Carlos Dias, fondateur de la manufacture Roger Dubuis, c'est une intelligence vive, un regard acéré, une volonté inébranlable, un esprit visionnaire.
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Lorsque Carlos Dias fonde en 1995 la société horlogère SOGEM SA, son intention est bien de rejoindre le sérail de la haute horlogerie genevoise. Sa passion est à la mesure de sa détermination. Et si, à l'origine de l'histoire de la marque, il n'y a qu'une petite poignée d'hommes et de femmes à ses côtés, il sait que ces collaborateurs-là l'aideront à porter son grand projet à réalisation.
Carlos Dias connaît bien le monde du luxe. Les montres qu'il créera seront donc prestigieuses par leur bienfacture autant que par la sophistication de leur mécanisme. Mais il n'est pas question pour lui que sa marque soit un archétype de l'horlogerie ancestrale. S'il veut s'exprimer dans le respect de la plus pure tradition, ce sera en utilisant les technologies à la pointe de la modernité. La manufacture qu'il mettra en place quelques années plus tard, sera d'ailleurs un modèle du genre.
Au cours de ces années, Carlos Dias est un véritable bolide. Il crée sa marque, trace les modèles, développe des mouvements, gère les achats, veille sur la fabrication de ses montres, voyage, vend, communique, met sa marque en images, en fonde la philosophie. Eternel insatisfait, il porte une attention et un soin permanents au moindre détail et remet sans cesse l'ouvrage sur le métier. Ses journées de travail ont trente-six heures et il trouve encore le temps de dessiner les détails d'architecture de ce que sera le bâtiment de la manufacture Roger Dubuis ou l'agencement de ses boutiques.
Progressivement, il développera une identité tellement originale en termes de design qu'elle en deviendra une signature immédiatement identifiable. On peut aussi bien souligner sa deuxième collection qui, nommée «Sympathie», est audacieusement enrichie d'une troisième corne à l'attache du bracelet. Il faut mentionner également sa ligne très novatrice «MuchMore» proposant une forme de montre qui, avant l'heure, affiche une taille XXL, constituant ainsi un nouveau design de l'horloger suisse. Un peu plus tard, il osera sa provocante cruciforme «FollowMe», ou encore, en 2005, son spectaculaire double tourbillon habillé du boîtier «Excalibur»! Qu'elles plaisent ou non, aucune de ses créations ne laisse indifférent et il faut bien admettre que chaque montre Roger Dubuis porte le code distinctif et génial d'un produit authentiquement nouveau et véritablement exclusif. Rappelons en effet qu'avant tout le monde, Carlos Dias établit un concept «collector» fondé sur une production limitée à 28 montres par modèle. L'objet est ainsi prestigieux parce qu'il est rare.
La quête du Graal
Parler de passion quand on évoque cet homme à la volonté farouche, est un euphémisme! Les situations les plus complexes auxquelles il doit faire face ne font que stimuler cette opiniâtre passion professionnelle. Progressivement, il s'affranchira de toute dépendance industrielle en réalisant ses propres mouvements, puis ses organes réglants (balanciers- spiraux). Il fait un autre choix qui n'est pas non plus celui de la facilité: réaliser tous ses mouvements en qualité «Poinçon de Genève » car, tant qu'à faire, il vise l'excellence, sa quête du Graal à lui! Au coeur de sa manufacture, il ira même jusqu'à restaurer des métiers propres à l'horlogerie de tradition en voie de disparition, spécifiquement assujettis à la qualité «Poinçon de Genève» comme le polissage des ailes de pignons. En outre, il crée une unité artisanale dédiée à la peinture sur émail.
A l'évidence, Carlos Dias a posé son nom sur quelques pages de l'histoire horlogère dont on se souviendra. Si un Prix Nobel de la passion horlogère existait, il pourrait lui être décerné car qui, mieux et plus vite que lui, a assimilé la génétique horlogère? Et qui mieux que lui a su la traduire avec autant d'audace, de courage et de couleurs? Et malgré des déclarations sévères à son égard, Carlos Dias a su constamment faire front, démontant ainsi les critiques qui lui étaient adressées. C'est pour toutes ces raisons que j'ai décidé de lui décerner notre distinction «Hommage à la passion».
Gabriel Tortella
Tribune des Arts - No358- Février 2008
