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Le monde horloger attend un été meurtrier

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Hier, Doris Leuthard a pris la parole lors de l'assemblée générale de la Fédération de l'industrie horlogère suisse.
Tribune de Genève - 26 juin 2009
Elisabeth EckertEconomie_326034_0

D'habitude, les assemblées générales de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) ne drainent pas les foules. Hier, à Genève, il y a eu salle comble. Et pour cause: l'organisation faîtière avait, pour elle, deux arguments de poids: la crise économique qui frappe la branche – 2000 à 2500 emplois ont été supprimés en cinq mois – et la visite de la ministre suisse de l'Economie, Doris Leuthard.

Les horlogers présents avaient en effet quelques questions à lui poser, tournant toutes autour du même thème: l'intervention de la Confédération pour soutenir la branche, comme vient de le demander l'industrie des machines (voir en page 11). «Vous ne voulez pas d'une aide étatique, Madame la Conseillère fédérale, s'est ainsi ému Jean-Christophe Babin, directeur général de Tag Heuer. Mais, à ce que je sache, la Confédération a bien sauvé une banque…»
La plus grosse menace pèse sur les sous-traitants

C'est que, désormais, l'ensemble du monde horloger s'attend à un été meurtrier. Passées les vacances horlogères, beaucoup craignent en effet que les cas Franck Muller Watchland ou Zenith ne se reproduisent ailleurs.«Certes, confie ainsi Roland Bloch, secrétaire du conseil d'administration de Swatch Group et vice-président de la Fédération horlogère, la branche a déjà vécu plusieurs crises. J'ai personnellement vécu l'effondrement du secteur horloger des années 70. Mais jamais nous n'avons vu de plongeon aussi abrupt d'une année sur l'autre, d'un mois sur l'autre.»

La famille horlogère se fait ainsi particulièrement de souci pour les milliers de PME qui œuvrent comme sous-traitants des grandes marques. Comme tout secteur industriel, l'horlogerie est une longue chaîne où chacun est dépendant de l'autre. Or, comme l'explique Jean-Daniel Pasche, président de la FH, «si la situation actuelle est effectivement difficile pour les maisons horlogères, avec une baisse de 25% sur les volumes des exportations, elle l'est d'autant plus pour l'univers de la sous-traitance. Face à l'importance des stocks, un assainissement du marché va s'imposer, qui passera par une diminution de la production, synonyme de difficultés croissantes pour les détaillants.»

C'est donc bel et bien dans ce tissu-là que la crise frappe, déjà, le plus fort. Interpellée par quelques-uns de ces petits entrepreneurs – qui souffrent de gros problèmes de trésorerie –, Doris Leuthard les a, hier, renvoyés à leurs chères études: «C'est aux banques, et non à l'Etat, d'assurer les crédits relais.» Dans les différents plans de relance de Berne, la ministre de l'Economie a, par contre, introduit de nombreux mécanismes de cautionnement à destination des PME. «Mais pour l'heure, a-t-elle presque accusé, nous n'avons reçu que très peu de demandes de votre part.»

Aguerrie aux crises, la branche l'est certainement. Mais, comme le déclare un observateur de ce milieu très peu locace, «c'est un peu le calme avant la tempête». Beaucoup de maisons horlogères vont fermer durant les mois de juillet et d'août. Le véritable verdict tombera en septembre, si, d'ici là, les exportations ne repartent pas.

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