5 novembre 2009
Michel Béziat
Hier soir, dans sa boutique de la place de la Fusterie à Genève, Audemars Piguet recevait quelques invités, clients et journalistes, pour leur présenter la dernière pièce de sa collection Millenary: la Tourbillon chronographe Millenary carbon one. Boîte en carbone forgé, mouvement disposant d'une platine en carbone injecté, il semble bien que la marque du Brassus fasse désormais référence dans l'emploi de ce matériau pour le moins original.

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Un laboratoire d'idées
La collection Millenary est paradoxale. A côté de caractéristiques très classiques, comme une lunette fine, une boîte raffinée ou des cornes soudées, elle ose la forme ovale, une curiosité dans un monde où le rond est la norme et où le carré et le rectangle passent pour des fantaisies. L'ensemble se pimente encore lorsque le cadran ose l'asymétrie voire, pour certaines références de la collection, le décentrage de l'axe des aiguilles. Aux côtés de sa sœur aînée, la déjà très inventive Royal Oak, la collection Millenary apparaît comme la plus créative, voire la plus transgressive des deux. Pas étonnant, dans ce contexte, qu'elle soit utilisée par Audemars Piguet comme une sorte de laboratoire à idées dans lequel ses designers et horlogers peuvent tout oser.
Le carbone dans tous ses états
La Tourbillon chronographe Millenary carbon one s'inscrit complètement dans cette logique. Comme la Tourbillon chronographe MC12 qui l'a précédée en 2006, les deux poussoirs du chronographe se situent à 10 heures et 2 heures pour des raisons ergonomiques, comme nous l'explique Octavio Garcia, directeur artistique de la marque. Le design de la pièce a en revanche été intégralement revu par son collègue, le designer Philippe Vaptzarof. La couleur noire est à l'honneur, seulement soulignée parfois par des touches de couleur rouge ou acier. L'influence du design automobile est par ailleurs omniprésente. La boîte est réalisée en carbone forgé, un matériau à base de fibres tressées et compressées à haute température. Utilisée depuis plusieurs années pour la Royal Oak, cette technologie, désormais parfaitement maîtrisée à l'interne, permet d'obtenir un matériau extrêmement dur – 626 vickers-, extrêmement léger, et étonnamment doux au toucher. La pièce ne pèse en effet que 69,44 grammes, soit moins encore que si elle était en titane. Les composants les plus exposés aux chocs, couronne, poussoirs et lunette, sont en céramique, dont la dureté approche les 2000 vickers. À ces niveaux de résistance, l'usinage des pièces, notamment celui de la lunette tronconique, représente un véritable tour de force.

Octavio Garcia et Giulio Papi © Michel Béziat/Worldtempus

Un calibre 2884 sophistiqué et redessiné
Le calibre 2884, développé pour le Tourbillon chronographe MC12, a lui aussi fait l'objet de transformations tant esthétiques que techniques. Visible de toutes parts, il joue, côté cadran, de belles symétries entre barillets, pont de barillet et pont de tourbillon, lui-même redessiné en forme de V. Côté fond, il laisse apparaître de superbes contrastes entre le noir des ponts en aluminium éloxé, l'éclat métallique des bascules, des ressorts-fils et des roues, et le rouge vif des rubis. Pièce maîtresse de l'ensemble, la platine est en carbone injecté. Ce matériau faisant appel à une technologie sensiblement différente de celle du carbone forgé (pression plus importante, températures plus élevées), il lui garantit de ce fait une exceptionnelle stabilité tant mécanique, que physique et chimique.
Techniquement, le décentrage du mouvement sur la gauche a permis d'ajouter un système de débrayage dynamométrique permettant d'écarter tout risque de casse lors d'un remontage excessif, comme nous l'explique Giulio Papi, directeur technique de la société Audemars Piguet Renaud Papi à la base du mouvement.
Autre raffinement, le mécanisme de bascule d'embrayage du chronographe dispose d'un double système de réglage, non seulement au niveau de la roue d'embrayage mais également au niveau de la roue à colonne. Cela permet un ajustement beaucoup plus précis de l'ensemble, évitant tout compromis ou demi-mesure lors du réglage de la bascule. Du point de vue de la précision, le 2884 est pourvu d'un échappement à tourbillon qui lui garantit une précision de 0/+2 secondes par jour en sortie d'atelier. Il dispose par ailleurs d'une réserve de marche de 10 jours.
La pièce sera éditée à 120 exemplaires pour un prix de 282 680 CHF hors taxes. Elle sera disponible dès le mois de décembre prochain.
