Marco Cattaneo
Si vous la cherchez sur une carte de Suisse, regardez aussi à l'ouest que possible; c'est là, à Chancy, au bout du bout de la campagne genevoise, que Saskia maaike Bouvier a installé son atelier. Au rez d'une maison villageoise, dans un ancien carnotzet, entre son ordinateur et son établi, ses montres voient le jour, des montres “créées par une femme pour des femmes”, comme le proclame son site web.

A tout juste 35 ans, la jeune femme lance sa propre marque, sans études de marché, ni investissement massif. Elle y a mis son savoir-faire, de la passion, environ 100 000 francs et tout son temps. Pas de logo particulier, juste son nom sur le saphir gravé. Et la certitude de trouver sa clientèle: “J'ai fait un produit qui me correspond, et j'imagine que je ne suis pas la seule à l'aimer!”, s'amuse-t-elle.
Elle pose fièrement sur la table sa première collection baptisée “l'heure d'été & d'hiver”. Six prototypes aux couleurs gaies, affichant deux plages horaires sur fond de fleurs et de flocons, et au diamètre imposant: 45 millimètres. Ils renferment même un calibre maison, développé sur une base ETA 2892. Saskia maaike Bouvier aime les complications, grandes ou petites, la mécanique qui se révèle par un jeu de transparences.
Elle découvre avec enthousiasme son nouveau rôle de femme-orchestre, apprend un à un les métiers qu'elle ne connaît pas – la distribution, les relations publiques, le marketing –, elle qui s'était jusque-là concentrée sur le développement.

Ah, la vieille coccinelle de papa!
Elle avait bien démarré une école de commerce, “histoire de faire quelque chose”, mais ce n'était pas vraiment ça; Saskia maaike Bouvier s'amusait bien plus à retaper la vieille coccinelle familiale avec son père qu'à rester assise sur les bancs de l'école. Son univers était clair dès le début: les ordinateurs, les maths et les activités manuelles. Elle aurait pu être mécanicienne automobile, mais c'est finalement la porte de l'école d'horlogerie de Genève qu'elle a poussée.
CFC d'horlogère-rhabilleuse en poche – elle est sortie première de sa promotion, en 1997 –, elle rejoint Agenor puis s'offre une année sabbatique entre les Bermudes, les îles Vierges et New York où elle travaille au service après-vente de Franck Muller. De retour à Genève, elle sent ses envies se préciser: elle veut faire du développement et se lance en 2004 comme indépendante. Elle travaille pour plusieurs maisons horlogères, Pierre Kunz pour qui elle crée la montre Cupidon, et Villemont dont le naufrage la poussera à créer sa propre marque. Une heureuse conséquence de la crise horlogère.
