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Beauté

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Des secrets insoupçonnés.

Tribune des Arts - Septembre 2009

 

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Pomme de senteurs à six quartiers, en position ouverte, pays-Bas, vers 1610-1620, or émaillé; émail translucide bleu, vert et rouge; émail opaque blanc et bleu ciel; rubis, émeraudes et diamants. Rijksmuseum, Amsterdam.
RIJKS museum, Amsterdam/DR

 

Du lait d'ânesse contre les rides

De son côté, Rome aussi connaît une période de pruderie typiquement républicaine, avant de se lancer, à corps perdu pourrait-on dire, dans les orgies de cosmétiques. Deuxième épouse de l'empereur Néron, Poppée lance la mode des bains de lait d'ânesse, déjà connus, nous informe Pline l'Ancien, qui " effacent les rides du visage, rendent la peau plus délicate et en entretiennent la blancheur. ” Elle les appréciait tellement qu'elle se faisait suivre dans ses déplacements par des troupeaux entiers d'ânesses. Une vraie caravane publicitaire pour une mode qui durera jusqu'à l'impératrice Sissi d'Autriche, tandis qu'aujourd'hui les cosmétiques au lait d'ânesse connaissent un regain d'intérêt. Toujours dans la Rome antique, toilette et maquillage sont l'objet d'une longue préparation, explique Lionel de Benetti. “ Cela ressemble à un parcours du combattant. Tous les orifices du corps sont nettoyés, raclés, frictionnés, le corps subit l'épilation de la poitrine, des bras, des aisselles, des jambes, les dents sont émaillées à la corne, l'haleine est parfumée au persil, boutons et verrues sont masqués par des mouches, le visage est cérusé, les yeux sont cendrés et les joues sont rougies d'orcanette. ” Mais le plus affolant, ce sont ces architectures capillaires extravagantes arborées par les femmes de la haute société et qui les font ressembler à des drag-queens avant l'heure. Un poète comme Juvénal s'amuse à railler les dimensions de tels “ édifices ” tandis qu'un autre poète, Ovide, n'hésite pas à rédiger un code de la coquetterie.

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Bave d'escargot pour peau d'ange


Contrairement à ce que l'on croit généralement, le Moyen Age, tout en oscillant entre séduction et réprobation, n'a pas négligé la toilette personnelle ni le bain. “ La beauté médiévale est jeune, adolescente, blonde, au teint de lys ou de neige, bref un visage pur et angélique ”, synthétise Lionel de Benetti. Ce qui n'empêchait pas celle que l'on surnomma la Dame de Beauté, Agnès Sorel, d'appliquer tous les matins sur son visage, dans les années 1420-1450, un masque contenant de la cervelle de sanglier, des vers de terre et de la bave d'escargot. Blonde à la peau blanche, définie comme la plus belle femme de son temps, portraiturée par Jean Fouquet, elle fut la première favorite officielle d'un roi de France, Charles VII, à une époque où celles-ci devaient se cacher. On comprend qu'elle soit morte rapidement, en 1450, à l'âge de 28 ans…

Trois siècles plus tard, à la Cour du Roi Soleil, une autre favorite, la marquise de Pompadour se fait confectionner un masque comprenant du miel battu à la crème fraîche, tandis qu'elle se rafraîchissait le visage avec de l'eau de cerfeuil tonifiante. Il y a des progrès. Cependant, le grand apport du Moyen Age à la quête de beauté, souligne Isabelle Bardiès-Fronty, c'est que cette époque a assuré la traduction et la transmission des recettes antiques portant sur la couleur de la peau, la coiffure, etc.

Mais c'est la Renaissance bien sûr qui fait exploser les Beaux-Arts. Le thème de la Femme à la toilette est illustré par des chefs-d'oeuvre popularisés. L'un des premiers conservé est celui peint par Titien à Venise en 1512, propriété du Louvre. Giovanni Bellini s'y essaye quelques années plus tard, en 1515, avec un portrait de femme seule, nue et assise, en train de vérifier sa coiffure dans un miroir, ce faire-valoir de la beauté. La liste peut être longue, de Giulio Romano, au Musée Pouchkine de Moscou, à François Clouet, à la National Gallery of Art de Washington. L'identité de toutes ces dames s'est perdue au fil du temps. Qu'importe. “ Le thème est alors devenu une sorte de genre en soi, à la fois plus intime et plus idéal que le portrait, plus réaliste et anecdotique que l'allégorie, où la représentation l'emporte sur la ressemblance. ” Souvenons-nous juste en conclusion de cette délicieuse Clarissa Strozzi, une fillett e de 2 ans, descendante d'une grande famille florentine, qui, peinte par Titien, porte un pendentif parfumé. Nous sommes en 1542, en pleine Renaissance, et les bijoux de senteur, ces sortes de parures parfumées qui venaient d'être inventées, étaient promises à un bel avenir sous la forme de ravissants flacons et d'autant de créations artistiques.

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