La Fédération horlogère suisse en association avec la Fondation de la haute horlogerie mène une campagne sans précédent pour lutter contre la contrefaçon. Percutante par son graphisme glacial très réussi, elle nous plonge directement au cœur du problème.
En effet, la Fédération horlogère suisse estime la production de fausses montres sous label suisse à plus de 40 millions d'unités par an et par opposition, près de 26 millions de montres suisses originales ont été exportées en 2008.

Cependant nous aimerions par ces lignes tordre le cou à certaines certitudes que peuvent avoir les initiateurs de cette démarche. En effet il est illusoire de penser que de vouloir enrailler ce fléau va permettre de créer de postes de travail supplémentaires ou de remplir les caisses de l'état avec des taxes non encaissées dues aux pertes de ventes en faveur de fausses montres venant majoritairement d'Asie.
Observons un instant l'acheteur potentiel de ce type d'horlogerie. Généralement sans connaissance ni attirance particulière pour les produits horlogers, il se concentrera uniquement sur le nom inscrit sur le cadran. C'est du moins le cas d'un vendeur en téléphonie d'une grande enseigne de la place genevoise. Ce monsieur arborait fièrement une énorme IWC à son poignet, tellement énorme que ce modèle n'existe nulle part dans le catalogue de la marque. Lorsqu'on le lui fit remarquer, sa réponse fut sans appel: «ça m'est complètement égal. L'essentiel est que le nom d'une grande marque soit présent sur le cadran». Si ce monsieur avait été animé par le vrai plaisir horloger, il ne porterait de toute évidence qu'une véritable montre de marque, ce qu'il, de toute évidence, ne fera jamais. Ils sont malheureusement pléthore à raisonner comme cela.
La montre de ce quidam n'était même pas une contrefaçon, seule la marque déposée avait été volée. Dans ce genre de cas, on parle d'une copie de grade 5.
Les contrefaçons sont classées dans un ordre de qualité allant du grade 5 au grade 1. Les grades 5 sont des pièces de piètre qualité mues généralement par un mouvement à quartz chinois et fabriquées avec des matériaux très bon marché. On peut facilement dénicher ces horreurs pour 5 dollars sur la Toile ou sur des étals de marchés.
Quant aux grades 1, ce sont des copies pratiquement conformes. L'utilisation de matériaux ainsi que de mouvements proches de la réalité met régulièrement les experts dans l'embarras. Il est en effet possible de trouver des pièces non conformes dans des salles de ventes aux enchères.
Prenons comme exemple une Rolex Daytona, son célèbre chronographe qui est probablement l'une des pièces les plus copiées au monde. En grade 1, elle sera habillée parfois d'acier 316L et très souvent motorisée par un mouvement suisse venant de chez ETA. Il est évident que le Swatch Group ne livre pas ses calibres aux faussaires qui s'approvisionnent en dehors des réseaux officiels ou, plus fréquemment, par le biais de receleurs. Pour l'anecdote, ces montres se payent généralement dans les 300 dollars, soit 325.- francs suisses, alors qu'un mouvement ETA 2892 s'achète sur le marché gris environ 350.-francs. Il s'agit donc, de plus, d'une opération peu rentable.

Le modèle Daytona est d'ailleurs au cœur d'une petite histoire vécue récemment et qui à trait aux copies de luxe. Lors d'une rencontre avec un policier genevois – oui, vous avez bien lu-, nous parlons montres et plus particulièrement de la Rolex Daytona qu'il porte au poignet. Probablement rongé par le remords, il avoue après 15 minutes de discussion qu'elle est fausse et qu'il l'a achetée en Thaïlande pour 300 dollars. Nous sommes restés estomaqués tant par le fait que cela venait d'un homme qui représente la loi que par la qualité de sa montre. Il s'est alors empressé de nous donner une explication à son achat. Il y a quelque temps, il a acheté une Daytona, originale cette fois-ci, qu'il n'a portée qu'une seule fois par peur de l'abîmer. Cette inquiétude l'a même poussé à la mettre dans un coffre à la banque. Depuis, il ne porte que sa réplique. Cette histoire rappelle tous les faux tableaux qui trônent dans les salons de collectionneurs pour préserver les originaux du vol ou de la déprédation.
Ne nous voilons pas la face et constatons qu'il est gratifiant pour une marque de voir ses produits copiés, malgré qu'elles annoncent unanimement que la contrefaçon est un fléau. Il faut y voir la preuve que la création usurpée suscite beaucoup d'intérêt, ce qui fait indubitablement la fierté de ses concepteurs.
Les publicitaires l'ont d'ailleurs bien compris. Combien de fois avons-nous lu ou entendu ce célèbre slogan: «Souvent imité, jamais égalé».
Suite à la lecture de ces lignes vous pourrez en déduire qu'il ne faut pas soutenir cette campagne, et c'est une erreur. La Fédération horlogère suisse ainsi que la Fondation de la haute horlogerie avancent d'autres arguments, bien plus choquants et pertinents cette fois: «Acheter des contrefaçons,
c'est soutenir et financer le crime organisé. La contrefaçon est une activité criminelle: acheter du faux c'est aussi contribuer au financement du banditisme et de trafics de toutes sortes. Vous ne tolérez ni le vol, ni la drogue? Or, la contrefaçon est vendue par les mêmes circuits et les mêmes délinquants.» Et de poursuivre: «Acheter des contrefaçons, c'est soutenir le travail clandestin et celui des enfants: les personnes exploitées dans la fabrication de produits contrefaits, dont de nombreux enfants, travaillent dans des conditions très difficiles, perçoivent un salaire dérisoire et ne bénéficient d'aucune protection juridique, sociale ou médicale». Si vous n'êtes pas encore convaincu, ceci nous concerne plus directement: «Acheter des contrefaçons, c'est mettre en péril sa santé et sa sécurité. Le risque est bien réel lorsqu'on pense aux contrefaçons de médicaments, produits cosmétiques ou alimentaires, jouets, pièces détachées de voitures ou d'avions. Il est également présent en matière de montres contrefaites, ces objets ne respectant aucune norme de qualité/sécurité, car contenant parfois des matériaux allergènes ou nocifs.»
Malgré les critiques émises au début, vous l'aurez compris, nous sommes bel et bien derrière les deux fédérations pour les appuyer dans leur combat, mais d'abord en fonction des derniers arguments avancés. Il est, de plus, tellement peu classieux de porter une réplique, que nous ne comprendrons jamais un tel choix.