
© AP/5 décembre 2008 / La bijouterie Harry Winston à Paris. Le prince des bijoutiers a été victime d'un hold-up sans précédent en France.
JEAN-NOËL CUÉNODCette artère vient de subir une sacrée hémorragie de diams! Quatre braqueurs ont attaqué la bijouterie Harry Winston et y ont emporté pour 85 millions d'euros de bijoux. Soit plus de 131 millions de nos francs.
«Coup dur», dit-on à la fabrique genevoise
Le choc est rude pour la joaillerie parisienne Harry Winston. Les braqueurs ont emporté environ 130 millions de francs de bijoux dans la nuit
de jeudi. Un faramineux butin qui, selon toute vraisemblance, contenait des montres de luxe fabriquées dans la succursale du groupe à Genève.
L'usine horlogère de la marque haut de gamme, installée depuis un an à Plan-les-Ouates, abrite l'ensemble des processus de production. A savoir, la fabrication des boîtiers, l'assemblage des montres, le sertissage et le contrôle de qualité. En outre, le bâtiment accueille les services de conception, comme la sécurité.
Selon les derniers éléments de l'enquête, le dispositif d'alarme était relié depuis Paris à une centrale en Suisse. Mais depuis le casse parisien, le silence est de mise à la manufacture Harry Winston de Plan-les-Ouates. Le commandement provient de la plus haute hiérarchie du groupe. Elle tient en deux mots: «No comment.»
Contactés hier par la Tribune de Genève, les responsables outre-Atlantique se sont uniquement bornés à ajouter: «Nous sommes en train de coopérer avec les autorités dans leurs investigations. Notre préoccupation principale reste le bien-être de nos collaborateurs.»
A Genève, la nouvelle suscite une certaine émotion. «Un coup dur», selon les termes d'un membre du personnel de la manufacture. Pour ce dernier, l'essentiel est pourtant que personne n'a été tué. En dehors des dégâts matériels, il n'y aurait eu qu'un «blessé léger, suite à un coup de poing».
De mémoire de policier genevois, aucun cas similaire de vol n'est à signaler dans le canton. «Un coup comme ça, c'est très probablement l'œuvre de gangs internationaux, bien informés et particulièrement entraînés, estime leur porte-parole, Philippe Cosandey. A Genève, nous
déplorons à peine quelques dizaines de montres volées.»
La dernière tentative en date s'est déroulée le 14 novembre dernier au petit matin. Des malfaiteurs avaient essayé d'enfoncer une vitrine de bijouterie à la rue du Rhône avec une camionnette volée. Leur tentative avait échoué.
Parmi les hold-up les plus marquants ces dernières années figurent les casses de la bijouterie Patek Philippe à la place Longemalle et celui de l'enseigne Kunz au quai des Bergues. Le premier s'est produit en juin 2004. Les malfaiteurs avaient fait main basse sur plusieurs pièces d'horlogerie, d'une valeur estimée à plusieurs centaines de milliers de francs.
Cinq mois plus tard, rebelote. Avec là aussi un coquet butin à la clé. Mais rien de comparable à l'audacieuse attaque de jeudi dernier à l'avenue Montaigne.
Dejan Nikolic
«Pink Panthers»
❚ Ils attaquent une bijouterie à Tokyo en mars 2004. Et une autre deux mois après à Londres. On les signale à Monaco. Puis en Suisse, en Italie, en Allemagne. Bref partout où le luxe s'expose, le gang des «Pink Panthers» s'impose. Bilan: 60 braquages dans 19 pays.
❚ A eux seuls, les membres de ce gang ont reconstitué la Yougoslavie de Tito. On y trouve des Serbes, des Monténégrins, mais aussi des Croates et des Kosovars. La plupart sont d'anciens soldats des guerres balkaniques qui n'ont pu se réinsérer dans la vie civile.
Cette bande est formée d'un noyau dur d'environ trente malfrats et d'un «personnel» estimé à 100, voire 200 individus.
❚ C'est à Londres que l'un des premiers «Pink Panthers» a été arrêté en juillet 2004, après l'attaque d'une bijouterie (butin: 41 millions de francs). Selon la presse britannique, il vivait en Suisse et travaillait comme nettoyeur dans un établissement hospitalier genevois. C'est aussi en Angleterre qu'ils ont reçu leur surnom de «Pink Panthers». Un diamant dérobé par eux avait été retrouvé dans un pot de crème cosmétique. Comme dans le film La panthère rose.
JNC
6 décembre 2008
