25
WorldTempus · 25 ans

25 ans, 25 cadeaux

Trois minutes, 25 chances de gagner : une montre DOXA, des séjours d'exception et bien plus.

Je participe

Ingres froid ? Allons donc...

2 minutes read
A y regarder de près, cet artiste néoclassique est moins esthétiquement correct qu'il n'y paraît.
Tribune des Arts - Juillet 2009
Michel BonelLibertinage_326060_0

Portraitiste prodigieux, édifiant peintre d'histoire, Ingres (1870-1867) passe pour un artiste froid, voire glacial. Ce classique, qui rêvait d'égaler les dessins du grand Raphaël, est en fait moins esthétiquement correct qu'il voulait le prétendre. A y regarder de près, ses nombreux portraits de dames de la haute société de l'époque, très comme il faut, superbement habillées, vibrent d'une vie secrète. De celle issue de l'imagination d'Ingres qui laisse échapper sa sensibilité dans des chairs diaphanes, des contours ondoyants, des corps aux poses alanguies. Car, avouons-le, Ingres s'est épanoui à travers le nu. Un sujet qu'il a traité au cours de sa vie en trois variantes. La Baigneuse vue de dos, c'est fou ce que ça peut être érotique un dos; l'Odalisque, le plus souvent alanguie; et la Vénus Anadyomène.

Sa dernière grande oeuvre en ce domaine, un Bain Turc, remonte à 1863. Une débauche de corps qui s'abandonnant qui fut jugée lascive et peu présentable par ses premiers propriétaires. Ce chef-d'oeuvre d'enchevêtrement de courbes féminines au détriment du bon sens, passa, ô sacrilège, de mains en mains. Ebauché pour un comte Demidoff vers 1852 dans sa première version, il fut proposé sept ans plus tard au prince Napoléon et refusé une fois de plus, avant d'échouer, c'est le mot, chez le sulfureux Khalil Bey, qui était déjà propriétaire de la tout aussi sulfureuse Origine du Monde. Quadrangulaire au départ, la toile s'arrondit dans les années 1860. Les figures périphériques sont alors coupées. Ce qui a pour effet de leur communiquer un degré d'érotisation supplémentaire. La volonté de la femme qui se laisse glisser dans l'eau n'en est que plus sensible. On souligne “ la grâce de son attitude, l'audace des lignes que son mouvement donne aux attaches des épaules et du cou, jusqu'à la sensation physique de plaisir que le contact de l'eau répand sur ses traits. ”

 

Libertinage_326060_1



“ Toutes les femmes d'Ingres sont faites pour le lit ”


Ingres s'est vu reprocher d'avoir sciemment déformé les corps, d'avoir inventé des talons monstrueux et des chutes de rein qui n'en finissent pas. Des difformités, passez-moi le mot, qui ont inspiré, semble-t-il, un Francis Bacon, un demi-siècle plus tard. Sa Grande Odalisque, de 1814, aurait ainsi trois vertèbres en trop, selon un plaisantin qui les a recensées. Pire même: cette belle dame, si elle se relevait, serait incapable de se tenir debout. Conclusion, de la part d'un autre plaisantin:“ T outes les femmes d'Ingres sont faites pour le lit. ” Ce n'est que quand Ingres dessine des femmes que son pinceau en déforme les lignes sous l'impulsion inconsciente de ses désirs sexuels, a d'ailleurs énoncé un critique d'art qui se double d'un psychanalyste, Hector Obalk.

Il est vrai que ses feuilles d'études révélant des gros plans, ne sont pas mal du tout. En tout cas, Ingres, comme le disait si bien Baudelaire, est le peintre des voluptés profondes. Il y a à peine quarante ans, en 1967, soit cent ans après sa mort, la publication de quinze dessins érotiques dans une revue de Toulouse – Ingres est originaire de Montauban – fit scandale, déclenchant une polémique d'un autre âge, tant Ingres était jusqu'alors statufié. Mais, à l'inverse de Rodin, ses dessins n'ont encore jamais fait l'objet d'une exposition publique…

Libertinage_326060_2