Gold'Or - Juillet-août 2010

Fabrice Eschmann


L'une des raisons du succès des salons de l'Environnement professionnel de l'horlogerie-joaillerie (EPHJ) et de la microtechnique (EPMT) – qui ont fermé leurs portes le 11 juin dernier à Beaulieu Lausanne – réside sans aucun doute dans la mine d'innovations qu'ils représentent. La source de la nouveauté vient fondamentalement du secteur de la sous-traitance. Parmi les nombreuses inventions présentées cette année, la céramique hybride offre des solutions d'habillage inédites. Développée par la société autrichienne Invicon, présente pour la première fois à l'EPHJ, ce nouveau revêtement possède tout à la fois les qualités de la céramique de zirconium et des laques utilisées dans l'horlogerie : inrayable mais souple, insensible aux UV et disponible dans toutes les couleurs. Volna l'a déjà adoptée, Cartier également pour l'une de ses bagues, et une quinzaine d'autres marques s'y intéressent.

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Pour les lunettes des dernières Volna Tomic, Yvan Arpa a utilisé de la céramique hybride jaune. © Volna


 
Issue de la recherche dans l'industrie dentaire, la céramique hybride allie micros céramiques, pigments de couleurs et polymères. Une recette et un procédé de fabrication à basse température qui offre à cette matière des caractéristiques, tant physiques qu'esthétiques, jusqu'ici inconnues en horlogerie. D'une part, la céramique, présente dans des proportions variables, lui confère une dureté suffisante pour la rendre difficilement rayable ; d'autre part, l'interconnexion tridimensionnelle des polymères lui amène une élasticité qui la protège des cassures ; enfin, une cuisson à 120° C seulement épargne les pigments, offrant de la sorte des possibilités de colorations, denses et intenses, quasi infinies.
 
Toujours en avance d'une idée, le bouillonnant créateur horloger Yvan Arpa est l'un des premiers à avoir compris le potentiel d'un tel matériau. Appelé à la rescousse par la marque Volna, il a utilisé la céramique hybride pour les lunettes bicolores de la collection Volnatomic. « Déjà, le nom sonne super bien ! », commence par plaisanter celui qui est aussi le patron de la marque Artya. Avant de continuer, plus sérieux : « Pour des couleurs aussi tranchées, le noir et le jaune vif, il y a un certain risque à utiliser des procédés traditionnels. Ici, lorsqu'on regarde au microscope, la frontière entre acier noir et céramique hybride jaune est extrêmement nette. » Heureux de sa trouvaille, Yvan Arpa promet déjà d'autres créations sur le même principe : « Ce n'est que le début d'une piste, je vais aller beaucoup plus loin ! », assure-t-il.

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L'entreprise de Damprichard (Doubs) Silaque réalise 1,3 million d'euros de chiffre d'affaires, dont 30 pour cent en Suisse. © Gold'Or


 
Aller loin, c'est aussi ce qu'espère Dominique Lambert. Directeur de la société Silaque (groupe Silvant), spécialisée dans le laquage et le décor d'instruments d'écriture et de produits de luxe, il est en train de tester la céramique hybride. Réalisant un chiffre d'affaires annuel de 1,3 million d'euros – dont environ 30% en Suisse – l'entreprise de Damprichard (Département français du Doubs) était à la recherche d'un matériau particulièrement insensible aux UV. Il ne lui a pas fallu longtemps pour s'intéresser à la céramique hybride. « Avec un tel produit, nous acquérons une force de proposition importante, confie Dominique Lambert. Nous espérons bien séduire nos clients, pour lesquels nous décorons des boucles de ceinture et de sacs, des boutons de manchettes ou encore des manches de couverts. »

 
La matière, dont la consistance va du miel coulant à la pâte à modeler, se prête en effet au revêtement de quantité de surfaces. Dans l'horlogerie, couronnes, boîtiers ou poussoirs sont autant d'éléments susceptibles d'accueillir de la céramique hybride. Une céramique qui peut ensuite être usinée, gravée voire même sertie. En joaillerie, Cartier l'a adoptée pour sa bague Trinity Sauvage. « Nous n'intervenons que sur des produits très techniques, qui posent des problèmes à la fabrication, explique Laurent Laroche, Président de la société parisienne Louis Laurent. Pour cette bague Cartier, il nous fallait une matière facile a appliquer, qui se lime et se polit aisément. La céramique hybride convenait parfaitement. » Puis de prévenir : « Je compte bien continuer avec Invicon. Ils vont devoir me faire des couleurs sur mesure ! »

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Spécialisée dans le laquage et le décor d'instruments d'écriture et de produits de luxe, Silaque espère séduire ses clients avec la céramique hybride. © Gold'Or

 
Et la saga de la céramique hybride ne fait que commencer : « Il y a actuellement une quinzaine de marques intéressées par cette technique », confie Patrick Stark, responsable horlogerie et bijouterie chez Invicon. Des marques qui, à coup sûr, vont suivre de près les prochains développements de la société autrichienne : adjonction de Superluminova dans la recette et moulage d'aiguille en céramique hybride. A suivre…
 
BIPH

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