Santi Terol

Dix-huit mois après le remodelage de l'Observatoire neuchâtelois, le CSEM tire un bilan réjouissant de cette intégration. Un succès qui tourne autour d'une stratégie: la complémentarité entre les neuf divisions de l'entreprise.
La crise? «Nous sommes très prudents, mais, pour le moment, nous sommes en pleine croissance!» Heureux directeur du Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM), à Neuchâtel, qui voit passer son chiffre d'affaires de 65 millions de francs l'an dernier à une prévision de 76 millions pour l'exercice en cours. L'intégration de l'Observatoire neuchâtelois (ON) depuis juillet 2007 a peut-être contribué à cette embellie. «Son intégration est un succès», certifie Thomas Hinderling.
Certes tout n'est pas allé comme sur des roulettes dès le premier jour, admet-il. Mais après quelques départs liés au transfert de certaines activités à l'Université de Neuchâtel, il a même fallu engager des personnes. Devenu la division «O» (comme la lettre et non le chiffre) du CSEM, l'ancien Observatoire tourne maintenant avec une vingtaine de personnes pour un total de 380 employés au CSEM, dont 250 au siège de Neuchâtel. «Il était nécessaire d'apporter une masse critique dans les compétences que l'on veut développer, car nous avons toujours plus recours à la technologie. Cette interdisciplinarité offre des opportunités en temps de crise», résume Thomas Hinderling.
A la tête de la division «O», Alain Maurissen ne contredit pas son patron. «Nous avions les mêmes mentalités, missions et modes de fonctionnement et une technologie proche».
Cette mise en commun des compétences n'a pas tardé à produire ses effets sur le site de l'Observatoire. A l'instar d'une caméra 3D que l'Agence spatiale européenne (ESA) pourrait embarquer dans l'espace pour permettre à ses modules spatiaux de se poser sûrement sur les montagnes de Mars. Cette caméra du CSEM ne serait pas aussi intéressante pour l'ESA sans la technologie des lasers lidar (utilisation de la lumière au lieu d'ondes radio) développée par la division «O». Le développement de ce lidar, basé sur la technologie de la caméra 3D, doit permettre de nombreuses autres applications non spatiales. Comme la traque aux microparticules. Pour prévenir des pollutions ou servir d'alerte aux pollens. «Seul le CSEM peut faire cela et ce serait bien utile aux personnes souffrant d'allergies», indique le responsable du développement.
Dans une autre salle, un chercheur miniaturise une horloge atomique. «On en trouve dans le commerce, mais elles peuvent peser une centaine de kilos» et sont grosses comme une machine à laver, indique Steve Lecomte. Il a reçu pour mandat de construire une micro-horloge atomique de... un centimètre cube. Temps à disposition: deux ans. Le chercheur travaille actuellement sur un prototype d'une dizaine de centimètres. Les télécoms et autres entreprises spécialisées dans la domotique attendent des merveilles de ce projet. Invention sur laquelle quatre divisions du CSEM planchent. La deuxième phase du programme Galileo (le système de navigation européen qui, contrairement au GPS américain, n'est pas un développement militaire) mobilise également les neurones des chercheurs du CSEM. Avec un tout nouveau laboratoire dédié à la nouvelle génération d'horloges atomiques, la division «O» se projette déjà dans le futur.
Tout est question de taille
L'idée de transformer le pavillon Hirsch de l'ancien Observatoire cantonal en musée fait un tout petit peu tousser Thomas Hinderling. «Le CSEM est résolument tourné vers l'avenir. C'est tout le contraire d'un musée, il est donc difficile d'imaginer cette reconversion», lance le directeur de l'institution. Une sorte de mise en garde pour refréner les ardeurs d'une poignée de passionnés qui caressent ce projet de réaffectation (voir Revue FH n°6 du 26 mars 2009, p. 31). Le projet initial évoquait un petit aménagement dans les sous-sols du pavillon pour un budget d'une centaine de milliers de francs. «Là, on parle d'une quinzaine de millions de francs... c'est différent», compare le boss, qui ne veut toutefois pas fermer à double tour la porte du musée. «Le pavillon Hirsch est un magnifique espace que nous utilisons comme salle de rencontres. Nous pouvons étudier une façon de l'utiliser différemment. Mais s'il doit être transformé en musée », pense Thomas Hinderling, «ce doit être en harmonie avec les activités du CSEM.»
