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« Baselworld a été renforcé par la crise ».

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La directrice de la grande foire horlogère et joaillière n'y va pas par quatre chemins lorsqu'elle évoque les « hyper individualistes » qui exposent en marge de Baselworld. Entretien.
30 mars 2009Propos recueillis par Nicolas Paratte

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Sylvie Ritter, directrice de Baselworld © BaselWorld



Worldtempus : Quel bilan provisoire pouvez-vous tirer de ces premiers jours de foire ?

Sylvie Ritter : Les exposants sont jusqu'ici satisfaits. Leurs attentes, revues à la baisse par rapport à l'an dernier, sont dépassées. Les acheteurs ont fait le déplacement et c'était la seule certitude que nous avions. Nous sommes donc rassurés et d'autant plus détendus. Mais il est encore trop top pour parler de l'état des commandes.

Et pourtant, rien n'était joué d'avance ?


Effectivement, nous avons tous été surpris par la rapidité du changement conjoncturel. Avant l'ouverture du salon, nous avons été obligés de faire un pointage tous les 10 jours par manque de visibilité générale et de contrôle. Il est vrai aussi que la presse a noirci le tableau en amont de la manifestation. Mais à partir du mois de février, nous étions convaincus que Baselworld conforterait sa place de leader mondial car les acheteurs internationaux ont clairement fait savoir qu'il feraient le déplacement. Les exposants n'ont pas eu d'autre choix que de les suivre et les demandes ont afflué. En ce sens, la crise a renforcé Baselworld.

La tension a toutefois été palpable jusqu'à l'ouverture : certains corps de métiers ont par exemple voulu être payés cash par les exposants au fur et à mesure de l'avancée des travaux de montage ?

Oui, c'est légitime. Tout le monde doutait de tout pour finir dans ce climat d'incertitude. Mais il ne faut pas sous-estimer les entreprises qui exposent ici. Elles ont su faire preuve de flexibilité et surtout de créativité.

Exagère-t-on cette crise ?


Il faut la relativiser. Il y a certes des licenciements, l'introduction de chômage technique, etc., mais la branche a aussi créé des milliers d'emplois pendant des années, un point souvent laissé de côté. Loin de moi cependant l'idée de minimiser la situation. La bijouterie, notamment, souffre réellement de la crise, beaucoup de PME nouvellement créées dans ce secteur se sont par exemple brûlé les ailes en pleine ascension.

Comme  lors du SIHH à Genève, quelques fabricants choisissent d'exposer en dehors du périmètre de Baselworld, arguant qu'ils ne peuvent pas se permettre d'y participer financièrement. Voyez-vous cela d'un bon œil ?
Non, ce sont clairement des parasites, car ils n'exposent à aucun autre moment sinon à Bâle. Leur idée, c'est de profiter de Baselworld. Ni le prix ni la place ne sont des arguments suffisants.
N'avez-vous pas, malgré tout, l'impression de fermer les portes à certaines petites entreprises ?

Non. Le but est de donner à tout le marché la possibilité de se présenter à Baselworld et c'est ce que les acheteurs attendent de la manifestation, soit une diversité la plus large possible. Prenez l'exemple de la Watch Factory : plusieurs créateurs s'y partagent un espace réduit fait de tables et de vitrines et cela se passe très bien ! D'autres exposants ne veulent pas perdre de temps à la construction de stands : nous leur fournissons ainsi des boxes préfabriqués et cela leur suffit.

Que compter vous faire à l'encontre de ces « outsiders » ?
Nous sommes allés discuter avec eux pour qu'ils s'intègrent à la manifestation. De toute manière, il y aura toujours des mécontents.

Ne trouvez-vous quand même pas qu'il faudrait en quelque sorte «redescendre sur terre », renouer avec plus de simplicité comme cela l'a été en son temps, qui plus est en temps de crise ?

Ce n'est pas réaliste car nous avons dû évoluer avec les marques. Quel serait le message envoyé par les exposants s'ils réduisaient leurs standards ? Chaque marque possède sa propre identité et le stand de même que les produits font intimement partie de son environnement. Un abaissement des standards de qualité donnerait un mauvais signal et ne serait pas accepté.

Comment voyer-vous l'avenir ? Va-t-on vers une sélection naturelle dans la branche
?

Une épuration va avoir lieu, notamment dans le monde des bijoux. Je pense que les plus forts vont s'adapter, mais les petits aussi auront une chance. Il y aura toujours de la place pour les deux, car ils s'inspirent mutuellement.