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La crise nettoiera le secteur horloger

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Elle n'affecte pas Jaquet Droz. Nouveau site de production et premier mouvement en propre pour 2010. A Bâle, la marque présente sa machine à écrire le temps.
L'Agefi - 31 mars 2009
Bastien Buss / BâleBaselworld_325547_0

Jaquet Droz lance plusieurs signaux forts à Baselworld. La marque du Swatch Group veut ainsi délivrer un message positif, résolument anti-crise et tourné vers l'avenir, alors que l'industrie se cherche une voie pour louvoyer entre les nombreux écueils de la récession. L'année 2008 semble déjà faire partie d'un passé lointain, révolu, pourtant la société a réalisé le meilleur exercice de son histoire. Quelque 2500 montres ont été écoulées pour un chiffre d'affaires, selon nos estimations, de 45 millions de francs. Certes, une goutte d'eau dans l'océan des 5,966 milliards de ventes du Swatch Group, mais une contribution qui ne passe pas inaperçue auprès des spécialistes.

D'abord, une nouveau site de production. La petite pousse du numéro un mondial de l'horlogerie, active dans le haut de gamme, va entamer les travaux pour son nouvel outil de travail, alors que nombre de ses concurrents ont gelé toutes leurs velléités expansionnistes. Devisé à un peu moins de 15 millions de francs, le nouveau bâtiment comprendras trois étages pour 2500 m2 au Crêt-du-Locle, pas loin de Cartier, Patek Philippe, ou encore Greubel-Forsey. «Cela nous permettra de doubler de taille», lance Manuel Emch, CEO de Jaquet-Droz. Les effectifs passeront ainsi de 40 personnes aujourd'hui à quelque 90 lorsque les travaux seront achevés. Ce qui signifie, que malgré une conjoncture claudicante, la marque va engager du personnel, alors que l'heure est plutôt aux dégraissages dans le secteur. Dans la foulée, les capacités de production seront aussi multipliées par deux. Le projet, très moderniste, est né il y a trois ans déjà, mais en raison de certaines lourdeurs et errements administratifs, il ne va se concrétiser que cette année. La fin des travaux est prévue pour le début de l'automne prochain. Deux extensions sont déjà prévues, qui seront réalisées en fonction de l'évolution de la marche des affaires.

Ensuite, 2010 devrait être marqué par le lancement du premier mouvement en propre de la marque. Conçu à devenir un tracteur pour la marque, même si Manuel Emch ne plébiscite pas vraiment ce terme, il viendra équiper les différentes collections à l'avenir, mais pas sur tous les modèles.

L'une des pièces les plus remarquables de Baselworld

Puis, Jaquet Droz a présenté à Baselworld peut-être une des pièces les plus remarquables de la foire d'horlogerie et de bijouterie: la machine à écrire le temps, automate qui comme son nom l'indique écrit les heures et les minutes exactes de l'instant présent, en continu. La marque renoue ainsi avec une tradition, qui est sa propre histoire et qui remonte au XVIIIe siècle, quand les automates horlogers neuchâtelois faisaient le bonheur des cours princières, royales et impériales et dont la figure emblématique n'est autre que le neuchâtelois Jaquet Droz lui-même et ses automates anthropomorphes. En quelque sorte, la marque boucle aisni la boucle avec son célèbre fondateur. Plus de 1200 composants, dont 84 roulements à billes, 50 cames et 9 courroies, quelque huit ans de conception et des milliers d'heures auront été nécessaires à la réalisation de cette machine un peu folle. La marque a mis la barre très haut. «Un simple contact suffit à activer le savant mécanisme. Le stylo dont il est muni va alors tracer les heures et les minutes du moment présent », détaille Manuel Emch. Le mécanisme est à remontage manuel (8 jours de réserve de marche). La pièce sera éditée en Numerus Clausus de 28 exemplaires. Le tout, très réussi et abrité dans une cage en aluminium équipée de verre à cristaux liquides, se trouve dans son esthétique quelque part au carrefour d'une machine de Tinguely et du musée Beaubourg, pour son approche industrielle. Enfin, nonobstant le marasme économique, Jaquet Droz va encore développer son réseau de distribution. Deux nouvelles boutiques en propres sont agendées pour cette année, respectant ainsi le rythme d'ouverture annuel de la marque. D'abord dans l'hôtel Sofitel à Hanoï et une autre à Hong Kong. Deux autres projets sont d'ores et déjà dans le pipeline, à savoir Shanghai et Pékin. Celle de Moscou, la dernière en date, a été ouverte le 15 décembre à Moscou. «Le sell-out y est extrêmement bon», explique Manuel Emch.

Et la crise? «Nous avons connu étonnamment un très bon début d'année, même s'il est vrai que l'ensemble de l'industrie manque de visibilité». Le CEO, qui partage évidemment l'optimisme émanant du Swatch Group, estime qu'elle va nettoyer le marché et redistribuer les cartes. «Le client prend conscience des vraies valeurs, des marques avec un savoir-faire authentique». Pour lui, la récession va provoquer un changement de fonds: les clients vont changer leurs habitudes de consommation. Elles seront axées davantage vers la durabilité. Si les consommateurs se montrent très prudents pour l'heure, pour ne pas dire totalement timorés, l'envie et le besoin d'acheter va forcément revenir un jour. «L'homme a un besoin existentiel de se faire plaisir, de dépenser. Et l'horlogerie fait partie de ce genre d'envies». Les premiers signes, certes encore timides, de cet appétit retrouvé seraient perceptibles de puis deux à trois semaines aux Etats-Unis. On ne parle pas encore de reprise mais de stabilisation.

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