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L'orientalisme, un art qui fascine toujours

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Au XIXe siècle, de nombreux peintres occidentaux se sont inspirés du Proche-Orient. J.-F. Lewis fut l'un des plus grands. Une de ses gouaches sera vendue par Christie's à Londres.
Tribune des Arts - Juillet 2009
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Au XIXe siècle, on ne compte plus les peintres orientalistes. Rien qu'en Suisse, ils ont été plusieurs dizaines, tous ceux qui sont partis, mus par une force intérieure, à la recherche de l'Orient mythique combinée au désir d'évasion imaginaire vers des pays lointains, turcs et arabes. Phénomène culturel qui débute avec la fin de l'Ancien Régime monarchique en France et qui prend fin avec le déclin de l'Empire britannique. Mais il n'est ni une école, ni un mouvement, ni un style.

C'est en fait, le plus souvent, un simple prétexte invoqué par les artistes pour développer leur processus de création. Ce sont surtout les peintres britanniques – on en compte près d'une centaine – qui se sont illustrés dans ce genre. Le plus connu de nos jours est David Roberts (1796-1864) dont les lithographies aux dessins très précis, celles de ruines et de temples égyptiens notamment, ont été popularisées et reproduites un peu partout. Mais c'est du grand Lewis dont il est question aujourd'hui. John Frederick Lewis (1805-1876), qui se profile comme le plus grand peintre orientaliste anglais, était un être plutôt secret, préoccupé surtout de peinture.

En 1840, il visita la Grèce, Smyrne et Constantinople, avant de s'installer une dizaine d'années au Caire, dès 1842. Il y vécut en seigneur ottoman, portant le costume oriental et fuyant la communauté occidentale. Mais surtout, il fit de nombreuses études d'une extrême précision, de mosquées, de souk et d'intérieurs de harems. A son retour en Angleterre, au début des années 1850, il abandonna l'aquarelle, une technique qu'il maîtrisait à la perfection, pour la peinture à l'huile.

A l'heure du thé

Epicerie-café à kebab, Scutari, une toute petite gouache de 40,5 sur 29,5 cm, signée de Lewis, était une des pièces phares lors de l'exposition consacrée aux peintres orientalistes britanniques, «The Lure of the East», à la Tate Britain à Londres, puis au Musée de Pera à Istanbul en 2008 et enfin au Musée de Sharjah dans le Golfe.

Le sujet en est une sorte d'épicerie-restaurant à kebab, à Uskudar, sur la rive asiatique du détroit d'Istanbul, connue des visiteurs occidentaux au XIXe siècle sous le nom de Scutari. La gouache montre trois clients sur le pas de la porte, buvant du thé ou tirant sur le narghilé, tandis qu'un cuisinier, vêtu de façon très modeste, est en train de cuisiner des plats à l'intérieur. Sur la gauche, un monsieur âgé, à l'allure vénérable, lit une lettre, dans l'ombre.

Le sujet, notent les experts, est riche en détails comme les céramiques d'exportation chinoises et japonaises tout autour du café, ainsi que le groupe de chèvres et de pigeons au premier plan. Mise en vente à Londres le 9 juillet prochain chez Christie's, cette gouache datant de 1858 semble-t-il, est estimée de 910 000 à 1,2 million de dollars.

Sa version à l'huile du même sujet s'est vendue 3 442 500 dollars à New York, chez Sotheby's, le 24 avril dernier, tandis que le record du monde, à 4 500 000 dollars, est détenu par Christie's le 15 juin 2005, pour Le repas de midi, peint au Caire. Pour Etienne Hellman, directeur international des tableaux orientalistes chez Christie's Paris, qui préfère le Lewis aquarelliste au Lewis peintre, le marché orientaliste est en pleine forme. Grâce aux acheteurs occidentaux, mais aussi en partie aux acheteurs provenant du Golfe et de Turquie.

 

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