Le retour aux sources

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La maison horlogère développe le marché suisse avec prudence. Aucune pièce de la collection n'est représentée chez les détaillants, hormis pour quelques opérations ponctuelles. La marque possède cependant une boutique à Genève. Un choix stratégique réfléchi.

Gold'Or - Octobre 2010Marie de Pimodan-Bugnon

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Comme souvent pour les petites maisons horlogères, ils sont d'abord allés très loin avant de commencer à vendre dans leur propre pays. Antoine et May Preziuso ont traversé les frontières et les mers, ont fait fi des barrières culturelles, jetant leur dévolu sur le Pays du Soleil Levant, un marché qu'ils envisageaient nettement plus prometteur. S'implanter sur le marché suisse? En 1991, tandis qu'il signait ses toutes premières montres sous sa marque, Antoine Preziuso n'y songeait même pas. Trop fermé, trop petit et, surtout, peuplé par «une clientèle trop centrée sur les produits des grandes manufactures», selon May, sa femme et fidèle bras droit dans les affaires. Il y eu donc d'abord l'ouverture du marché japonais, en 1996. «Au départ, nous n'avions pas du tout envisagé de distribuer en Suisse, explique May Preziuso. Nul n'est prophète en son pays mais assez vite, nous avons réalisé que nos clients japonais, c'est-à-dire notre marché principal, ne comprenaient pas pourquoi nous n'avions pas de boutique en Suisse.» Quand un emplacement se libère quai des Bergues à Genève, en 2004, les Preziuso saisissent alors l'opportunité pour s'implanter au cœur du berceau qui les a vu naître. Une nouvelle aventure pleine de promesses et de bonnes surprises.

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Un regain de légitimité

Dix-huit mois ont été nécessaires pour fidéliser la clientèle locale. Aujourd'hui, elle se compose à 65% de romands, les 35% restant viennent de l'étranger. «La Suisse est un marché très dur parce que la clientèle est extrêmement exigeante et bien informée, raconte May Preziuso. Mais nous avons constaté que beaucoup de gens à Genève recherchent des pièces différentes, authentiques, directement liées à un créateur particulier, en l'occurrence Antoine. Le contact direct est très important. De nombreuses ventes se font parce qu'Antoine se déplace à la boutique pour discuter avec la clientèle et depuis, la plupart de nos clients sont devenus des amis.»

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Six ans après l'ouverture de sa boutique genevoise, la seule sur le territoire helvétique, Antoine Preziuso se félicite de ce choix. Pour son image de marque, tout d'abord, qui a bénéficié du même coup d'un regain de légitimité à l'étranger. «Avoir pignon sur rue en Suisse quand on est une marque suisse a vraiment rassuré nos représentants sur les marchés étrangers. Avec la boutique Les Heures Précieuses de Genève, nous sommes devenus crédibles, nous avons perdu l'image du petit artisan qui travaille dans son coin pour avoir le statut de vraie marque horlogère», précise-t-il. Pour la bonne marche des affaires, également, l'ouverture de la boutique de Genève s'est révélée être un vecteur de commercialisation bien plus fructueux qu'il ne l'avait imaginé au départ. Si les ventes au Japon représentent depuis plusieurs années 65% du chiffre d'affaires de l'entreprise, la crise est passée par là, inversant les tendances pendant plusieurs mois. «Nous n'avons pas ressenti les effets de la crise à Genève alors que le Japon a énormément baissé, souligne May Preziuso. Depuis la reprise, le Japon est à nouveau en tête, suivi de Dubai, Genève et de l'Ukraine où nous possédons aussi des boutiques.»

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Uniquement des boutiques


Aujourd'hui, la marque Antoine Preziuso n'a pas l'intention de développer son marché suisse outre mesure. Le budget de communication étant assez limité, la maison se contente d'un peu d'affichage, de quelques achats d'espace dans la presse spécialisée et d'associations régulières à des événements comme des compétitions de golf ou des visites de la manufacture. Tisser un réseau de détaillants sur le territoire helvétique? «Ça ne fait pas partie de nos projets, répondent en cœur les Preziuso. Ce n'est pas du tout dans notre philosophie. Nous proposons des pièces sur mesure pour ne pas dire haute couture que nous créons avec passion en toute petites séries et qui n'ont pas leur place au milieu d'un étalage de marques.» Et May d'ajouter: «Travailler avec un distributeur qui ne représenterait que des indépendants, pourquoi pas, mais il faudrait que le service soit équivalent à celui que l'on peut trouver dans une boutique.» Pour l'heure, Antoine Preziuso regarde donc plutôt du côté de l'étranger. Des boutiques sont d'ailleurs annoncées à Abu Dhabi et Oman.


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