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Une même sirène pour Desnos et Foujita

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Le poète Robert Desnos et le peintre japonais Tsuguharu Foujita sont des fi gures centrales des années, dites folles, de Montparnasse. Dans cet esprit de fêtes, de frivolité, de créativité, de nuits blanches, les amours se font et se défont sur l'autel de l'art.


Tribune des Arts - Octobre 2009
Christine zwingmann

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Le jeune poète Robert Desnos aux yeux d'azur voit le jour à Paris en juillet 1900. Il participera à la naissance du mouvement surréaliste en introduisant la dimension du rêve dans l'écriture. A vingt-deux ans, il se persuade que l'état de somnolence est seul capable de retrouver la pensée première, siège de l'expression libre et véritable. D'ailleurs, Breton le désignera comme le “ prophète ” du Surréalisme. C'était trop beau pour durer. A la fin des années 20, ses membres se séparent sur fond de dispute politique.

Dès 1930, le milieu artistique souffre de la crise (déjà!). Les peintres vendent moins. Même les plus connus et cotés souffrent. Le peintre japonais, Tsuguharu Foujita, fait partie de ceux-là. Dès son arrivée à Paris en 1913, il s'installe à Montparnasse et contribue - avec son apparence de dandy - à la réputation cosmopolite, bohème et artistique du quartier. Sa peinture, avec ses déclinaisons de blancs soulignés par des traits parfaits, ne ressemble à aucune autre. Contrairement à ses prédécesseurs japonais Kuroda, Harunobu ou Utamaro, il s'immerge passionnément dans son pays d'accueil. Cependant, son identité japonaise et ses études aux Beaux-Arts de Tokyo ne quitt eront jamais son inspiration. D'où cet équilibre singulier entre l'art nippon et l'art français.


Une muse protectrice

“Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage/Pour l'instant elle dort sur la nacre/Et sur l'océan que je crée pour elle…” Ainsi commence un poème que Robert Desnos destine à cett e femme séduisante qu'est Lucie Badoud, dite Youki. Tout d'abord modèle de Foujita pour sa peau si blanche, elle deviendra son épouse. Dès 1928, Desnos se lie d'une belle amitié avec le couple. Et leur relation devient rapidement un triangle amoureux. Mais en 1931, le peintre Foujita abandonne sa femme au poète et quitt e la France pour une nouvelle vie. Il confi e à Youki ses dernières oeuvres magistrales, n'ayant rien d'autre à lui léguer. Grâce à ce geste, ces quatre oeuvres seront scrupuleusement protégées par Youki, notamment durant la Seconde Guerre mondiale. Elles retourneront dans le circuit artistique soixante ans plus tard, après avoir été restaurées.

Youki et Robert Desnos vivent désormais ensemble. En 1933, la vie matérielle du couple s'améliore avec les importantes activités radiophoniques qui sont confiées à Desnos. Mais l'ombre du fascisme plane en Europe et le poète ne peut y rester indifférent. Il s'engage activement dans la Résistance. Il ne se cachera pas lorsqu'un matin de février 1944, la Gestapo vient l'arrêter en présence de Youki. Il sera déporté dans divers camps de concentration pour mourir du typhus en juin 1945. Paul Eluard écrira à la mort de Desnos que “ Tout au long de ses poèmes, l'idée de liberté court comme un feu terrible ”. Et Aragon d'ajouter dans son poème Robert le Diable: “Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne/[…] accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie/là-bas où le destin de notre siècle saigne ”.

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