Gabriel Tortella
Osvaldo Patrizzi a l'habitude des premières. Pourtant, cette fois, il a fait particulièrement fort en obtenant d'avance que toutes les pendules qu'il mettra aux enchères à Milan le 24 mai prochain aient reçu un permis d'exportation général. D'autant plus qu'il ne s'agit pas de n'importe quelles pendules mais d'une exceptionnelle collection de pièces rarissimes remontant jusqu'au début du XIVe siècle. Quand on connaît les difficultés administratives et les tracasseries que le Ministère de la culture italien oppose à toute exportation d'œuvre d'art, je peux affirmer qu'Osvaldo Patrizzi a réussi là un véritable exploit.

Réuni par un célèbre Milanais, importateur de voitures étrangères en Italie, cet ensemble hors du commun comprend 70 pièces, toutes magnifiquement restaurées, toutes entièrement d'origine et toutes expertisées par l'Américain Philip Poniz, une sommité en la matière. Pourtant, les prix d'estimation sont plutôt raisonnables pour de telles œuvres d'art puisque la plupart tournent autour de 10 000 euros.
D'ailleurs, je viens d'apprendre, par une indiscrétion, qu'un musée célèbre est en train de proposer un prix global dans le but d'acquérir toute la collection avant la vente. Mais je pense que ni le vendeur ni Osvaldo Patrizzi ne seront d'accord car je me suis laissé dire que ces prix d'estimation ont été fixés avant que le Ministère de la culture accorde le permis d'exportation. Si bien que les prix risquent bien de monter beaucoup plus haut lors de la vente.
En attendant, je suis tellement fasciné par la beauté et la qualité de ces pendules que j'aimerais toutes vous les décrire mais cela prendrait tant de place que la Tribune de Genève tout entière n'y suffirait pas. Je me contenterai donc de vous mentionner cette pendule automate arborant un soldat sur son cheval, qui a été réalisée à Augsbourg en 1590. Une pure merveille en bronze doré et ciselé d'une très grande finesse. Je ne peux donc que vous conseiller de vous précipiter dans les bureaux d'Osvaldo Patrizzi à Genève, 9, rue de la Cité, où, du 8 au 11 mai, ces pièces seront exposées. Sachant que vous pourrez aussi vous y procurer le catalogue.
Lorsque, il y a un peu plus de deux ans, Osvaldo a quitté Antiquorum à la suite d'un différend avec les nouveaux propriétaires, tout le monde prédisait sa fin et son retrait total du marché des montres de collection. Mais, tel le phénix, il est encore plus fort qu'avant. A preuve: la vente aux enchères qu'il a organisée à Genève le 19 avril dernier et au cours de laquelle, en pleine crise, il a réalisé un chiffre d'affaires de 7,5 millions de francs, vendant quasiment 95% des pièces qu'il proposait. Un exploit!

Gabriel Tortella © Tribune de Genève
