Temps lent et langueur de temps. Telle pourrait être la devise de la société horlogère Cuervo y Sobrinos. La marque née à la Havane en 1882 va opérer un retour fracassant dans son fief historique. «D'ici deux ou trois mois, nous allons inaugurer une sorte de musée-boutique au coeur de la capitale cubaine», se réjouit Marzio Villa, président de la marque, que «L'Agefi» a rencontré dans le cadre de Baselworld. La boucle sera ainsi définitivement bouclée pour la marque fondée par Ramon Cuervo. Ses neveux (sobrinos en espagnol) avait en effet inauguré la boutique «La Casa» sur la prestigieuse Avenida Quinta de La Havane. Petit voyage dans le temps long.

 

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Torpedo Pirata Reserva de Marcha © Cuervo y Sobrinos


Perle des Caraïbes, la capitale cubaine devient dès la fin du XIXe siècle le point de rencontre tant des intellectuels, des hommes d'affaires, des personnalités mondaines que des aventuriers et des navigateurs. Quelques décennies plus tard, Albert Einstein, Clark Gable, Winston Churchill, Pablo Neruda ou encore Ernest Hemingway se pressent dans la boutique Cuervo & Sobrinos, pour qui les garde-temps «ont ce charme latin inimitable des tropiques», selon Marzio Villa. La Havane scintille. Milliardaires américains et stars hollywoodiennes se délectent dans ce Monte-Carlo tropical et écument le fameux night club Tropicana, à grands renforts de rhum et de cigares. Dans les années quarante, la marque atteint son apogée et franchit l'Atlantique. Un chemin inverse aux autres horlogers qui ont tenté de conquérir les Amériques après avoir essaimé le Vieux Continent. Forte de son succès, Cuervo & Sobrinos s'installe pour la joaillerie à Pforzheim, en Allemagne, puis à Paris, pour la production, et, finalement, à La Chaux-de-Fonds pour l'horlogerie. En 1959, tout s'effondre. La révolution cubaine oblige la famille Cuervo à s'exiler et la marque disparaît des radars horlogers. Les fournisseurs sont tous dans l'Arc jurassien.

En 1997, Luca Musumeci, spécialiste en montres anciennes, acquiert les droits de la marque. Il obtient ainsi l'autorisation d'accéder aux trois énormes coffres-forts installés dans les sous-sols de l'ancien atelier. Il y découvre un patrimoine composé de mouvements de montres intacts, de documents inédits tels que des esquisses et des dessins de montres. Quatre ans plus tard, il rencontre Marzio Villa, actif dans la distribution de montres de luxe. Ensemble, ils décident de relancer la marque endormie depuis quatre décennies. Un peu moins de dix ans plus tard, la société réalise un chiffre d'affaires de 10 millions de francs, déclare le président, désormais seul aux commandes. La production s'élève à 4'000 montres par année, pour des prix oscillants entre 3'000 et 12'000 francs. Voire beaucoup plus pour les pièces de haute complication.

Ses clients? «Des personnes fatiguées par les produits extravagants et les lignes futuristes. Chez nous, ils recherchent la sécurité qu'assurent les éléments tirés et inspirés du passé», détaille le président. Les Etats-Unis représentent le premier marché, suivi par l'Espagne, le Japon et les pays du Moyen-Orient. Ses fournisseurs se trouvent tous dans l'Arc jurassien, avec Dubois Dépraz et Sellita pour les produits phare ETA et Valjoux pour ceux de la collection traditionnelle. L'entreprise souhaite verticaliser sa production par étapes. A ce titre, elle vient d'acheter une demeure à Lugano (...)

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