modèles. Ses clients se répartissent en trois catégories. Les firmes qui cultivent elles-mêmes une image de manufacture et préfèrent taire tout coup de pouce extérieur. Les firmes qui, sans clamer haut et fort la provenance de leurs mouvements, n'en font pas mystère. Et celles qui, ne possédant pas elles-mêmes de légitimité horlogère très affirmée, voient leur prestige rehaussé par leur collaboration avec Christophe Claret.

Au chapitre des oeuvres réalisées pour d'autres marques, on citera notamment – sans crainte de représailles – l'Opus 4 et le Tourbillon à glissière d'Harry Winston, le Tourbillon Zéphyr de Guy Ellia et la Occhio Ripetizione Minuti de de Grisogono. Sans compter toutes celles pour lesquelles le silence est de rigueur. En 2003, Christophe Claret a franchi un pas supplémentaire vers une plus grande visibilité en fondant avec l'homme d'affaires Thierry Oulevay la marque Jean Dunand, qui s'est déjà illustrée par trois créations très exclusives: le Tourbillon orbital, la Grande Complication et la Shabaka. En 2008, il a travaillé main dans la main avec deux autres grands horlogers, Roger Dubuis et Peter Speake-Marin, pour donner naissance à la Chapter One, premier fleuron de la marque “Maîtres du Temps”.
Une montre anniversaire
Pour marquer les vingt ans de sa manufacture, Christophe Claret a choisi de créer une pièce d'exception portant – enfin diront certains – son nom sur le cadran. Ce modèle baptisé DualTow se distingue, on s'en doute, par de nombreux raffinements techniques.

L'innovation majeure, brevetée, réside dans le chronographe monopoussoir fonctionnant à l'aide de trois “planétaires” (secondes, minutes, heures). Principal avantage de ce système: le couple demandé au moteur étant toujours identique, le mouvement ne subit aucune variation importante d'amplitude du balancier, d'où une plus grande précision. Pour rappeler le savoir-faire de la maison en matière de montres à sonnerie, le calibre à remontage manuel CC20A intègre un timbre résonnant à chaque fois que l'on actionne le poussoir du chronographe. L'incontournable tourbillon trône à 6h sous un pont formant deux C accolés. L'affichage des heures et des minutes se distingue par un système inédit de courroies crantées inspirées des véhicules à chenilles. Pour mettre en scène ces prouesses horlogères, la DualTow présente un look technique et puissant, avec une architecture tout en transparence laissant admirer les mécanismes en action. Réalisée presque intégralement à l'interne – du développement du mouvement à l'usinage du pont-cadran en saphir – et éditée à 68 exemplaires, elle peut être personnalisée (matériaux, finitions, couleurs, etc.) selon les voeux de son futur propriétaire.
