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Matthias Schuler, esthète et méthodique

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Fils d'ingénieur, passionné de mécanique, le nouveau CEO de Manufacture Roger Dubuis parie sur le trio horloger “ Excalibur ”, “ EasyDiver ” et “ KingSquare ”.

Tribune des Arts - Mai 2009
Marco Cattaneo

 

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Un mètre nonante d'un mélange détonnant, oscillant entre sympathie et rigueur. Matthias Schuler est un homme tout en longueur; jusqu'à ses mains, rarement au repos, dont les doigts s'étirent comme les pinceaux d'un peintre. Le nouveau patron de la Manufacture Roger Dubuis nous accueille à la porte de son bureau et retrace les étapes d'un parcours qui l'a mené de cette Bavière où il est né en 1966 jusqu'à la tête d'une maison prestigieuse qu'il entend bien transformer, dans les quelques années à venir, en une “ véritable marque internationale de luxe ”. Produits, distribution, clientèle cible et discours marketing, il dévide sans efforts les différentes phases de son plan. Avec une précision, un souci de la méthode sans doute hérités de son père ingénieur. Il se dit esthète, amoureux des belles choses, mais hésite sur l'adjectif créatif. Il marque une pause, conclut avec honnêteté: “ Je suis surtout très structuré, plus analytique que créatif. ”

Passionné de mécanique  - il a bricolé dans sa jeunesse quelques moteurs de voitures et avoue encore une faiblesse coupable pour le coupé Maserati qui dort dans son garage -, c'est pourtant le marketing et la finance qu'il choisit d'étudier à Augsburg. Il a à peine plus de vingt ans lorsqu'il fait, avec Siemens, ses premières expériences internationales: Toronto, et surtout Johannesburg où il découvre, un semestre durant, un art de vivre qui le fascine, lié au climat bien sûr, mais aussi à une mentalité plus flexible, plus entrepreneuriale que celle de la vieille Europe. Pas étonnant que sa route ait croisé, bien des années plus tard, celle du Sud-Africain Johann Rupert et de son groupe, Richemont.

Des parfums aux montres


Sa carrière démarre chez Procter & Gamble où il restera dix ans. La première moitié à Francfort, la seconde entre Bruxelles et Genève où il pose ses valises fin 1999. Il travaille dans le secteur des détergents mais aussi dans celui de la parfumerie qui va vite l'enthousiasmer. “ Avec les parfums, j'ai découvert un produit que le client n'achète pas seulement en fonction du prix, mais aussi grâce à l'univers de la marque que l'on a su construire autour. ” Un pas logique en direction du monde du luxe.

Au début des années 2000, il rencontre Georges Kern, futur patron d'IWC, chez des amis communs. Quelques interviews plus tard, l'affaire est conclue. Nous sommes en octobre 2002, Matthias Schuler rejoint le groupe Richemont et devient le COO d'IWC Schauffhausen. Après deux ans passés en Suisse romande, chez Procter & Gamble où il n'avait parlé qu'anglais, le voici outre-Sarine, contraint cette fois d'apprendre le français, langue exclusive de bien des sous-traitants horlogers. Il se lance dans l'industrialisation de la production, développe les outils de planification, bref, modernise l'entreprise et ses processus sous la houlette de Georges Kern. Il découvre aussi l'univers des montres, s'oblige à un mini-apprentissage, assemble lui-même un mouvement à remontage manuel. “ Quelque chose d'extrêmement simple, trente ou quarante pièces, pas plus ”, s'excuse-t-il presque.

Une marque à réorganiser

Fin 2007, il se voit proposer la direction de la manufacture Roger Dubuis. La qualité des produits, tous estampillés du Poinçon de Genève, alliée à un design extravagant, l'enthousiasme. Mais la marque a grandi très vite, trop peut-être, et il lui faut en premier lieu la réorganiser. La préparer aussi à affronter la récession qui s'annonce. Il définit les valeurs sur lesquelles s'appuyer, l'exclusivité, la rareté, l'innovation, la qualité technique, et réinvente son concept marketing. Il choisit ses futurs clients, un mélange de “ trendsetters ” et de collectionneurs, et le moyen de les atteindre, qu'il s'agisse du réseau de distribution qu'il compte notamment étendre, avec l'aide du groupe Richemont, à la Russie et aux Etats-Unis, ou à sa politique événementielle, ciblée désormais sur un groupe de 5000 personnes, potentiellement capable d'absorber les 3000 pièces qu'il produit chaque année. Il parie sur trois fabrique: l'Excalibur, qui devrait assurer à elle seule 50% de son volume, l'EasyDiver et son esprit sportif qu'il entend pousser, et l'imposante KingSquare.

Et puis, dans les rares trous d'un agenda que les voyages occupent à 30%, Matthias Schuler prépare aussi son arrivée “ officielle ” à Genève. Sa femme, rencontrée à Francfort, et ses deux filles, toujours installées à Schaffhouse, le rejoindront cet été sur les bords du Léman, dans une maison construite en bois, alliant technologie dernier cri et respect de l'environnement.

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juil 02... son mariage
oct 02... le passage chez Richemont
août 03... la naissance du premier enfant: "C'est merveilleux, mais ça change vraiment tout!"

 

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