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Révolutionner le temps, utopie ou innovation ?

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La réforme du calendrier entreprise durant la Révolution française traduit une volonté de “révolutionner le temps” qui est alors pensé et imaginé en fonction des valeurs morales, sociales et politiques de la Révolution qui se veut un point de rupture avec l'histoire.


Musée International d'Horlogerie - Journal de l'exposition "Chercher midi à 5 heures"


Une rupture dans le temps


La Révolution est pensée par ses protagonistes comme le point zéro de l'histoire et marque ainsi une cassure entre le temps ancien et le temps nouveau. Cette représentation se retrouve au travers d'un système de symboles : promesse d'un nouvel avenir, évocation d'un temps nouveau, d'un peuple régénéré, d'une cité nouvelle, etc. Ils proclament alors une rupture qui oppose le temps passé, auquel ils mettent fin, à l'avenir qu'ils proposent.

Si cette cassure s'exerce sur le système politique, la notion de temps se voit également instrumentalisée par l'idéologie révolutionnaire. Les acteurs de la Révolution divergent sur les orientations politiques de cette nouvelle ère, mais s'accordent sur ce point : une volonté de transformer radicalement les façons de vivre en bouleversant la notion de temps.

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Gilbert Romme, principal artisan du calendrier, exprime en des termes révolutionnaires cette rupture : «La Révolution a retrempé les âmes des Français, elle les forme chaque jour aux vertus républicaines. Le temps ouvre un nouveau livre à l'histoire ; et dans sa marche nouvelle, majestueuse et simple comme l'égalité, il doit graver d'un burin neuf les annales de la France régénérée.» Ce changement veut marquer une rupture, l'irréversibilité et la rationalité s'opposant à une vision chrétienne du temps. En effet, ils introduisent un nouveau calendrier, ne se basant plus sur les fêtes chrétiennes mais chargé d'images et de symboles correspondant à leur discours civique.

Le nouveau calendrier institutionnalise le sentiment d'une ère nouvelle et exceptionnelle. Le temps est alors pensé et imaginé en fonction des valeurs morales et sociales que la Révolution veut installer. Il promeut un temps “neutre” dont la nature serait la plus rationnelle et scientifique possible.

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Déchristianiser le temps

De cette idéologie découlent le calendrier révolutionnaire et l'introduction de l'heure décimale. Le 1er Vendémiaire de l'An II (22 septembre 1793, équinoxe d'automne) marque l'arrêt du calendrier grégorien. L'année commence dorénavant à minuit, jour de l'équinoxe vrai d'automne pour l'Observatoire de Paris. Le nouveau calendrier repose sur deux principes : faire accorder l'année républicaine avec les mouvements célestes et mesurer le temps par des calculs plus exacts et plus symétriques en appliquant le plus largement possible le système décimal. Laïc, il s'inspire d'une volonté de rationalité et valorise le cycle de la nature et les travaux agricoles.

On élimine tout d'abord les saints et les patrons auxquels on substitue des plantes, des animaux ou des outils. Les fêtes anciennes et le dimanche sont également supprimés au profit d'un nouveau “système de fêtes”. Finalement, le nombre de jours chômés diminue et les journées consacrées au travail augmentent afin d'assurer le bien-être et la pérennité des citoyens et de la patrie.

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Ainsi, l'année est composée de douze mois égaux de trente jours, dont les nouveaux noms sont inspirés du climat et des saisons. Le printemps comprend Germinal, Floréal et Prairial, l'été Messidor, Thermidor et Fructidor, l'automne Vendémiaire, Brumaire, Frimaire, et l'hiver Nivôse, Pluviôse et Ventôse. A ce total de 360 jours s'ajoutent 5 jours consacrés aux fêtes républicaines (les sansculottides). Après un cycle de quatre ans (nommé Franciade), une sixième sanscullotide s'ajoute à la fin de l'année afin que le calendrier républi-   cain s'accorde avec les mouvements célestes. Chaque mois est divisé selon le système décimal en 3 parties, elles-mêmes divisées en 10 jours : Primidi, Duodi, Tridi, Quartidi, Quintidi, Sextidi, Septidi, Octidi, Nonidi et Décadi. La nomenclature réunit alors civisme et utilitaire, employant des termes d'une certaine idéologie agricole et rurale.

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Un lent déclin

La rupture annoncée par les réformateurs s'illustre par ce nouveau calendrier et le temps révolutionnaire avec lequel l'histoire repart de zéro. Toutefois, ce nouveau départ ne dépend pas d'hommes nouveaux idéalisés, mais bien d'une société déjà façonnée par des traditions et empreinte d'un héritage, d'une mémoire collective. Ainsi, le calendrier révolutionnaire se heurte à des résistances qui auront raison de lui, malgré une séparation très lente de cette nouvelle découpe du temps de la part des pouvoirs successifs.

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Les campagnes, où le temps religieux et les traditions rythment la vie des hommes, ne se sont jamais adaptées au calendrier révolutionnaire. En effet, la rationalité de ce nouveau calendrier ne correspond pas aux besoins de la collectivité et reste trop idéologique pour le “pays réel”. Son usage est de moins en moins respecté dans la vie quotidienne. Cependant, cette nouvelle distribution des jours ne disparaît que très lentement et survit au sacre de Napoléon. Si tous les symboles de l'An II, comme les piques, le bonnet rouge, la carmagnole débraillée, les prénoms révolutionnaires sont abolis durant l'An III et considérés comme signes du vandalisme et de la Terreur, le calendrier et les fêtes civiques échappent à cette liquidation. Lorsque la Convention se déchire en son propre sein, elle consolide l'utilisation du calendrier. Abolir ce calendrier équivaudrait à admettre, symboliquement, un retour possible à l'An I, c'est-à-dire à la monarchie. Le calendrier devient alors un symbole garant de la stabilité du pouvoir. Durant l'An III, son utilisation se concentre dans l'administration, respectée plus ou moins fermement pour les actes officiels. L'ancien persiste et les almanachs présentent les deux calendriers avec une table de concordance, les journaux utilisent une double datation.

Malgré une tentative d'imposer plus fermement l'utilisation du calendrier révolutionnaire, sa mise en pratique décline. Durant la première année de l'Empire, les années se comptent à partir du 1er Vendémiaire An I. Toutefois, le calendrier propre aux Français isole l'Empire du reste de l'Europe. Le comte Regnauld présente au gouvernement un rapport sur le rétablissement du calendrier grégorien, mais souligne cependant la supériorité du calendrier révolutionnaire. Le Sénat vote son abolition pour le 1er janvier 1806 non sans une certaine nostalgie de cette utopie d'un temps rationnel.

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Gilbert Romme

Né à Riom (Puy-de-Dôme, France) le 26 mars 1750, exécuté à Paris le 17 juin 1795.

Il s'adonne à l'étude des sciences mathématiques et est appelé en Russie comme précepteur du jeune comte Strogonoff. Il revient en France peu avant la Révolution dont il adopte avec ardeur les principes. La Convention accepte, le 5 octobre 1793, les bases du projet de Romme et du Comité : l'ère républicaine datant du 22 septembre 1792, la division de l'année en douze mois de trente jours, avec cinq jours complémentaires, la division du mois en trois décades.

Le décret du 4 Frimaire An II (24 novembre 1793) établit définitivement le calendrier républicain. A ce décret est annexée une “Instruction sur l'ère de la République et sur la division de l'année”, rédigée par Romme. Il écrit également, avec le concours de divers collaborateurs, un “Annuaire destiné à faire connaître aux habitants des campagnes la nouvelle division du temps et à répandre des notions utiles”.

Le 1er Prairial An III, Romme, quoique étranger à l'insurrection, propose l'élargissement immédiat des patriotes et l'abolition de la peine de mort en matière politique. Il est alors accusé de trahison pour complicité avec l'insurrection et condamné à mort avec Goujon, Duquesuoy, Duroy, Bourbotte et Soubrany, qui décident de se suicider mutuellement avant leur exécution le 29 Prairial de l'An III (17 juin 1795).