25
WorldTempus · 25 ans

25 ans, 25 cadeaux

Trois minutes, 25 chances de gagner : une montre DOXA, des séjours d'exception et bien plus.

Je participe

L'homme d'affaires était aussi un grand diplomate

4 minutes read
Toujours à l'écoute des autres mais avec des avis bien tranchés, Nicolas G. Hayek, disparu le 28 juin, était un prince de la persuasion qui savait comme personne rallier le monde à sa cause.
Tribune des Arts - Septembre 2010Gabriel Tortella

À mon retour de vacances, pour la première fois de ma vie, j'ai éprouvé la sensation de me trouver à bord d'un bateau qui n'avait plus de capitaine. Et ce capitaine, il ne pouvait être, bien sûr, que Nicolas G. Hayek, décédé le 28 juin dernier à l'âge de 82 ans, d'une crise cardiaque, alors qu'il était à son bureau. Car cet homme a été un monstre de travail jusqu'à sa dernière minute. C'est lui, et personne d'autre, qui tirait tous les fils de l'horlogerie suisse, y compris de façon indirecte. On peut même dire qu'il l'a carrément sauvée. C'était dans les années 1980. Sans lui, l'horlogerie suisse aurait été dévorée toute crue par les Japonais. Mais, grâce à lui, c'est reparti. C'est bien simple. Quand on parlait horlogerie, en Suisse, en Europe, dans le monde, le nom de Hayek était vite sur toutes les lèvres. Il a conduit jusqu'à récemment sa trentaine d'entreprises – le Swatch Group – avec une maestria incroyable, comme un grand chef d'orchestre. Un vrai Verdi!

 

Hommage_328876_0



Une de ses qualités essentielles qu'il m'a été souvent donné d'observer est qu'il savait très bien transmettre sa flamme intérieure. Il était doté d'un grand charme personnel dont il se servait à bon escient. La chance l'a aussi beaucoup gâté. Moi qui le connaissais pourtant bien, quand j'entrais dans son bureau, j'escomptais lui dire beaucoup de choses que j'avais soigneusement préparées. Mais je dois avouer qu'au bout de quelques minutes de conversation, je me rangeais vite à son avis.

Tous ses collaborateurs ressentaient cette force intérieure qui émanait de lui. Elle les poussait à réaliser le moindre de ses désirs. Certains ont parlé de dictature. Si c'était le cas, il faudrait reconnaître que celle-ci n'était pas du tout négative. Au contraire, elle savait se montrer douce, attentionnée, tout en restant ferme. Il savait aussi comme personne responsabiliser ses interlocuteurs en leur faisant une entière confiance.

En sa présence, nous étions tous comme de grands enfants à l'école. Lors d'une discussion, il savait si bien argumenter – c'est son côté oriental qui ressortait alors – que ses interlocuteurs finissaient toujours par le suivre. Mieux, ils avaient l'impression que le patron reprenait en fait leurs idées pour les conduire sur de nouveaux chemins. Mine de rien, sans y paraître, il était au courant de tout. Doté d'une grande culture, il avait réponse à tout.


Toujours sur la brèche

Très travailleur, je l'ai laissé entendre, Nicolas Hayek courait deux lièvres à la fois. En réalisant un objectif, il pensait déjà au suivant. Il était, m'a raconté mon ami Jean-Claude Biver, CEO de Hublot, qui a été à son école, d'un abord modeste, facile. Il y a une quinzaine d'années, ils sont partis tous les deux pour Munich en voiture. Lors de leurs arrêts, tandis qu'ils dégustaient des Kägi-fret, ces délicieux biscuits du Toggenburg, Nicolas Hayek se livrait à une conversation en apparence badine mais au cours de laquelle il y avait toujours de profondes idées qui affleuraient.

 

Hommage_328876_1



Il ne vivait pas dans une tour d'ivoire. Il était sensible et très ouvert aux idées des autres. Une fois, au cours d'une réunion, il a lancé l'idée d'ouvrir une nouvelle boutique Omega en nom propre. Aux objections qu'un magasin concurrent voisin vendait régulièrement lui aussi un certain nombre d'Omega, il a réussi à démontrer qu'une boutique en nom propre était rentable, vu que le bénéfice était net.

Le dimanche matin, il se promenait volontiers le long de la Bahnhofstrasse, à Zurich, pour se rendre compte de ce que proposaient les autres marques et comment, aussi, elles le proposaient. Il était ainsi toujours sur la brèche, pour la bonne cause! Les jours ouvrables, par n'importe quel temps, il faisait le trajet Zurich-Bienne et retour. Et bien sûr, en cours de route, il échafaudait de nouvelles stratégies.

Par sa personnalité, par son génie, il a transcendé les frontières de l'horlogerie suisse. Il dispensait volontiers de façon désintéressée et avec une grande générosité ses conseils à des industriels, à des banques, voire même au pays! Il a donc beaucoup apporté, lui d'origine libanaise – un pays réputé depuis les Phéniciens pour son sens du commerce – à la Suisse. Et finalement, quand son heure a sonné, il est mort au champ d'honneur, à son bureau. Comme Balzac, ce géant de la littérature.

Personnellement, ce professeur sans en avoir l'air, m'a appris beaucoup de choses en étant à ses côtés. Quiconque entrait dans son bureau avec un grief, en ressortait conquis à sa cause. C'était au fond comme au garage Citroën. On choisissait une couleur mais c'était toujours le noir qui, finalement, avait le dessus. Nicolas G. Hayek était certes le roi des charmeurs, mais il était aussi le prince de la persuasion.

 

Hommage_328876_2

Marque