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HYT - Interview de Grégory Dourde

HYT Interview de Grégory Dourde

Le CEO d’HYT est à l’origine d’un changement de philosophie de la marque. Il l’explique en détail à WorldTempus.

Lors de l’Horology Forum de Londres cette année, vous étiez un conférencier du panel intitulé « Lorsque David chronomètre Goliath » qui portait sur l’ascension des marques horlogères indépendantes face aux marques plus grandes et plus établies. Quelles conclusions en avez-vous tirées ?
Je ne suis pas à l’aise avec la comparaison avec David et Goliath. Dans un écosystème il y a de la place pour la cohabitation entre différents acteurs. Un bon exemple d’un scénario gagnant-gagnant est le SIHH et sa décision d’incorporer le Carré des Indépendants. Le SIHH a contribué à offrir un environnement intéressant pour les collectionneurs, le commerce et la presse. Les marques, grandes et petites, ont bénéficié du nouveau dynamisme de ces expositions, mais les plus petites aussi.

Le plus gros risque à mon avis est que l’industrie horlogère prenne le même chemin que l’industrie automobile. J’ai récemment lu un rapport selon lequel il y avait 350 marques horlogères en Suisse. Dans l’industrie automobile il y en a peut-être 20 ou 30 dans le monde entier. Evidemment le cadre réglementaire est complètement différent, mais les obstacles dans l’accès à la technologie et aux investissements sont maintenant tellement importants que les possibilités pour les nouveaux venus sont très, très limitées. Je vois un risque pour l’industrie horlogère parce que nous assistons à de plus en plus de concentrations, avec une poignée des plus grandes marques représentant environ 80% des ventes de l’industrie. La responsabilité collective de l’industrie horlogère suisse est de faire en sorte que les projets des plus petites marques soient toujours réalisables.

Pendant le panel vous avez comparé HYT et Tesla. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Tesla, et Space X aussi d’ailleurs, sont arrivés au sein d’industries déjà mûres. Ils ont apporté des visions de quelque chose de nouveau. Mais Tesla est plus qu’une simple aventure technologique, elle change vraiment la conception des gens sur les transports en général. C’est très puissant et c’est effectivement un bon parallèle avec HYT, parce que notre projet n’est pas uniquement technologique non plus. Nous utilisons effectivement une nouvelle technologie, que nous avons dû développer nous-mêmes (et comme Tesla, cela n’a pas été sans difficulté), mais c’est une aventure qui offre une nouvelle perception du temps. Tesla propose une façon différente d’interagir avec votre voiture, HYT propose une interaction différente avec votre montre et la notion de temps en général.

Comment avez-vous modelé la compagnie depuis que vous êtes CEO ?
Depuis que nous avons lancé la H0 à Baselworld 2017 et la H20 cette année, nous avons constaté une évolution de notre marque et une adaptation de notre stratégie de communication. Les montres ont évolué vers un retour aux racines mêmes du projet. L’idée était d’être capable d’offrir une façon différente d’interagir avec une montre grâce aux fluides. HYT est née de ce désir de faire avancer les choses dans l’histoire de l’horlogerie.

Interview with Grégory Dourde

Modèles H0 dévoilés en 2017 © HYT

Si vous observez les indicateurs contemporains, par exemple sur les voitures ou même sur l’Apple Watch, vous voyez de plus en plus de jauges et moins d’aiguilles. Pensez à votre téléphone et à votre ordinateur, n’importe quelle sorte de durée, que ce soit pour la batterie ou pour télécharger un document, est en forme de barre de progression. Nous nous sommes demandé pourquoi ce n’étaient pas des aiguilles et nous avons réalisé que c’est parce qu’il faut apprendre aux gens à les lire (voir notre éditorial à ce sujet), parce que ce n’est pas un système intuitif. Par contre, tout le monde peut comprendre une jauge et une barre de progression. L’histoire de la mesure du temps a commencé avec la clepsydre, qui est une horloge à eau. Elle se servait de fluides ! Donc l’idée remonte à des milliers d’années, longtemps avant l’avènement du mouvement mécanique.

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H20 © HYT

Plus spécifiquement comment la collection a-t-elle évolué pendant la même période ?
La H0 a été délibérément dessinée pour cacher le mouvement depuis le dessus. Elle a un look épuré et pourtant son cadran arbore sept éléments individuels. On peut encore voir les éléments fluidiques essentiels, mais nous avons ajouté un grand dôme en verre saphir pour mettre en valeur la vue du temps en trois dimensions que nous offrons grâce au capillaire et aux fluides. Nous avons aussi retiré la partie qui cachait l’élément central, où le capillaire émerge, qui est l’essence même de la montre. Nous l’avons maintenant ouvert afin que l’émergence des fluides soit visible. C’est quelque chose que nous avons aussi utilisé sur la H20 et cela rend la montre plus compréhensible. Le boîtier sans cornes est aussi un pas vers un design plus clair et rend la montre plus confortable sur le poignet, tout comme le verre façonné comme un galet, ce qui évoque également l’idée d’avoir été lissé par le passage d’un liquide, l’eau.

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H0 X Eau Rouge et H0 Gold © HYT

La Skull 48.8 a un boîtier plus petit et il y a encore de nombreuses possibilités de faire évoluer le modèle en forme de crâne. Alors que le H0 est maintenant notre best-seller en volume et en valeur, la Skull reste très prisée et c’est l’un de nos modèles favoris, parce qu’il nous permet d’exprimer pleinement notre philosophie. Vous pouvez encore lire les heures, mais comme nous avons enlevé les minutes, cela vous oblige à prendre du recul et à penser au « memento mori » (locution latine signifiant « souviens-toi que tu vas mourir », ndlr) et à réfléchir à notre mortalité. Après tout, le crâne est l’un des meilleurs symboles du temps qui passe.

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Skull 48.8 © HYT

Comment voyez-vous le développement de HYT dans les années à venir ?
Nous nous considérons comme un laboratoire plutôt que comme une manufacture. Je ne crois pas que cela fasse sens d’intégrer verticalement la production de tous nos composants. Prenez les soufflets : étant donné les volumes dont nous avons besoin, il faudrait un énorme investissement. Nos partenaires travaillent aussi pour la NASA, ils ont donc de très bonnes références. De plus je ne veux pas intégrer verticalement quelque chose de facile à faire. On peut trouver de nombreux fournisseurs réalisant l’usinage par exemple. Si vous visitez certaines marques horlogères, vous voyez des couloirs pleins de machines à commande numérique. Vous ne verrez rien de la sorte chez HYT.

Mais il y a quelques éléments clés dans nos montres pour lesquels nous ne pouvons tout simplement pas trouver de savoir-faire ailleurs. Nous avons dû le développer nous-mêmes. Nous sommes donc devenus des experts de l’injection des fluides, car nous devons injecter nos fluides dans un capillaire 10'000 fois plus étanche qu’une montre-bracelet normale sans laisser la plus infime trace de bulle d’air. Nous produisons aussi nos propres fluides. Nous ne les achetons pas simplement sur le marché. Nous pourrions les acheter avec un taux de pureté de 99,9%. Notre principal problème c’est le 0,1% restant que personne ne maîtrise mais qui pourrait nous causer de réels soucis. Plier le verre a aussi constitué une prise de tête. Nous avons essayé de nombreuses solutions différentes mais à la fin nous avons décidé qu’il valait mieux investir pour le faire nous-mêmes.

Pouvez-vous nous donner quelques indices de ce que l’on peut attendre au SIHH et à Baselworld l’an prochain ?
Nous aurons beaucoup d’annonces à faire d’ici à Baselworld, dont deux ou trois très importantes. Comme en 2017 et 2018, nous ne participerons pas à Baselworld l’an prochain, mais nous présenterons tout de même quelque chose de spectaculaire à cette période. Et nous pensons déjà à pousser l’idée du temps fluidique encore plus loin.

La marque

Les pionniers du «temps fluidique» sont devenus des spécialistes de ce qui a longtemps été considéré comme impossible: combiner mécanique et fluides dans une montre-bracelet.

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