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Les starchitectes du temps (seconde partie)

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La manufacture BNB Concept s'impose en 2008 comme l'arsenal des nouveaux créateurs horlogers. Rencontre avec Mathias Buttet, fondateur et manager de BNB.
BNB_320976_0Mouvement BNB 1800

BNB CONCEPT : les starchitectes du temps (seconde partie)

Le plateau technique mis en place par BNB est tout aussi performant : avec une quinzaine de centres d'usinage, ce n'est pas le plus important, mais sans doute le plus performant, toutes proportions gardées, de l'environnement industriel horloger. Le plan de la manufacture est technologiquement signifiant : les CNC sont posées sur des planchers souples, avec des dalles indépendants qui absorbent les vibrations, et elles sont logées dans des halls sans ensoleillement direct (chacun sait qu'une micro-variation de température affecte mécaniquement les tolérances de chaque machine-outil de précision). BNB_320976_1Mouvement BNB 1800

Question de management et de non-spécialisation des tâches : les mêmes opérateurs font eux-mêmes la programmation, la mise en place des méthodes, les outillages nécessaires, les réglages et les contrôles de pièces livrées aux équipes horlogères. La logique de la verticalisation est poussée très loin sur chaque décolleteuse, chaque CNC et chaque centre d'électro-érosion. Tout au long de la chaîne des métiers, chacun se trouve ainsi responsabilisé, avec une traçabilité absolue du moindre composant. Une autocorrection qui engendre le respect des uns par les autres et qui consolide, tout au long de cette chaîne, un sentiment motivant d'appartenance et de travail en équipe. Conséquence de cette verticalisation guidée par une logique de qualité : la manufacture BNB emboîte désormais la quasi-totalité des pièces qu'elle livre à ses clients et elle en assure le SAV.

En marge de ces innovations managériales (qui expliquent cependant en grande partie l'éruptivité de BNB), l'originalité de l'entreprise se joue aussi sur les frontières de l'activité horlogère. Très friand d'avancées technologiques et lui-même très impliqué dans le tissu de la recherche polytechnique suisse, Mathias Buttet se passionne pour les nouveaux concepts électroniques, dont l'histoire dira s'ils étaient ou non applicables à l'industrie horlogère : il en est intimement persuadé, mais les marques de haute horlogerie dégainent leur revolver dès qu'elles entendent le mot électronique dans le champ de l'horlogerie mécanique !

BNB a ainsi développé des technologies amusantes, comme un incroyable robot d'entreprise (un humanoïde qui ne sera bientôt plus virtuel), le plus petit lecteur d'empreintes digitales du monde, un système d'interrupteur invisible (intégré dans le mur), un détecteur sélectif de mouvement ou la plus petite station météo du monde. Sans parler de travaux sur les fibres de carbone (BNB a sa propre technologie de production) ou sur les métaux phosphorescents (40 couleurs d'or disponibles, plus quelques métaux précieux fluorescents).

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Quel intérêt pour des amateurs de montres ? Réponse de Mathias Buttet : « Au XXIe siècle, au-delà des avancées technologiques et du travail sur les matériaux, le vrai défi est de repenser l'utilisation des objets ». Il suffit de laisser planer son imagination pour anticiper l'utilisation horlogère de bon nombre des idées mises en forme industrielle par BNB. Détecteur de mouvement : au lieu de manipuler la couronne ou de toucher le cadran de sa T-Touch, un mouvement bref de poignet pour armer le chrono, deux mouvements brefs pour l'arrêter ; un mouvement vertical pour une fonction, une saccade horizontale pour une autre fonction… Lecteur d'empreinte digitale : avec la plus parfaite des montres intégralement mécaniques, un doigt posé sur le verre saphir suffirait pour émuler des fonctions électroniques périphériques, comme l'ouverture d'une portière à distance, un mot de passe informatique ou l'accès à un terminal de paiement : soit la créativité d'un Steve Jobs dans une Patek Philippe… Chez BNB, on réfléchit aussi à la capacité d'intégrer, dans le verre saphir de la montre (strictement mécanique) des fonctions électroniques lisibles uniquement sur le verre, comme sur l'écran tête haute d'un cockpit de chasseur-bombardier : cette fois, c'est Patek Philippe + Darth Vador…

« J'ai la conviction que le mécanique et l'électronique ont des choses à se dire, même s'il est vrai que le mot électronique fait encore tousser les patrons des marques. L'idée forte et futuriste, c'est que ces fonctions électroniques soient personnalisées et strictement invisibles de l'extérieur. L'avenir est aux technologies hybrides : seul le porteur doit bénéficier de cet apport absolument inévitable de l'électronique aux industries du luxe ». Mathias Buttet paraît parfois enrager du conservatisme qu'on lui oppose…

Les nouvelles idées ne manquent pas. C'est l'audace des directions qui fait défaut. « Dans les meilleures maisons, les plus respectables et les plus anciennes, on regarde surtout ce qui s'est fait dans le passé pour rester digne de l'héritage. On avance donc en regardant derrière. Pour moi, explique Mathias Buttet, c'est au contraire un manque total de respect pour les créateurs historiques de ces maisons, qui étaient tous fous de nouvelles technologies et qui étaient à l'écoute de tout ce qui pouvait améliorer leur art. Breguet était ami de toutes les gloires scientifiques de son temps. A leur époque, les nouvelles technologies avaient une utilité directe : on faisait des chronomètres de marine pour que les navires de guerre arrivent au bon port au bon moment, pas pour le plaisir de donner l'heure aux capitaines.

« Aujourd'hui, on fait le contraire et on verrouille l'expression artistique par intégrisme mécanique. Osons la question qui fâche : où en serait l'industrie des transports si on l'avait verrouillée sur les calèches hippomobiles. Nous aurions toujours deux chevaux attelés, des calèches magnifiquement finies et des ramasse-crottins électroniques pour être au goût du jour. C'est n'importe quoi !

« Chez BNB, nous sommes fiers d'être, à notre manière, les continuateurs de grands ancêtres comme Breguet, mais on essaie d'ajouter au respect de ce passé l'intuition de ce qu'ils auraient fait s'ils avaient été à notre place. Nous regardons devant, et pas derrière. Notre dynamique d'entreprise est de ne rien figer et de considérer qu'il n'y a pas de limites à l'art horloger. Pour nos équipes, le mot d'ordre est : “Exprimez-vous, continuez, allez de l'avant, comme dans les maîtres du passé. S'il avait eu les moyens techniques de le faire, Breguet aurait conçu des tourbillons multi-axes. Il aurait ajouté à ses tourbillons des répétition minutes et des capteurs de mouvement. Il aurait additionné roues à colonnes et nouveaux matériaux. Qui osera dire le contraire ?

« Je n'en voudrais pour preuve que ses travaux sur la lubrification. Breguet a couru toute sa vie après l'huile parfaite, dont les nouveaux matériaux autolubrifiés par oxydation contrôlée nous permettent aujourd'hui de nous passer. Qui peut penser que Breguet n'aurait pas foncé sur ces matériaux qui se lubrifient d'autant mieux qu'ils vieillissent ? » BNB_320976_3 Mouvement BNB 5000BNB_320976_4 Mouvement BNB 5000

Aller plus loin, pour Mathias Buttet, c'est pousser toujours plus avant la verticalisation de l'entreprise, jusqu'aux boîtiers le jour où ce sera nécessaire pour servir les clients dans les délais, voire encore plus loin. La philosophie reste, de toute façon, d'être « maître à bord » et de dépendre le moins possible de fournisseurs extérieurs qui n'ont pas encore intégré le « style BNB ».

BNB_320976_5 Mouvement BNB 5000BNB_320976_6 Roue "moustache" du mouvement BNB 2222 (ci-dessous)


La boîte à idées de BNB déborde. Tout commence par « trois coups de crayons et un petit délire » : on ne s'interdit rien, puisque tout est imaginable hors de sentiers battus. La mise en forme de ces délires, c'est le domaine de Sergio, un designer venu de l'architecture pour épauler Mathias Buttet, qui ne se définit pas comme « horloger », mais comme « constructeur », BNB s'affirmant comme « motoriste » pour les horlogers de luxe.
Entre les intuitions cinématiques de l'un et la traduction esthétique de l'autre, le bureau technique et la R&D (une quinzaine de « développeurs ») posent les bases d'un nouveau concept, avec une nouvelle architecture et de nouveaux matériaux. La seule limitation est désormais le choix final du client, par nature plus circonspect – à quelques exceptions près – parce que déjà corseté par son « image de marque » et par le sacro-saint « bouche-à-oreilles du microcosme. C'est cette logique de travail qui a permis l'explosion des tourbillons multi-axes (la vraie tendance de 2008) ou les calibres multi-dimensionnels, les multi-complications intégrées ou l'exploration prometteuse d'affichages non linéaires de l'heure. Sans parler, bien sûr, du stade suprême de la philosophie néo-conceptuelle du temps : le fameux « double tourbillon sans aiguilles » proposé par Romain Jerome et déjà sold out avant même sa présentation officielle à Bâle.

BNB_320976_7 Le fameux mouvement BNB 2222 (double tourbillon séquentiel sans aiguilles), qui est en passe de devenir le manifeste de la nouvelle révolution horlogère ("Le temps sans temps")...BNB_320976_8 Mouvement BNB 1023

Vous connaissez maintenant une partie des secrets qui expliquent le succès de BNB, place forte des nouveaux starchitectes du temps. Exercice amusant pendant les salons : repérer les idées BNB en circulation dans les collections 2008. Un premier décompte approximatif place la barre à une grosse cinquantaine de « nouveautés », avouées ou clandestines. Il doit y en avoir plus, à Bâle comme à Genève. C'est sans doute la première fois qu'un atelier de « motoristes » a un tel impact sur l'industrie horlogère.

Pour en savoir plus, cherchez le stand BNB à Baselworld. Impossible de le rater : il n'est pas dans les halles officielles (là où sont les clients de la manufacture), mais au milieu, au centre névralgique de tout le salon. Vous n'en croirez pas vos yeux : il fallait oser, Mathias Buttet l'a fait !

 

G.P.
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Mouvement BNB 1450Demain, suite et fin du dossier BNB : présentation des partenaires financiers de BNB et communiqués officielles sur la nouvelle manufacture de Duillier.