Eric Loth, patron de British Masters. La société horlogère est installée àla Chaux-de-Fonds. (PIERRE ABENSUR)
C'est un fait peu connu, mais pourtant bien réel. Jadis, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'horlogerie la plus célèbre au monde n'était pas suisse. Mais britannique. Bien avant que les Helvètes ne commencent à fabriquer des montres, Thomas Tompion, considéré comme le père de l'horlogerie anglaise, inventa ainsi l'échappement cylindrique à repos, technique indispensable à la conception de montres plates. Son élève George Graham parvint en 1715 à mettre au point une pendule pouvant mesurant la durée d'un événement, plus connue aujourd'hui sous le nom de chronographe. Quelques années plus tard, John Arnold, l'horloger attitré de la Royal Navy, créa le spiral cylindrique pour chronomètres. Un exploit pour lequel bon nombre de célébrités lui rendirent hommage, à l'image d' AbrahamLouis Breguet qui lui dédia l'un de ses tourbillons.
C'est dire si l'héritage des maîtres du temps britanniques est exceptionnel. «Un véritable patrimoine et surtout une source d'inspiration incroyable », s'enthousiasme Eric Loth, patron de British Masters
Stimulant
Depuis dix ans, cet entrepreneur sis à La Chaux-de-Fonds s'applique à réinventer la tradition horlogère britannique à travers les marques Arnold et Graham, du nom de leurs créateurs. Un défi difficile qu' Eric Loth, alors employé du Swatchgroup, n'a pas hésité à relever. «Je cherchais depuis un certain temps à reprendre une marque horlogère avec quelques associés. Lorsque j'ai découvert Arnold Son et Graham en 1996, j'ai tout de suite été attiré par le passé prestigieux de ces deux marques britanniques.
Cela stimule ma créativité », raconte le fondateur de British Masters.
Il n'empêche. D'un point de vue économique, concevoir des montres d'origine étrangère à La Chaux-de-Fonds, au coeur même de l'industrie horlogère suisse, peut se révéler un exercice périlleux. Mais qu'importe. Fin connaisseur de l'industrie du luxe, Eric Loth s'entoure de spécialistes en haute horlogerie, lie de précieux contacts avec des fournisseurs de composants et se plonge dans les archives horlogères de Sa Majesté. Objectif: créer des garde-temps à contre-courant, dans la plus pure philosophie british, mais estampillés «swiss made».
Le résultat ne se fait pas attendre. Dotée d'un déclenchement situé à gauche de la montre – système initialement conçu pour les pilotes des bombardiers de la Seconde Guerre mondiale – la Chronofighter de Graham s'affiche comme révolutionnaire et suscite un engouement immédiat. Même phénomène pour les grandes complications d' Arnold, réservées à un public plus averti.
Créer la demande
«Lorsqu'on est inconnu, il existe deux solutions pour arriver à se faire une place sur le marché de la haute horlogerie», explique le chef d'entreprise: «soit l'on crée un produit irrésistible qui stimule la demande et qui surprend la concurrence, soit l'on impose la marque en faisant un battage marketing très coûteux. A l'époque, mon budget était très limité», souritil. Allouant la totalité de son investissement de départ – 250 000 francs – dans la fabrication de ses montres, Eric Loth choisit de positionner ses deux marques sur les segments du haut et très haut de gamme, ciblant autant la clientèle masculine fortunée que les collectionneurs passionnés.
Une stratégie qui, profitant de la croissance exponentielle des nouvelles richesses à travers le monde, semble promise à un bel avenir. «La montre fait aujourd'hui office de valeur de reconnaissance sociale, remarque l'entrepreneur. Elle étonne, suscite l'intérêt ou l'admiration. C'est en fait la seule réussite que l'on peut vraiment afficher».
Gérées indépendamment l'une de l'autre, les marques de British Masters couvrent ainsi l'ensemble de la demande en matière de la haute horlogerie, de la montre mécanique sportive luxueuse mais abordable (prix de départ chez Graham: 7200 francs) au garde-temps Arnold Sn plus sophistiqué, agrémenté de complications spécifiques (de 20 000 à plus de 200'000 francs). Et témoignent d'une jolie progression: produisant un total de 5000 montres par an, la société forte de vingt-cinq employés vise une croissance de 50% et espère augmenter cette année sa production à 7500 montres afin de satisfaire une demande toujours plus importante.
Les grands maîtres britanniques
John Arnold, horloger de la Royal Navy. (LDD)
George Graham, inventeur du chronographe. (LDD)
«Industrialiser son mouvement? Folie!» >
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Avez-vous de la difficulté aujourd'hui à satisfaire la demande?
Tribune de Genève / Florence Noël / www.tdg.ch
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