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Le numéro un mondial de l'horlogerie publie des chiffres nettement supérieurs aux attentes. De quoi alimenter la progression du titre.

L'Agefi - 10 février 2010Bastien Buss


Le marché, une fois n'est pas coutume, ne s'y est pas trompé. Les chiffres détaillés de Swatch Group, publiés hier, ont mis tous les analystes et investisseurs d'accord, même les plus chagrins, avec un titre en progression de 4,84% à 281,5 francs.

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Le numéro un mondial de l'horlogerie s'est joué avec brio des écueils du marasme conjoncturel. Dire que le groupe a plus que tiré son épingle du jeu ne reflète qu'imparfaitement la réalité. En 2009, année pourtant présentée comme cataclysmique pour le secteur, la société dirigée par Nick Hayek (interview ci-dessous) est encore parvenue à bétonner ses positions et a de surcroît gagné des parts de marché. En d'autres termes, elle ressort nettement renforcée de la crise et va en cueillir tous les fruits dans la phase de reprise qui semble se concrétiser tous les jours davantage.

Si le chiffre d'affaires était déjà connu depuis la mi-janvier, Swatch a rendu public hier un EBIT et un bénéfice nettement supérieurs aux attentes. Après une diminution temporaire au premier semestre 2009, la marge opérationnelle du groupe s'est considérablement améliorée dans la seconde moitié de l'année pour atteindre 17,6% sur l'exercice complet (21,2% en 2008). Ce qui veut dire, calcule Vontobel, que celle du deuxième semestre a atteint la respectable valeur de 20%. Le résultat net a, quant à lui, diminué de 8,9% à 763 millions de francs, contre 838 millions pour l'exercice précédent. Soit une marge nette de 14,8% inchangée par rapport à 2008, une année record rappelons-le. Malgré cette très légère contraction, le bilan reste des plus sains. Avec des liquidités abondantes, alors que le groupe n'a procédé à aucun licenciement et a maintenu ses investissements et ses activités marketing. Ainsi le free cash flow s'est élevé à 655 millions de francs à fin 2009, contre 13 millions sur 2008, selon Patrick Hasenböhler, analyste chez Sarasin.

Des liquidités qui ne manquent d'ailleurs pas non plus à son concurrent Richemont (1,398 milliard d'euros à fin décembre) mais qui font si cruellement défaut à tant d'autres acteurs de la branche. Pour Swatch Group, ce sont toutefois les résultats purement horlogers qui ont le plus impressionnés, dans un contexte de recul des exportations horlogères suisses de 22,3%. Pour la société, outre la performance de ses marques phares, ce sont les gains d'efficacité dans la logistique et dans la distribution qui ont aussi contribué à la forte amélioration de la rentabilité. Au final, le segment a accru sa marge opérationnelle à 19,2% en 2009 (contre 18,2% en 2008).

De manière unanime, les analystes ont qualifié les résultats de Swatch Group de très solides. Le groupe a réalisé d'énormes progrès en matière de gestion des coûts. Si une reprise des ventes se produit en cours d'exercice, ce dont le groupe semble convaincu, elle aura un effet plus que proportionnel sur l'évolution des résultats. La banque Wegelin note que l'horloger biennois a «une fois de plus annoncé des chiffres convaincants». Les perspectives aussi incitent à la confiance et devraient étayer la forte reprise du cours de l'action en 2009. Grâce à des marques solides, un niveau élevé de reconnaissance, une diversification spécifique de produits et une présence globale, également dans les marchés en croissance, la société semble très bien positionnée. Wegelin évoque aussi d'éventuelles acquisitions à court terme.

Helvea a salué le fait que Swatch ait préservé sa structure intacte, lui permettant ainsi de répondre au rebond annoncé. Les analystes d'UBS et de Credit Suisse se déclarent également impressionnés par les résultats. Pour Credit Suisse, Swatch Group est l'un des groupes les mieux positionnés, structurellement et géographiquement, dans le secteur du luxe. Citigroup est du même avis et estime par ailleurs que le consensus pour le bénéfice par action devrait être relevé d'environ 5%. Vontobel parle même de 10%.

Pour Swatch Group, à l'inverse de bien d'autres horlogers, l'attitude est résolument positive, la rhétorique optimiste, bien loin de la morosité qui régnait il y a encore quelque mois à peine. La société affirme ainsi vouloir saisir «les opportunités intéressantes sur les différents marchés en vue d'acquérir de nouvelles parts de marché et de consolider sa présence mondiale». Par ailleurs, elle ne se déclare plus seulement confiante mais «très confiante» quant à la poursuite d'une croissance organique des ventes et à l'accroissement des marges en 2010.

Après des ventes en hausse de 28,8% en décembre, Swatch Group parle du premier mois de l'année comme le deuxième meilleur janvier de l'histoire du groupe. Et pour enfoncer le clou, les perspectives s'annoncent même «excellentes» pour le reste de l'année.

Selon le milliardaire américain Warren Buffett, gourou de la finance, «c'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus». Il entendait ainsi mettre en garde les preneurs de risques excessifs, les tacticiens de l'instant, les jongleurs de la finance. On serait tenté de rajouter à cette liste les horlogers imprudents. Apparemment, un avertissement qui ne s'applique guère au Swatch Group.


Vers un exercice record en 2010


Propos recueillis par
Bastien Buss


La récession horlogère n'aura duré que trois trimestres. Du moins pour Swatch Group. Lors du deuxième semestre 2009, la société a retrouvé le chemin de la croissance, alors que sur l'ensemble de l'année les exportations horlogères se sont elles effondrées de près d'un quart. CEO du numéro un mondial du secteur et bientôt également membre du conseil d'administration, Nick Hayek Jr. livre ses prévisions pour l'exercice en cours. La confiance est de retour.

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L'Agefi: Après une progression de 28,8% de vos ventes en décembre, comment se déroule ce début d'année?

Nick Hayek: Petite précision utile pour décembre, il s'agissait même d'une amélioration de 31% au niveau de nos exportations. Au mois de janvier et en ce début de février, cette dynamique s'est poursuivie. Presque au même rythme d'ailleurs. Nous ne sommes pas loin de ces valeurslà. Nous évoluons sur les mêmes niveaux qu'en 2008, année record non seulement pour nous mais pour l'ensemble de l'horlogerie.

Avec de tels niveaux de commandes, parvenez-vous à livrer vos clients?

Dans une large mesure, oui. Toujours est-il que nous avons un excédent de commandes et nous ne pouvons pas assurer toutes les livraisons suffisamment rapidement pour y répondre. Swatch Group a certains délais sur quelques unes de ses marques, comme Breguet, Omega, Tissot ou encore Longines. Mais on devrait être capable de réagir assez vite. Le groupe n'a jamais cessé d'investir, y compris l'année dernière, ce qui lui permet une reprise bien plus véloce que certains concurrents. Pour Swatch Group, c'est un peu le retour à l'emballement.

Est-ce à dire que vous allez renforcer vos effectifs cette année?
Bien sûr, mais c'est un processus qui ne s'est jamais arrêté chez nous, même s'il s'est quelque peu ralenti l'an passé. Il nous faudra davantage de personnel qu'aujourd'hui, notamment en raison de l'introduction de nouveaux produits ou de nouvelle technologies. Par ailleurs, comme nous vendons actuellement énormément de montres, il faudra bien un jour étoffer notre service après-vente.

Vous êtes très confiant pour 2010. Pourquoi?
Depuis le second semestre 2009, les ventes ont nettement progressé. Et cela semble se poursuivre, avec une amélioration constante. Raisonnablement, nous pouvons anticiper un exercice de très haute facture. Avec un chiffre d'affaires qui va dépasser la barre des six milliards de francs. A moins d'une nouvelle pandémie sanitaire, quelle qu'elle soit, d'une dégradation aiguë de la conjoncture, scénario auquel nous ne croyons pas, ou de difficultés au niveau des changes, nous devrions battre cette année tous nos records de 2008. Tant au niveau du chiffre d'affaires que de la rentabilité. Avec les fondamentaux que nous avons, notamment au niveau de l'extension des activités de détail sur plusieurs sites stratégiques, ce n'est pas faire preuve d'optimisme outrancier mais simplement de réalisme.

Vous avez nettement amélioré votre position en cash. Pour procéder à des acquisitions?
Avoir des liquidités suffisantes donne une flexibilité et une liberté fort appréciable. Surtout vis-à-vis des banques. Cela nous offre avant tout une latitude de réaction totale en fonction des opportunités qui pourraient se présenter. Cela dit, nous n'avons pas vraiment besoin de racheter une marque, le potentiel de croissance organique de nos propres sociétés étant toujours intact.

Quels seront les points forts du groupe en 2010?

Il en existe un florilège. Mais pour n'en citer que deux, on peut parler des Jeux Olympiques d'hiver. L'engagement d'Omega comme chronométreur officiel de la manifestation, qui aura lieu à Vancouver et débutant à la fin de cette semaine, est l'un des nombreux facteurs qui auront un impact positif sur les ventes. Deuxièmement, en Chine, l'ouverture du Swatch Art Peace Hotel mi-2010, durant l'exposition universelle de Shanghai, sera un autre événement marquant pour le groupe.

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