Tribune des Arts - Mai 2009
Paul Lang

L'huile sur toile intitulée Promenade du comte d'Artois et de son épouse en cabriolet, présentée ce mois par le Musée d'art et d'histoire de Genève, fut acquise grâce à la grande générosité de la Fondation Jean-Louis Prevost. Elle date de 1782. Au cours de cette année charnière dans sa carrière, le Suisse Louis-Auguste Brun, son auteur, commence à exécuter des commandes pour le duc de Luynes au château de Dampierre, à Chantilly, et surtout à Versailles où il devient en 1786 “ directeur spécial ” de la reine et de Madame Elisabeth dans leurs travaux de peinture. La composition s'inscrit dans une production où se côtoient d'élégantes scènes de genre et des portraits équestres de membres de la famille royale et de la cour. Cette production est escortée par de nombreux dessins consacrés à des scènes de vénerie et des études d'animaux.
Le tableau donne à voir le comte d'Artois (Charles X, dernier roi de France qui ait régné sur la France de 1824 à 1830) debout et de profil, surgissant d'une forêt à droite de la composition. Il conduit un cabriolet à pompe, tandis que son épouse, assise, regarde le spectateur. Blondin, le coureur du prince, figure de profil au premier plan à droite. Il porte le manteau de son maître, ainsi que sa longue canne. Un piqueur dirige l'attelage à quatre chevaux vers l'arrière-plan à gauche.
L'oeuvre apparaît largement tributaire de l'école hollandaise du XVII e siècle, et notamment de Philips Wouwerman et Meyndert Hobbema, que Brun a été en mesure d'étudier dans les collections particulières genevoises au cours de ses années d'apprentissage. En effet, à l'instar d'Hobbema, un sentier structure la composition. Il conduit du premier plan à droite par une diagonale à travers l'espace.
Des arbres très détaillés
La présence, à droite, de la masse sylvestre et feuillue, rendue par une touche franche mais de manière néanmoins détaillée, semble dominer la composition qui s'articule par plans successifs à partir d'un repoussoir. Celui-ci, fortement encadré par une souche d'arbre et la diagonale d'un tronc, témoigne du goût de l'artiste pour l'étude de la nature, et d'un soin particulier apporté au traitement descriptif. Enfin, la scène est scandée, dans la zone médiane, par un plan d'eau et par un village à l'arrière-plan à gauche.
Quant à la réduction de la gamme chromatique, elle met en relief l'éclat et la somptuosité des costumes des quatre protagonistes. Nous connaissons au moins deux dessins gravitant autour de la genèse de cette toile et qui témoignent de l'importance que le peintre lui conférait. Outre le Chien de meute vu de trois-quarts face (Genève, Collection particulière), le plus célèbre figure Blondin, coureur du comte d'Artois (Genève, Musée d'art et d'histoire, Cabinet des dessins. Collection de la Société des Arts).
Le présent tableau s'inscrit dans le cadre de portraits, saisissant les modèles en promenade. Cette formule, inventée au XVIII e siècle, trouve sa source dans l'école anglaise et sa formulation canonique demeure, au cours de la même décennie, l'admirable Morning Walk (Portrait de M. et Mme Hallett, 1785, Londres, National Gallery) de Thomas Gainsborough. Deux ans plus tard, Brun semble s'être souvenu de cette formule en représentant Monsieur et Madame Rolaz du Rosey en promenade (Collection particulière).
Musée d'art et d'histoire
Genève
2, rue Charles-Galland,
Cabinet 420.
Tél. +41 22 418 26 00.
www.ville-ge.ch
