Pierre Keller, le remuant directeur de l‘Ecole cantonal d‘art de Lausanne (ECAL), se met en cheville avec les patrons de l‘industrie du luxe pour lancer un Mas-Luxe.
Qu‘est-ce qui rassemble les patrons des montres Audemars Piguet et Hublot, ceux de l‘argenterie Christofle, de la porcelaine Bernardaud ou des cafetières Nespresso? Une certaine idée du luxe, concentré de savoir-faire traditionnel et d‘innovation technologique. Mais aussi concentré de rêve et d‘émotion.
Le luxe fait rêver. Pierre Keller l‘a remarqué: il est facile de rêver, réaliser ses rêves, c‘est une autre chose. En réunissant tous ces patrons de l‘industrie du luxe dans son école de Renens, l‘ECAL (Ecole cantonale d‘art de Lausanne), Pierre Keller réalisait un rêve. Celui de créer un master en design exclusivement tourné vers le développement de produits de luxe. Avec le soutien actif de Jean-Claude Biver, patron de Hublot, de la maison Audemars Piguet et de nombreux amis et sponsors (du Lausanne Palace aux cristaux Swarovski), l‘ECAL peut proposer une filière originale à une douzaine de jeunes designers professionnels. Pendant un an, ils auront l‘incroyable opportunité de se frotter aux meilleurs designers, tels les frères Bouroullec, Edward Barber, Jay Osgerby, deux designers anglais nés en 1969 dont les meubles sont édités par Cappellini et qui ont déjà eu leur exposition rétrospective au Design Museum de Londres... De quoi faire rêver ces étudiants. Sous la direction de ces jeunes professeurs, ils travailleront en lien étroit avec ces monuments de savoir-faire que sont les grandes entreprises suisses et françaises du luxe. Ces jeunes gens sillonneront l‘Europe pour que leur savoir ne reste pas que théorique, histoire aussi de se faire une idée précise des attentes et des goûts en matière de luxe. Ils auront des cours pratiques et théoriques liés au design, aux technologies, aux matériaux. Rien sur le marketing. Il a fallu réunir un million en sponsoring avant même d‘ouvrir la première classe. Une formation de luxe, bien dans le thème de ce Mas-Luxe.
L‘ECAL n‘en est pas à son coup d‘essai. Ses collaborations avec Bernardaud ou Christofle ont été largement médiatisées, grâce à l‘originalité et la qualité des objets imaginés par les étudiants de l‘ECAL. Chez Nespresso comme chez les autres sponsors, les attentes sont grandes. Soumises à la pression de changements sociaux et technologiques, ces marques doivent innover tout en conservant leur image. Tout un programme. Pierre Keller a un an pour convaincre. Ce ne sera pas du luxe.
VÉRONIQUE RIBORDY