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Giorgio de Chirico était-il prophète ?

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Pour remercier Guillaume Apollinaire, Giorgio de Chirico lui offre un portrait dont la tempe entourée d'un cercle situe l'endroit exact où le poète recevra un éclat d'obus.

Tribune des Arts - Mai 2009
Christine Zwingmann

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Admiré pour ses oeuvres métaphysiques mais rejeté après son retour au classicisme, Giorgio de Chirico (1888-1978) a marqué la peinture du XX e siècle. Actuellement et jusqu'au 24 mai, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris lui consacre une importante exposition de 160 oeuvres: “ Giorgio De Chirico, la fabrique des rêves ”.

En 1914, Giorgio de Chirico offre à Guillaume Apollinaire son célèbre Portrait prémonitoire en guise de remerciement. En effet, c'est grâce au poète qu'il a exposé et vendu sa première toile, lors du Salon d'Automne de 1913 à Paris. C'est aussi lui qui l'a introduit dans le milieu branché des arts. Chaque samedi, des personnalités du monde artistique se réunissent chez Apollinaire, 202 boulevard Saint-Germain. Parmi ses relations, figurent Picasso, Brancusi, Max Jacob, Marie Laurencin, Derain, Braque, Picabia et Paul Guillaume, le galeriste qui représentera désormais de Chirico.

Une ombre très présente

Ce portrait attire tout particulièrement l'attention du mouvement surréaliste naissant. D'abord par sa dimension prophétique et son caractère énigmatique, incongru. On voit sur l'ombre d'Apollinaire, qui apparaît au-dessus de la figure grecque chaussée de lunettes d'aveugle, les stigmates de la future blessure du poète. Ce cercle blanc, comme une cible, entoure exactement la tempe où Apollinaire recevra un éclat d'obus en 1916 lorsqu'il combattra dans les tranchées. Il subit quelques mois plus tard une trépanation. La convalescence est longue. Il écrit alors:

Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel
est au faîte
Du chef où dès longtemps
Déesse tu t'armais...
...Et je porte avec moi cette
ardente souffrance
Comme le ver luisant tient
son corps enflammé...

En 1917, il renoue avec les milieux artistiques parisiens. C'est l'année où Apollinaire invente et utilise l'adjectif “ surréaliste ”. Guillaume Apollinaire n'est pas loin du cheminement intérieur de Giorgio de Chirico. Dans ses méditations esthétiques sur la peinture, il affirmera: “ L'oeuvre artistique est fausse en ceci qu'elle n'imite pas la nature, mais elle est douée d'une réalité propre, qui fait sa vérité ”.

Comble de malchance, Guillaume Apollinaire - qui s'était engagé volontairement dans l'armée française - meurt à 38 ans en 1918, deux jours avant l'armistice. Non pas de son ancienne blessure mais de la grippe espagnole qui fait rage en Europe.

Alors que le groupe surréaliste accueille de Chirico, ce dernier est déjà parti sous d'autres auspices et rejette la modernité. Jusqu'aux années septante, son oeuvre vacillera entre peinture classique, auto-portraits, décors de théâtre et imitation de ses premières oeuvres. Il illustrera, notamment, Calligrammes de Guillaume Apollinaire, dont les vers annoncent la marée surréaliste: “ J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan / Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux... ”

Exposition "Giorgio De Chirico,
la fabrique des rêves"
Paris
Jusqu'au 24 mai 2009.
Musée d'art moderne de la Ville de Paris,
11, avenue du Président-Wilson.
Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h, le jeudi jusqu'à 22 h.
Tél. +33 1 53 67 40 00.
www.paris.fr

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