Tribune des Arts - Mai 2009
Michel Bonel

En Italie, au mois de mai, la course Mille Miglia se profile comme un événement unique. Une fois de plus, des voitures anciennes – 385 exactement cette fois-ci, datant de 1927 à 1957, s'élancent sur les routes de la Péninsule, par des itinéraires hors des sentiers battus, de Brescia à Rome et retour. Cinq jours, du 13 au 17 mai, qui seront marqués par des émotions intenses. Le point d'orgue de cette manifestation, à la fois sportive et mondaine, se situe à Rome, au bord du Tibre et au pied du château Saint-Ange, qui fut le tombeau de l'empereur Hadrien et de sa dynastie, puis résidence des papes. L'an passé, plus de dix mille personnes s'étaient rassemblées le long des berges pour acclamer les beaux modèles, presque plus que les pilotes d'ailleurs. Mais nous sommes en Italie.
L'itinéraire change à chaque fois. Des étapes sont prévues à Ferrare, cité où, paradoxalement, les bicyclettes sont reines, et, dans l'autre sens, à Monteriggionni, ce beau village fortifié, perché sur une colline, dans les environs de Sienne. En outre, la Mille Miglia, et ses quelque 1600 kilomètres, passera par des villes comme San Marino, cette minuscule république, ainsi que Vérone, Ravenne, Sansepolcro, Assise, Spolète et Rieti. Sur le chemin du retour, ce sera Viterbe, Sienne, Florence, Modène, Reggio Emilia, Parme et Crémone. En outre, pour commémorer le 150e anniversaire de la bataille de Solferino, la Mille Miglia fera un détour sur le lieu de cet événement, le 24 juin 1859, dans la province de Mantoue, qui fut à l'origine, ne l'oublions pas, de la fondation de la Croix-Rouge.J'ai l'honneur de participer depuis l'an passé à cette manifestation comme présentateur. Et c'est un très grand plaisir, renouvelé chaque année au printemps, de côtoyer des modèles dont la plupart sont devenus de très belles pièces historiques. Le seul ennui est que je suis contraint de précéder la course pour organiser l'accueil et la présentation, ce qui m'oblige à m'élancer en solitaire sur les routes qui seront sillonnées quelques heures plus tard, par les bolides d'autrefois. Sachez à ce propos que le départ, jeudi 14 mai, sera donné vers 20 heures, à Brescia, en Lombardie, de façon échelonnée, c'est-à-dire toutes les 20 secondes.

Quand Fiat était une industrie de pointe
La Mille Miglia, très populaire en Italie, plonge ses racines dans l'Histoire. Fondée en 1927, à l'initiative de trois aristocrates, cette compétition toute pacifique entendait célébrer, sous le fascisme, les mérites de l'industrie automobile italienne. Ce n'est pas pour rien qu'elle était mesurée en milles, cette unité anglaise héritée de l'Empire romain. A une époque où des marques comme Alfa Romeo, Fiat, Isotta étaient des industries de pointe. La première compétition fut gagnée par une voiture de la firme OM, absorbée aujourd'hui par Fiat, à une vitesse moyenne de 70 kms à l'heure. A l'exception d'une version raccourcie au début des années 1940, par suite de la guerre, la Mille Miglia s'est déroulée chaque année sans anicroche jusqu'à cette journée fatale du 12 mai 1957, à Guidizzolo, peu avant l'arrivée à Brescia, où un terrible accident fit perdre la vie au pilote et playboy espagnol, Alfonso de Portago, lié à l'époque à l'actrice Linda Christian, ainsi qu'à son copilote Edmund Nelson. A bord de la Ferrari 315S, ils emportèrent aussi neuf spectateurs.
Toutefois, je vous avoue que, le plus pénible pour moi, est le retour en Suisse après ces très belles journées de fêtes. Plus de motard de la Polizia Stradale pour vous ouvrir la route et il faut réapprendre à… respecter les feux rouges!
