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Le musée Pouchkine revient à Martigny

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Déjà présente à l'été 2005, l'institution moscovite proposera cette fois une cinquantaine de tableaux “ de Courbet à Picasso ”.
Tribune des Arts - Juin 2009
Etienne DumontExposition_325894_0


Le 17 juin 2005, la Fondation Gianadda ouvrait à Martigny son exposition sur le Musée Pouchkine. L'institution moscovite avait envoyé un cocktail d'oeuvres de tous niveaux et toutes époques. Le parcours allait, grosso modo, de Claude Lorrain (1600- 1682) à Pablo Picasso (1881-1973), avec l'inévitable focalisation sur les impressionnistes.

Tout s'est bien passé, sauf à la fi n. A la demande de la Compagnie Noga d'importation et d'exportation, l'Offi ce des poursuites de Genève demandait le 11 novembre 2005 un séquestre des 55 oeuvres présentées. La famille Gaon connaissait des bisbilles avec la Russie. L'aff aire est allée en Suisse jusqu'au Tribunal fédéral. Ce dernier a débouté les demandeurs.

Nombreux artistes

Sans rancune, le Musée Pouchkine, que dirige depuis 1961 la vétérante Irina Antonova, a accepté le principe d'une suite. Comme au cinéma, il faut des “sequels” quand les aff aires marchent. L'accord s'est fait sur la présentation de nouveaux tableaux bien connus pendant l'été 2009. La dame, à la sulfureuse réputation, n'allait pas envoyer chez nous les oeuvres pillées en Allemagne sous Staline et qu'elle garde jalousement.

La nouvelle série se révèle plus resserrée dans le temps. L'itinéraire conduira cett e fois, du 19 juin au 22 novembre, “ De Courbet à Picasso ”. Cinquante-six oeuvres fi guraient à la liste au mois de mai. Aucun noyau de peintures n'était prévu. Chaque peintre se verra représenté par trois toiles maximum. Comme ça, au moins, pas de fl agrante inégalité de traitement.

Mélanges bienvenus

La chose permet aussi de pondérer entre les gloires offi cielles, comme Gauguin ou Cézanne, les seconds couteaux de la peinture, dont Narcisse Virgile Diaz de la Pena ou Henri-Charles Manguin, et quelques artistes académiques. Léon Bonnat ou Jean-Louis Gérôme ont déjà été réhabilités il y a longtemps. Depuis peu, l'inconnu Pascal Adolphe Dagnan-Bouveret (1852-1929), dont on verra La bénédiction des jeunes époux, remonte très fort.

Signalons que Léonard Gianadda, qui photographie aussi, montrera ses images prises dans la Russie de 1957. Comme le temps passe… Ces années ont visiblement permis de fructueux contacts. Du 3 décembre 2009 au 13 juin 2010, Martigny abritera ainsi des icônes de la Galerie Tretiakov sous le titre “ Images saintes, Maître Denis, Roublev et les autres ”. Viendra ensuite Nicolas de Staël, déjà présenté en 1995 à la Fondation. Mais Nicolas n'est-il pas né à Saint-Pétersbourg en 1914?

 

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Les artistes présents à Martigny:

_Pierre Bonnard _Léon Bonnat
_Georges Braque _Eugène Carrière
_Paul Cézanne _Camille Corot
_Gustave Courbet _Pascal Adolphe Dagnan-Bouveret
_Charles-François Daubigny _Edgar Degas
_Maurice Denis _André Derain
_Narcisse Virgile Diaz de la Pena _Jean-Louis Forain
_Paul Gauguin _Jean-Louis Gérôme
_Marie Laurencin _Fernand Léger
_Edouard Manet _Henri-Charles Manguin
_Albert Marquet, Henri Matisse
_Claude Monet _Amédée Ozenfant
_Pablo Picasso _Camille Pissarro
_Pierre Puvis de Chavanne _Jean-François Raffaëlli
_Pierre-Auguste Renoir _Henri Rousseau
_Alfred Sisley _Henri de Toulouse-Lautrec
_Maurice Utrillo _Félix Vallotton
_Louis Valtat _Vincent van Gogh
_Maurice de Vlaminck _Edouard Vuillard

 

 

Un musée à l'histoire très agitée

A partir de 1898, Ivan Tsvetaïev travailla à la construction d'un luxueux établissement universitaire, qui abriterait des copies et moulages à l'intention des étudiants. Par rapport à Saint-Pétersbourg et son Ermitage, Moscou faisait pauvre fi gure. Elle n'abritait aucune institution muséale internationale digne de ce nom, alors même que les nouveaux collectionneurs, issus de l'industrie ou du commerce, vivaient dans l'ancienne capitale.

Le Musée des beaux-arts est inauguré en mai 1912. Il reçoit bientôt un important ensemble d'authentiques antiquités égyptiennes. Tout change très vite après la Révolution de 1918. Il faut donner à la ville de Lénine, puis de Staline, des chefs-d'oeuvre de toutes les époques. Beaucoup proviendront de spoliations ou de transferts. En 1925, le Musée des beaux-arts accueille ainsi les pièces occidentales de la Collection Tretiakov.

Crise grave en 1948


En 1937, le bâtiment change de nom. Il se voit dédié à Pouchkine. Il s'enrichit encore considérablement en 1948. Cette année, l'une des plus sombres du stalinisme, voit en effet la disparition du Musée moderne d'art occidental, jugé “ trop bourgeois ”. Les créations du XXe siècle répondaient en réalité peu aux goûts soviétiques, portés par un “ réalisme socialiste ” pour le moins réactionnaire.

Le Pouchkine accueille du coup les toiles impressionnistes et néo-impressionnistes “ acceptables ” provenant surtout des collections Morozov et Chtchoukine, séquestrées en 1918. Après avoir frôlé la destruction, le reste (Kandinsky, Popowa…) se voit mis en caves, ou envoyé dans de lointaines républiques de l'URSS. La grande galerie moderne du Pouchkine ne sera ouverte qu'en août 2006.


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