Fabrice Eschmann – BIPH
Hublot vient d'emménager dans ses nouveaux locaux de Nyon, une manufacture flambant neuve de 6000 mètres carrés que Jean-Claude Biver, son patron charismatique, fait visiter ces jours aux journalistes suisses et internationaux. Un Jean-Claude Biver si enthousiaste et impatient qu'il avoue lui-même avoir organisé ces visites un peu tôt, tant il est vrai « que tout est encore en devenir » à l'intérieur de ces murs. Mais peu importe. La joie et la fierté de présenter son bébé l'a vite emporté sur la contrariété d'une installation pas encore tout à fait terminée. Un bébé qui, bien sûr, est à son image : familial, protecteur et visionnaire.
Jean-Claude Biver à l'esprit familial, voire clanique : certains de ses amis l'ont suivi à travers les années et les entreprises jusque chez Hublot ; en 2008, il s'est alloué les services de son frère Marc, qu'il a nommé directeur marketing, avant que ce dernier n'accède en avril à la présidence de Swiss-Triathlon ; une priorité à la famille qu'il applique parfois aussi à l'endroit de ses employés.
Cette fidélité, cette philosophie pourrait-on dire, rejailli sur le concept «entreprise» tel que Jean-Claude Biver le conçoit. Dans sa manufacture, il n'y a pas seulement mis des machines et des travailleurs, il y a également installé une crèche, « Les Hublotins », qui accueillera à terme douze enfants. Sur 300 mètres carrés, il a aussi prévu d'ouvrir un centre de formation, dans lequel les étudiants de l'Ecole d'horlogerie de la Vallée de Joux pourront venir appliquer, si l'affaire se conclu, la théorie apprise au Sentier.

Ces annonces, Jean-Claude Biver ne se contente pas de les dire en conférence de presse, il les joue ! Chacune de ses interventions est un véritable spectacle, capable de rallier à sa vision le plus sceptique des contradicteurs. Mais une fois le show terminé, Jean-Claude l'acteur redevient Biver le stratège, se vidant la tête, oubliant noms et visages, pour mieux préparer son prochain coup. Il lui fallait donc un lieu calme et isolé, loin d'un Plan-les-Ouates bouillonnant de manufactures ou d'une Vallée de Joux bientôt trop encombrées de sociétés horlogères. Son repère, c'est à Nyon qu'il l'a fait construire, pratiquement au milieu des champs, Chemin de la Vuarpillière, qu'il s'est promis de rebaptiser chemin Big Bang. Un monde bien à lui.
Mais là où ce nouveau bâtiment lui ressemble le plus, c'est dans la manière de prévoir l'avenir. Jean-Claude Biver, personne ne pourra le nier, n'a pas son double pour deviner ce qui va marcher, misant parfois sur un vélo ou des skis réalisés en co-branding, se lançant une autre fois dans le foot. Le succès, toujours. Pout tous les autres à venir, le patron a déjà tout prévu : sur les 6000 mètres carrés disponibles, il n'en utilise pour l'instant que 3500. L'espace restant, outre la crèche et le centre de formation, ont été loué à deux société pour cinq ans. « On m'a dit que cela coûterait plus cher d'agrandir par la suite que de construire directement plus grand. Alors on a construit plus grand », lâche-t-il comme une évidence.
Créé en 1980, ressuscité en 2004, racheté en 2008 par le groupe LVMH, Hublot n'a pas fini de nous en faire voir ; et Jean-Claude Biver, de nous étonner.
