Christian Deydier, le pape de l'art chinois, poursuit sa quête sans fin du bel objet. En ébranlant parfois ses certitudes.

Grande figure de l'art chinois, sinologue mondialement connu, Christian Deydier vient de quitter le Carré Rive Gauche, à Paris, en perte de vitesse apparente, pour s'établir rue de Seine, au coeur du quartier de Saint-Germain, où s'ouvrent régulièrement de nouvelles galeries. Dans un décor minimal, fait de bois sombres et de gris beiges, qui met bien en valeur ce qu'il appelle ses faiblesses, les bronzes archaïques chinois ou les objets niellés, tout en lui permettant, vu l'espace, d'avoir enfin une belle bibliothèque.
D'ailleurs, pour son exposition inaugurale, au printemps dernier, Christian Deydier avait choisi juste sept objets, aussi beaux que rares, mais qui ne se livrent pas au premier regard. Dont des masques taotie, «glouton», également connus sous le nom de masque animal, du troisième siècle avant notre ère, somptueux et énigmatiques avec leur mélange de réalité et de fantastique. Un décor riche et un niellage raffiné destinés au roi et aux hauts dignitaires. Mais aimant bien les clins d'oeil facétieux, la devanture ressemble à s'y méprendre à celle d'une charcuterie début de siècle.
Ecailles de tortue
Homme policé au caractère bien trempé, dit-on, Christian Deydier cultive aussi son côté bourlingueur. De nationalité française, né au Laos à l'automne 1950, il a fait ses études sur la Chine dans les plus grands instituts de France. Cultivant tout de suite ce qui est devenu une de ses spécialités au nom barbare: les jiaguwen, cette écriture proto-chinoise sur les os et écailles de tortue de la dynastie Shang, remontant aux XIIIe-XIIe siècles avant notre ère. Tout en cultivant deux autres passions: les bronzes archaïques et l'orfèvrerie. Mais il choisit Londres pour s'installer en 1984, tout d'abord comme antiquaire puis comme galeriste. Avant de faire son retour à Paris en 1987. Superactif, il a organisé pas moins de 27 expositions à Paris, Londres et New York, sur les terres cuites, les bronzes archaïques, l'orfèvrerie chinoise. Ce qui lui a laissé du temps, apparemment, pour présider le Syndicat national des antiquaires de 2002 à 2008. Et pour s'occuper de la Biennale des antiquaires de Paris. Christian Deydier a même participé à trois campagnes de fouilles en Chine, dont une a été marquée par l'ouverture de la tombe d'une princesse Tang, à Xian.
Exposition à New York
Aujourd'hui, il revient à ses premières amours, les collectionneurs et les objets. Les foires internationales font partie aussi de son horizon. La plus prestigieuse d'entre elles, l'Asian Art Fair de New York, point de rencontre obligé des marchands du monde entier, ayant déclaré forfait cette année pour cause de récession, il s'est décidé à louer la galerie Friedman Vallois, toujours à New York. «Il n'est jamais bon de se renfermer sur soi-même et de faire le gros dos en attendant que la tempête passe.» Ce qui offrira l'occasion aux New-Yorkais de voir, du 12 au 19 mars, des pièces exceptionnelles comme une tête de Lokapala, d'époque Qi, d'une grande vivacité; un grand cheval en terre cuite avec des traces de polychromie et de feuilles d'or, de la même époque et d'une élégance rare; et un lion en terre cuite émaillé sancai, aux trois couleurs, très réaliste.

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Le métier se porte bien, estime-t-il. «Le plus difficile est de trouver de beaux objets, parce que les pièces classiques se font rares. Les collectionneurs sont à la recherche du mouton à cinq pattes, ils veulent l'objet unique, extraordinaire, ce qui est de plus en plus compliqué à trouver.» Les Chinois recherchent la porcelaine impériale et les objets de lettrés. Les Occidentaux sont à l'affût plutôt de pièces archéologiques. Tandis que les Anglo-Saxons recherchent des céramiques de la dynastie Song.
Ses clients sont belges, italiens ou suisses alémaniques. Ils se situent aussi à Taïwan et à Hong Kong, sans oublier les musées dans le monde entier. Curieusement, les Français semblent manquer à l'appel. «On observe une forte baisse dans les collections françaises. La génération précédente a vécu sur l'acquis et n'a pas fait son boulot, se contentant de vivre sur le passé.» Autre bémol: la paperasse, nationale et internationale, qui prend de plus en plus de temps, au détriment de la quête du bel objet, de l'émotion de la découverte et finalement de l'extase. «C'est un éternel recommencement. Une découverte inattendue, et ce peut être une remise en cause brutale de nos connaissances.
La Chine finalement? Un monde à part, prenant et fascinant. Comme une drogue, oui vraiment, avec cette soif, jamais épanchée, d'en savoir toujours plus.»
Michel Bonel
Ses livres
– Les Jiaguwen, essai bibliographique et synthèse des
études. Publications de l'Ecole française d'Extrême-
Orient.
– Les Bronzes chinois, Fribourg, Office du Livre.
– Les Bronzes archaïques chinois, volume I, Dynasties
Xia et Shang, Editions Arhis.
– L'Or de la Chine ancienne, Editions d'Art et d'Histoire.
En préparation
– Les Bronzes archaïques chinois, volume II, Dynastie
Zhou, du Xe au Ve siècle avant notre ère.
– Les terres cuites décorées de la dynastie Tang.Galerie Christian Deydier
Paris
30, rue de Seine.
Tél. +33 140 20 97 34.
www.deydier.com
Tribune des Arts - Février 2009 - No 369