Vous voulez gagner à tous les coups en Bourse ? Pas compliqué. Prenez un marché en panne d'idées. Quelques séances un peu creuses de week-end à rallonge. Lancez y une bonne vieille rumeur.

Victoria B. en total look H.
Hermès c'est si fou...
On ressasse depuis au moins trois ans qu'Albert Frère et Bernard Arnault, qui se sont promis de faire du business ensemble, se prendraient bien une petite louche d'Hermès. Le ticket est cher (plus de 30 fois les bénéfices estimés !!!) mais Hermès, c'est une bête de course sur lequel il n'y a finalement pas grand risque à parier. Plus racé, plus « pure player », moins bling bling que LVMH, le sellier des tsars sait y faire depuis quelques temps. Son premier trimestre 2008, que l'on donnait comme difficile (morosité aux Etats-Unis, lassitude des acheteuses nipponnes, dollar à la cave) est tout simplement magnifique. La croissance organique de l'activité était anticipée en hausse de 10 ? La voilà à …14%. Et quand on rentre dans le détail, tous les indicateurs sont au vert. L'Amérique est à plus de 20% de croissance à taux de change constant, et même le Japon (+4%) ne s'en sort pas si mal. Cravates, sacs, chaussures, parfums, soies : tout s'arrache chez Hermès (hormis les montres). Tout cela donne une très très belle petite multinationale (près de 2 milliards d'euros de CA tout de même), dans un secteur qui reste comme en apesanteur, déconnecté de ce qu'on lit dans les journaux économiques et financiers. Chez ces gens là, la crise n'existe pas, le subprime on ne connaît pas. Des riches, il y en a toujours quelque part dans le monde. Et Hermès, est outillé pour les séduire avec une histoire et une qualité que beaucoup d'autres n'ont pas. Le petit piment, c'est bien sûr le caractère éclaté du capital, dont le contrôle est entre les mains de la très nombreuse famille. Tous les descendants de Thierry Hermès (familles Dumas, Puech, Guerrand) sont pactés et n'ont a priori pas besoin de vendre. Sauf qu'à 33 les bénéfices… La valeur est bien sûr stratosphérique et la tentation si grande. On est dans la nouvelle nouvelle économie, celle du luxe. Un secteur ou on commence a compter en multiple de chiffre d'affaires. Pour l'instant, on en est à 5,5 fois. On préférera acheter ce genre de valeur plutôt que des éoliennes ou des sites internet. De plus, oui, un jour ou l'autre il y aura un Arnault, Pinault ou autre qui payera encore plus cher. Et il y aura quelqu'un dans la famille pour craquer. je suis un peu seul a le croire sérieusement, hormis la petite armée des day traders. Tous les analystes censés sont à l'écart. Profitons du dernier pschitt sur la rumeur et du repli qui s'en est suivi pour se payer du Hermès a prix fou.
Pierre-Henri de MenthonSOURCE : Challenges.fr (13 mai 2008)