Yvan Arpa a présenté sa nouvelle montre au Salon des Arts Martiaux
31 octobre 2009
Marco CattaneoComparé à la Halle 1 de Baselworld, à ses stands géants, ses hôtesses peroxydées, son champagne et ses petits fours, le stade genevois du Bout-du-Monde fait figure de salle de boxe un peu miteuse, tout droit sortie d'un film américain. A l'occasion du salon des arts martiaux, qui s'y tient ce week-end, des clubs sportifs désargentés présentent leurs disciplines (il y a, m'assure-t-on, vingt-sept sortes de karaté différents) à grands renforts de flyers, sur des planches et des tréteaux parfois recouverts d'un bout de tissu bon marché.
A quelques mois d'écart, c'est pourtant le même Yvan Arpa que l'on retrouve dans l'un puis l'autre endroit, même sourire, même enthousiasme, même petite touche de folie dont on ne sait jamais très bien jusqu'où il la contrôlera. En mars, il présentait les nouveautés de Romain Jérôme dont il était l'âme ; en cette fin octobre, il accompagne la première sortie officielle de son nouveau bébé, la Black Belt Watch, une montre réservée exclusivement aux ceintures noires, et que « l'argent seul ne peut pas acheter », proclame-t-il dans un micro.

Ce vendredi soir 30 octobre, sur le tatami central, les démonstrations de sports de combat se succèdent. Et puis, à l'enseigne du programme No Difference, auquel est reversé un pourcentage des ventes de la Black Belt, des sportifs un peu singuliers surgissent. L'un est aveugle, un autre est rivé à son fauteuil roulant. Ils sont en kimono, mais on ne sait trop ce qu'on peut en attendre. Pourtant, lorsque leurs nunchakus se mettent à voler autour d'eux, la salle s'enflamme, la sono et les lumières accompagnent des mouvements toujours plus rapides, toujours plus précis ; handicap ou pas, ce sont des sportifs d'exception.
Au premier rang des spectateurs, Yvan Arpa les observe, et on voit bien qu'ils se ressemblent. Privé de la marque qu'il portait jusque là, privé du soutien de ses investisseurs, traîné en justice (où il a remporté la première manche), il pourrait être un handicapé de l'horlogerie, paralysé, incapable d'agir. Mais non, tel un Stallone après la défaite, il redémarre à zéro, reprend l'entraînement avec de tout petits moyens et des amis fidèles, travaille et se moque des obstacles qu'il avale l'un après l'autre.
Ce soir, pas de cadeaux somptueux pour flatter les journalistes, un peu de champagne tout de même, mais d'une marque exotique qui mousse abondamment, servie dans des gobelets en plastique. Un gâteau au chocolat amené par ses amis tient lieu de buffet, et en guise de carré VIP, quelques places réservées sur les bancs de l'unique tribune ouverte.
Aucune importance. Yvan Arpa traverse son purgatoire le sourire aux lèvres et présente, fidèle à lui-même, une montre bien dessinée et solidement adossée à un concept inédit qui posera d'ailleurs un problème original aux collectionneurs. Garde-temps automatique bien évidemment Swiss Made, pensée autour des valeurs du Bushido, la Black Belt Watch présente notamment une lunette originale, ornée de Kanji (caractères japonais) en relief poli, un cadran inspiré de la trame des kimonos et des aiguilles rappelant des sabres d'entraînement. Les ingrédients du succès sont là, la Black Belt Watch vivra sa vie dans le cercle fermé des ceintures noires, dont Yvan Arpa fait lui-même partie, loin des clients traditionnels de l'horlogerie haut-de-gamme. Et Arpa-Stallone poursuivra son entraînement dans des salles de quartier jusqu'au jour peut-être proche où il remontera sur des rings (ou des tatamis) plus prestigieux.Cet homme-là prendra encore des coups - il est vrai qu'il les cherche parfois, à se moquer pareillement des convenances -, trébuchera encore, mais sera très, très difficile à abattre vraiment. Rendez-vous en 2010 pour la suite de ses aventures.