Pierre-Yves Frei
Le PDG de Swatch Group Nick Hayek Jr, entouré de deux membres de la direction générale, Hanspeter Rentsch et Edgar Geiser (L. Guiraud)
Un sweat-shirt gris, genre université américaine, une montre à chaque poignet, gouailleur et militant, Nick Hayek Jr a fait un crochet par Genève pour présenter le bilan définitif de Swatch Group en 2008. A la Cité du Temps, il était accompagné de la quasi-totalité de la direction.
Une fois encore, l'industriel a parlé. Un industriel qui peut se vanter d'avoir une vue sur toute la chaîne qui aboutit au consommateur final. Après tout, Swatch Group réalise aujourd'hui plus de 35% de son chiffre d'affaires grâce à son propre réseau de distribution. «C'est pour cela que nous savons mieux que quiconque comment réagit le consommateur et comment adapter notre production en conséquence. Nous ne cédons pas à la panique comme certaines marques horlogères, qui sont de nos clients, et qui ont parfois gelé leurs commandes pour plusieurs mois de crainte de détenir des stocks. Notre modèle industriel intégré est de ceux qui devraient s'imposer au sortir de la crise. Ceux qui, pour diluer le risque, ont trop recouru à la sous-traitance se sont à mon avis fourvoyés. Surtout si leur produit n'était pas irréprochable.»Le patron de Swatch Group n'a pas non plus fait l'impasse sur la question d'un franc suisse fort. «C'est ce qui explique une partie de nos résultats. Nous avons beaucoup souffert des taux de change. Et nous saluons la politique actuelle de la Banque nationale suisse qui tente de tout faire pour soulager notre industrie exportatrice ainsi que notre tourisme. Et si la pression des changes se relâche, nous n'excluons pas d'afficher de meilleurs résultats en 2009 qu'en 2008.»
Le groupe continue à engager
Résultats affectés par les taux de change
Outre une baisse des ventes sur les marchés horlogers, le groupe a souffert des effets de change en 2008, particulièrement dans la seconde moitié de l'année. La perte induite se monte à 233 millions de francs.
Pas d'arrêt des engagements
Nick Hayek a bien insisté sur ce point hier. Swatch Group n'a l'intention ni de renoncer aux investissements ni de mettre un frein aux engagements. Quelques exceptions tout de même. Micro Crystal, qui développe des quartz pour les téléphones portables, a subi l'érosion nette des ventes dans ce secteur. S'en est suivie une mise au chômage partiel. «Mais cette mesure est déjà un vieux souvenir, car la demande de la part des constructeurs redémarre.» La convalescence sera sans doute plus longue pour l'entreprise Renata qui tire une bonne partie de ses revenus de l'industrie automobile, aujourd'hui sévèrement touchée par la crise.
Destination Chine
A l'heure où la demande des Etats-Unis pour les produits horlogers se révèle plus anémique que jamais, Swatch Group parie toujours plus sur
la Chine. Ce ne sont pas moins de 100 millions qu'il a investi pour permettre à Omega d'être le chronométreur officiel des Jeux olympiques. Et il s'apprête à commencer la rénovation du plus vieil hôtel de Chine pour le transformer en résidence d'artistes et lieu de vente.
PYF