Le Musée Tinguely, à Bâle, rend hommage à cette forme de locomotion, et de commerce également, si typique de la Chine.

En Chine, le fameux tricycle, ce vélo à trois roues et une plateforme qui fait l'objet de toutes sortes d'usages, n'a pas dit son dernier mot, en dépit de la motorisation galopante. Il a même eu une résonance médiatique mondiale, lors des Jeux olympiques de Pékin l'été dernier. Une grand-mère de 98 ans, s'est ainsi fait transporter par son petit-fils au guidon depuis le Hunan, soit sur 1600 kilomètres, pour assister, dans la capitale, au match de tir à l'arc. Un mois de route! Mais le tricycle, on le trouve aussi sur internet, à la vente et, consécration suprême, il vient de faire son entrée au Musée Tinguely de Bâle. Grâce à Hans Littmann, homme de l'art bâlois, qui, pris de passion subite, s'est mis à les collectionner dans les années 1990.
Au départ, explique-t-il, ils étaient des plates-formes de commerce, des sortes de vitrines mobiles, des cuisines sur roues. Ils pouvaient même servir de cages à animaux, voire transporter des aliments, des ustensiles de ménage, des meubles ou des détritus. Au Tinguely, où ils sont exposés sur des socles, ils accèdent au rang d'oeuvres d'art et perdent un peu de leur caractère d'objets ethnographiques illustrant la culture au quotidien.
De l'usuel à l'artistique
Tous les tricycles ne se présentent pas de la même façon. Seize, originaux, ont été laissés en l'état. On les voit comme ils circulaient dans les rues des grandes villes, avec leurs installations métalliques et parfois leurs petites chaises. D'autres, en revanche, ont subi une métamorphose, de la part de seize artistes, qui n'a en rien altéré leur état de marche. Ainsi, Michael Vessa, né à Denver, au Colorado, en 1958, qui vit et travaille à Bâle, a eu recours aux drapeaux, tandis que Guillaume Bijl a installé sur la plate-forme de l'un d'entre eux, du gazon et un parasol. Les artistes sont originaires de Chine, mais aussi d'Allemagne, de Belgique, d'Irlande, des Pays-Bas, d'Autriche, ainsi que des Etats-Unis et de Suisse, dont Daniele Buetti, né à Fribourg en 1957, actif à Zurich.
Michel Bonel
Chinetik
Bâle
Jusqu'au 19 avril 2009.
Muséum Tinguely,
1, Paul Sacher-Anlage.
Tél. +41 61 681 93 20.
wwww.tinguely.ch
Tribune des Arts - Février 2009 - No 369