WORLDTEMPUS - 04.03.2010
Mathilde Binetruy

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«En tant qu'entreprise familiale, nous avons la responsabilité de perpétuer les métiers de l'horlogerie.» Karl-Friedrich Scheufele, co-président de Chopard, résume ainsi son partenariat avec l'Ecole d'horlogerie de Genève - EHG. Daniel Favre, directeur du Centre de formation professionnelle technique qui abrite l'EHG, ajoute: «Nous sommes entrés en contact avec Chopard parce que nous étions à court de composants pour réaliser nos montres-écoles. Nous nous sommes trouvés.» Depuis 2004 et l'instauration d'un accord entre les deux parties, les élèves de la EHG ont créé un nouveau calibre pour Chopard: le L.U.C EHG, un mouvement de poche, développé conjointement et qui fait respectivement battre le cœur des montres-écoles et de l'une des quatre nouveautés Chopard présentées à Bâle: le modèle anniversaire L.U.C Louis-Ulysse - The Tribute, édité à 150 exemplaires.
De la genèse d'un partenariat
Dans les années fastes de l'horlogerie, entre 2004 et 2006, l'école connaît des difficultés pour s'approvisionner en composants. Il lui est difficile d'en acquérir en raison de ses commandes peau de chagrin et elle ne dispose plus de stocks. Pis, l'échappement initial de la montre-école genevoise est obsolète et impossible à refabriquer puisque les outils de production ont disparu.
Il en va de la survie de l'établissement. Les pièces épuisées – malgré une machine-outil à l'interne qui permet néanmoins d'en réaliser une partie –, l'alternative à la famine de ponts, platines, rouages, est de trouver un partenaire nourricier. Le nouveau règlement des apprentis instauré en 2001 et imposant à tout élève de monter et travailler un mouvement au cours de sa formation fait aussi office d'ultimatum. En quête de solution, l'école trouve donc écho auprès de Nivarox pour son échappement et de Chopard, qui « caressait de son côté le dessein de développer un mouvement de poche », comme le précise le communiqué de presse.

Fort de ce partenariat, la marque accentue son assise dans le parrainage des plus jeunes. A l'instar des fiefs familiaux Patek Philippe ou Audemars Piguet, Chopard fait de la transmission du savoir une vitrine. «Il y a une partie image qui est intéressante pour Chopard dans ce partenariat», reconnaît Karl-Friedrich Scheufele.
Une pièce-maîtresse
Du reste, si la genèse de l'union tient, comme c'est souvent le cas, sur l'intérêt respectif des deux protagonistes, elle n'en demeure pas moins noble. La pièce-école est à l'apprenti ce que le compagnonnage est à l'artisan, l'acquisition d'un savoir-faire. Outre son usage à des fins d'apprentissage, le calibre L.U.C EHG est remarquablement mis en valeur dans le nouveau modèle L.U.C Louis-Ulysse – The Tribute, montre de poche pouvant se transformer en montre-bracelet. Réalisée pour le 150e anniversaire de la marque qui a lieu cette année, elle sera aussi présentée au salon de Bâle, aux côtés des trois autres nouveautés de Chopard.

Près de 5'300 heures de recherche et de développement (entre 2 et 3 années à temps plein) ont été nécessaires à l'achèvement du mouvement. «Je ne pensais pas que nous allions y consacrer autant de temps, confesse le CEO et co-propriétaire de Chopard.» Eludant la question de l'investissement, Karl- Friedrich Scheufele précise que la participation de Chopard était «d'abord un cadeau» qui vise à «assurer la relève». A titre indicatif, le développement d'un nouveau calibre qui s'étend entre 2 et 4 ans (voir beaucoup plus longtemps pour les grandes complications), représente un investissement compris entre 1 et 3 millions de CHF.