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Dans l'attente d'un été meurtrier

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Entre 2000 à 2500 emplois horlogers ont déjà disparu en cinq mois.

L'Agefi - 8 juin 2009
Bastien BussEconomie_325928_0



Une très vive inquiétude s'est installée dans les vallées horlogères. A quelques semaines des traditionnelles vacances de la branche, la tension est palpable. L'été risque en effet d'être meurtrier. «Nous attendons fin août, début septembre avant de prendre une décision quant à d'éventuels licenciements », témoigne un horloger jurassien. Comme pour presque tout le secteur, ses locaux vont fermer durant un mois en juillet-août. Pour l'heure, il ne voit aucun signe de redressement sur les marchés. Si les ventes devaient rester sclérosées, le CEO sera contraint de se séparer de 15 à 20 personnes, après avoir déjà procédé à des réductions de l'horaire de travail. Une pratique largement répandue de Genève à Bâle, cluster de la branche. «C'est un peu le calme avant la tempête. Nous craignons des mesures importantes de réduction des effectifs à la reprise», s'inquiète Eric Thévenaz, secrétaire régional du syndicat Unia pour le canton de Neuchâtel. Selon lui, les principaux touchés seront cette fois-ci les sous-traitants. L'impact pourrait s'avérer aussi grave que pour les fournisseurs dans le secteur automobile.

Dans le canton de Genève, le licenciement de 200 personnes chez Franck Muller, souffrant - en plus de la crise - de problèmes structurels, constituerait une sorte d'exception. «Ces dernières semaines, le rythme des réductions de personnel s'est quelque peu ralenti. Mais cela ne veut encore rien dire. Il ne faut en principe pas s'attendre à des annonces avant fin août», explique Laetitia Magnin, secrétaire syndicale à Unia Genève. Vaud, pour l'heure, a échappé à la tourmente. «Ce sont essentiellement trois groupes actifs dans le haut de gamme qui sont présents dans la Vallée de Joux, à savoir Swatch Group, Richemont et Audemars Piguet. Ils ont les reins plus solides que les petites structures», selon Aldo Ferrari, de l'antenne vaudoise du syndicat précité.

Les licenciements vont toutefois se poursuivre, voire s'aggraver. Depuis le début de l'année, d'après une estimation effectuée par les syndicats, entre 2000 et 2500 emplois ont déjà disparus. Et Aldo Ferrari d'évoquer des chiffres empreints de retenue, puisqu'ils ne comprennent par les emplois temporaires. Cette catégorie a été touchée la plus rapidement et la plus durement depuis le début de la récession. Le frontaliers en ont particulièrement fait les frais. La Convention patronale de l'industrie horlogère suisse (CPIH), par la voix de François Matile, secrétaire général, parle «d'une estimation haute», tout en précisant que ce genre de statistiques ne sont pas disponibles. Il rappelle que la branche a créé 10 000 emplois ces cinq dernières années. La litanie des entreprises ayant dû réduire leurs capacités s'allonge chaque semaine. Inutile d'en faire la liste ici. D'ailleurs, de nouvelles mesures sont d'ores et déjà en gestation. Selon nos informations, Zenith prépare un nouveau plan de licenciements. S'il n'a pour l'heure pas été entériné, il pourrait concerner entre 50 et 80 emplois au Locle. L'annonce devrait tomber à la fin des vacances horlogères. La manufacture a déjà licencié 24 personnes sur 270 collaborateurs en janvier de cette année.

Un horloger neuchâtelois se dit très surpris du silence de la Fédération horlogère (FH), alors que le secteur s'enfonce dans le marasme. «N'est-ce pas à la FH de défendre les intérêts des horlogers? Swissmem soutient au moins ses membres.» L'association faîtière a lancé un appel solennel à l'adresse de la Confédération et a même demandé la création d'un fonds relais, alimenté par les banques et l'industrie elle-même. Jean-Daniel Pasche, président de la FH, indique qu'elle n'a pas menée ce genre de réflexion au sein des organes de l'association pour l'instant. Il fait remarquer que le gouvernement a déjà pris diverses mesures destinées à enrayer l'atonie conjoncturelle. «Ce sont davantage les plans de relance à l'étranger, ayant un impact sur la consommation, qui pourraient venir aider les exportations horlogères.

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