Swatch Group et Richemont surperforment le SMI depuis début avril. Mais les deux titres se situent encore très loin de leur pic de fin 2007.
L'Agefi - 22 mai 2009
Bastien Buss
Les valeurs horlogères séduisent à nouveau le marché. On observe même un rally horloger en ce moment. L'évolution des titres de Swatch Group et de Richemont surpasse d'ailleurs l'ensemble du SMI depuis début avril. En début de semaine, l'embellie s'est poursuivie, avec un gain lundi de 5,88% pour Swatch Group et de 3,98% pour Richemont. Mardi, les hausses s'affichaient encore respectivement à 4,93% et 1,53%. Mercredi toutefois, la tendance s'est très légèrement infléchie (- 2,3% à 179 francs et +0,25% à 23,94). Il n'empêche, la progression de ces dernières semaines s'est confirmée. Swatch Group s'est apprécié de 14% en un mois et de 51,65% sur six mois. Richemont a, dans la foulée, pris 12,64% en trente jours et 30,35% sur une demi-année. Dans le même temps, le SMI ne s'est amélioré que de 8,56% et 3,63%. Depuis début avril, les deux titres ont crû de 29% et le marché d'à peine moins de 10%. Les deux valeurs horlogères se situent toutefois encore très loin de leur pic de la fin 2007.
Divers paramètres permettent d'expliquer cette performance. D'abord, les deux groupes ont évidemment été entraînés par la progression des marchés boursiers. Ensuite, ils ont bénéficié d'un effet rattrapage après les violentes corrections du quatrième trimestre de l'an passé, où les titres ont atteint des niveaux planchers jamais vus depuis cinq ans. Puis, parce que les résultats livrés par ces entreprises se sont avérés meilleurs que prévu par la communauté financière, dans un contexte pourtant d'effondrement des exportations horlogères. Richemont a très bien résisté sur les trois premiers mois de l'année, quand bien même les ventes se sont contractées de 19% en avril. De son côté, Swatch Group a confirmé une nouvelle fois son optimisme mesuré, et de facto son excellente résilience à la récession.
Vendredi dernier, lors de l'assemblée générale du groupe, Nicolas Hayek, président du numéro un mondial de l'horlogerie, a déclaré que, «durant les mois de janvier, février et mars, la baisse pour le chiffre d'affaires des marques du Swatch Group est bien moins forte que celle des chiffres d'exportation annoncés par la FH (Fédérations horlogère, ndlr)». Il a poursuivi en disant «qu'en avril 2009, nous enregistrons une amélioration encore plus importante». Par ailleurs, la progression semble s'accentuer chaque mois. Pour le patriarche de l'horlogerie, «toutes nos prévisions basées sur les informations des marchés internationaux nous confirment une reprise durant la seconde partie de l'année 2009 avec une amélioration et une légère croissance des ventes et bénéfices pour le deuxième semestre par rapport à 2008». Un discours qui tranche avec l'excès de pessimisme en vigueur auprès d'autres marques.
Le marché n'a pas tout de suite réagi à cette confirmation, pourtant très attendue puisque d'autres horlogers (LVMH, Bulgari) semblent glisser dans la sinistrose. Cette progression boursière vat- elle se poursuivre? C'est là que réside la grande inconnue. Les avis des analystes divergent énormément. Pour la Banque cantonale de Zurich, il est encore trop tôt pour une reprise durable du titre Richemont, par exemple. Toutefois 40% des analystes suivant la valeur la conseille à l'achat. Helvea vient de relever à l'achat sa recommandation sur les deux titres.
En ce qui concerne Swatch Group, son analyste base sa confiance sur plusieurs éléments. Premièrement, les marques Omega, Breguet, Longines et Tissot sont bien positionnées pour encore renforcer leur position. Deuxièmement, la collection Tiffany (une coentreprise avec le groupe homonyme) devrait contribuer à soutenir le chiffre d'affaires au quatrième trimestre de cette année. Troisièmement, le free cash flow de l'entreprise pourrait s'améliorer fortement. Ce qui devrait permettre à la société de franchir le cap du milliard de francs de cash.
Pour leur part, les analystes de Chevreux ont augmenté de 30% leurs prévisions de bénéfice par action pour Richemont. Sur cette base, ils ont fixé un nouvel objectif de cours à 25 francs, contre 19 francs auparavant. Ca et là, d'autres CEO actifs dans le luxe semblent aussi légèrement infléchir leur discours. Bernard Arnault, PDG de LVMH, a fait part récemment d'une «très légère amélioration» de l'activité du numéro un mondial du luxe en avril, tout en restant extrêmement prudent pour les mois à venir. Jean- Claude Biver, CEO de la marque Hublot, a également déclaré il y a peu voir se profiler les premiers frémissements de la reprise. Un avis que ne partage toutefois pas Vontobel. «Nous ne nous attendons pas à une amélioration durant les prochains mois», selon l'établissement zurichois. HSBC estime pour sa part que ces menus et fragiles signes de redressement de l'économie réelle sont déjà intégrés dans le cours des actions.
En Suisse, comme ailleurs, l'hypothèse d'une correction boursière gagne chaque jour des adeptes. En d'autres termes, certains spécialistes sont d'avis que l'horlogerie se dirige vers la fin de son propre bear market rally plutôt que vers un trend haussier durable.
Reinet Investment, fonds d'investissement né de la scission des activités de Richemont, a publié mercredi un premier bénéfice de 426 millions d'euros depuis sa création en octobre 2008 et prévoit de réaliser d'autres acquisitions. Reinet affiche des actifs net de 1,846 milliard d'euros au 31 mars, dont 79,7% proviennent de sa participation de 19,4% dans le fabricant de tabac britannique British American Tobacco (BAT), 17,9% de fonds en numéraire et d'autres liquidités et 2,4% d'autres actifs non précisés, a souligné Reinet dans un communiqué.
Ces actifs ont été «négativement affectés par la faiblesse de la livre et des mouvements négatifs de prix» liés à sa participation dans BAT, a précisé le communiqué. Le fonds ne versera pas encore de dividende à ses actionnaires pour cette période, mais prévoit de le faire à l'avenir pour chaque année fiscale. Reinet, qui avait annoncé en janvier investir jusqu'à 230 millions de dollars dans des fonds gérés par Lehman Brothers Merchant Banking (LBMB), «espère que cette transaction pourrait être la première d'une longue liste» de rachats dans le secteur financier.
Bastien Buss

Les valeurs horlogères séduisent à nouveau le marché. On observe même un rally horloger en ce moment. L'évolution des titres de Swatch Group et de Richemont surpasse d'ailleurs l'ensemble du SMI depuis début avril. En début de semaine, l'embellie s'est poursuivie, avec un gain lundi de 5,88% pour Swatch Group et de 3,98% pour Richemont. Mardi, les hausses s'affichaient encore respectivement à 4,93% et 1,53%. Mercredi toutefois, la tendance s'est très légèrement infléchie (- 2,3% à 179 francs et +0,25% à 23,94). Il n'empêche, la progression de ces dernières semaines s'est confirmée. Swatch Group s'est apprécié de 14% en un mois et de 51,65% sur six mois. Richemont a, dans la foulée, pris 12,64% en trente jours et 30,35% sur une demi-année. Dans le même temps, le SMI ne s'est amélioré que de 8,56% et 3,63%. Depuis début avril, les deux titres ont crû de 29% et le marché d'à peine moins de 10%. Les deux valeurs horlogères se situent toutefois encore très loin de leur pic de la fin 2007.
Divers paramètres permettent d'expliquer cette performance. D'abord, les deux groupes ont évidemment été entraînés par la progression des marchés boursiers. Ensuite, ils ont bénéficié d'un effet rattrapage après les violentes corrections du quatrième trimestre de l'an passé, où les titres ont atteint des niveaux planchers jamais vus depuis cinq ans. Puis, parce que les résultats livrés par ces entreprises se sont avérés meilleurs que prévu par la communauté financière, dans un contexte pourtant d'effondrement des exportations horlogères. Richemont a très bien résisté sur les trois premiers mois de l'année, quand bien même les ventes se sont contractées de 19% en avril. De son côté, Swatch Group a confirmé une nouvelle fois son optimisme mesuré, et de facto son excellente résilience à la récession.
Vendredi dernier, lors de l'assemblée générale du groupe, Nicolas Hayek, président du numéro un mondial de l'horlogerie, a déclaré que, «durant les mois de janvier, février et mars, la baisse pour le chiffre d'affaires des marques du Swatch Group est bien moins forte que celle des chiffres d'exportation annoncés par la FH (Fédérations horlogère, ndlr)». Il a poursuivi en disant «qu'en avril 2009, nous enregistrons une amélioration encore plus importante». Par ailleurs, la progression semble s'accentuer chaque mois. Pour le patriarche de l'horlogerie, «toutes nos prévisions basées sur les informations des marchés internationaux nous confirment une reprise durant la seconde partie de l'année 2009 avec une amélioration et une légère croissance des ventes et bénéfices pour le deuxième semestre par rapport à 2008». Un discours qui tranche avec l'excès de pessimisme en vigueur auprès d'autres marques.
Le marché n'a pas tout de suite réagi à cette confirmation, pourtant très attendue puisque d'autres horlogers (LVMH, Bulgari) semblent glisser dans la sinistrose. Cette progression boursière vat- elle se poursuivre? C'est là que réside la grande inconnue. Les avis des analystes divergent énormément. Pour la Banque cantonale de Zurich, il est encore trop tôt pour une reprise durable du titre Richemont, par exemple. Toutefois 40% des analystes suivant la valeur la conseille à l'achat. Helvea vient de relever à l'achat sa recommandation sur les deux titres.
En ce qui concerne Swatch Group, son analyste base sa confiance sur plusieurs éléments. Premièrement, les marques Omega, Breguet, Longines et Tissot sont bien positionnées pour encore renforcer leur position. Deuxièmement, la collection Tiffany (une coentreprise avec le groupe homonyme) devrait contribuer à soutenir le chiffre d'affaires au quatrième trimestre de cette année. Troisièmement, le free cash flow de l'entreprise pourrait s'améliorer fortement. Ce qui devrait permettre à la société de franchir le cap du milliard de francs de cash.
Pour leur part, les analystes de Chevreux ont augmenté de 30% leurs prévisions de bénéfice par action pour Richemont. Sur cette base, ils ont fixé un nouvel objectif de cours à 25 francs, contre 19 francs auparavant. Ca et là, d'autres CEO actifs dans le luxe semblent aussi légèrement infléchir leur discours. Bernard Arnault, PDG de LVMH, a fait part récemment d'une «très légère amélioration» de l'activité du numéro un mondial du luxe en avril, tout en restant extrêmement prudent pour les mois à venir. Jean- Claude Biver, CEO de la marque Hublot, a également déclaré il y a peu voir se profiler les premiers frémissements de la reprise. Un avis que ne partage toutefois pas Vontobel. «Nous ne nous attendons pas à une amélioration durant les prochains mois», selon l'établissement zurichois. HSBC estime pour sa part que ces menus et fragiles signes de redressement de l'économie réelle sont déjà intégrés dans le cours des actions.
En Suisse, comme ailleurs, l'hypothèse d'une correction boursière gagne chaque jour des adeptes. En d'autres termes, certains spécialistes sont d'avis que l'horlogerie se dirige vers la fin de son propre bear market rally plutôt que vers un trend haussier durable.
Reinet publie un premier bénéfice
Reinet Investment, fonds d'investissement né de la scission des activités de Richemont, a publié mercredi un premier bénéfice de 426 millions d'euros depuis sa création en octobre 2008 et prévoit de réaliser d'autres acquisitions. Reinet affiche des actifs net de 1,846 milliard d'euros au 31 mars, dont 79,7% proviennent de sa participation de 19,4% dans le fabricant de tabac britannique British American Tobacco (BAT), 17,9% de fonds en numéraire et d'autres liquidités et 2,4% d'autres actifs non précisés, a souligné Reinet dans un communiqué.
Ces actifs ont été «négativement affectés par la faiblesse de la livre et des mouvements négatifs de prix» liés à sa participation dans BAT, a précisé le communiqué. Le fonds ne versera pas encore de dividende à ses actionnaires pour cette période, mais prévoit de le faire à l'avenir pour chaque année fiscale. Reinet, qui avait annoncé en janvier investir jusqu'à 230 millions de dollars dans des fonds gérés par Lehman Brothers Merchant Banking (LBMB), «espère que cette transaction pourrait être la première d'une longue liste» de rachats dans le secteur financier.
